Au moment où je décide de me lancer dans l’écriture d’un blogue, la blogosphère était en pleine ébullition au sujet de l’affaire Garfieldd.

L’histoire étant largement décrite dans les blogues de maître Eolas, de Laurent Gloaguen ou celui de Irène Delse, je n’en ferais qu’un simple résumé pour ceux qui n’en aurait pas entendu parler.

De plus l’affaire étant close, je n’ai point envie de ranimer le débat, mais il me semblait important d’en dire quelques mots, ce que je n’avais pas pu faire avant.

Il s’agit d’un proviseur de lycée qui a été révoqué (sanction la plus lourde de l’éducation nationale) en octobre 2005 en raison de son blogue. Il y racontait sa vie privée, son homosexualité et parlait de son métier, sans toutefois nommer ni son lieu d’exercice, ni son patronyme.

Rien de bien différent de la plupart des blogues me direz-vous.

Mais on lui reproche d’avoir outrepassé son devoir de réserve (en tant que fonctionnaire) et d'avoir mis en ligne un contenu obscène et pornographique. Bon les seuls éléments dits « pornographiques » consistent en des photos d’hommes ou de lui-même en sous vêtements ! Autant dire que la quasi-totalité des blogues de jeunes adolescentes sont à caractère pornographiques.

Pornographique je vous assure ! Car il se trouve que certaines des requêtes de Google amenant à son site étaient liées à du vocabulaire pornographique.

Ni connaissant rien aux requêtes, j’ose à peine imaginer la déception du lecteur tappant "porno" sur Google et arrivant sur mon blogue pour y lire mon article sur les premières traces archéologiques de la pornographie ! Il risque d’être fort déçu ! 

Il me semble que tous les blogueurs s’intéressent aux statistiques et aux mots clés qui permettent au lecteur de le découvrir. Il n’est pas rare que le blogueur en fasse un post, s’amusant de l’absurdité de certains mots utilisés.

Cette première sanction était vraiment disproportionnée et a bouleversée la blogosphère. Après une pétition et un recours gracieux adressé par Garfield à Gilles de Robien la sanction finale a été transformée en une exclusion temporaire d'une année, dont six mois avec sursis, sans salaire pendant la période d’exclusion, ça va de soi ! La notion de pornographie a été aussi retirée.

Garfieldd ne souhaite pas faire appel de cette décision et respectons son choix !

Mais cette affaire continue à interroger les blogueurs sur ce qui peut être dit dans un espace qui n’est pas si privé que ça.

La liberté d’expression est un droit inaliénable et pourtant elle ne semble plus autorisée quand l’expression est destinée à tous, via un blogue.

Peut-on parler de tout dans un blogue ?

En dehors du droit de réserve pour les fonctionnaires, doit-on se censurer ? Ne peut-on pas parler de notre vie privée, c’est quand même nous qui sélectionnons les sujets nous concernant et dont on a envie de partager ?

Je comprends très bien, que les propos xénophobes, homophobes, racistes, incitant à la haine et j’en passe soient à traquer sur la toile, mais la chasse aux sorcières peut s’avérer parfois disproportionnée.

Va-t-on bientôt interdire les blogues politiquement incorrects ou satiriques ? Va-t-on interdire les photos de demoiselles vêtues de jupes trop courtes ou de messieurs à la plage ? Et pourquoi pas la photo du nouveau né dans le plus simple appareil ?

Bon c’est une vision un peu apocalyptique mais Big Brother n’est jamais bien loin si on n’y prend pas garde.

En 10 ans le phénomène blog a pris une ampleur incroyable.

La solidarité dans une affaire comme celle de Garfieldd (centaine de post, pétition, lettres au ministre) est un phénomène intéressant à analyser.

Je ne m’attendais pas vraiment à découvrir une communauté de blogueur et entendre parler de blogosphère.

Certains comparent les blogues à un véritable pouvoir face aux médias dits « classique ».

Il est vrai que la langue de bois est plutôt rare et cela se comprend très bien, il est difficile de s’auto censurer quand on part de son vécu et difficile aussi de faire abstraction de son opinion pour commenter un fait d’actualité.

J’espère que la paranoïa ne s’emparera pas de cette communauté et que chacun continuera à s’exprimer comme il l’entend...