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Absente toute la semaine, je vous laisse un billet un peu long pour que vous ayez bien le temps de le digérer...j'attends vos commentaires.

Les blogs, ces petits espaces de liberté inquiètent autant qu’ils fascinent les entreprises.

Le journal « Libération » a en fait une série de 4 articles que je vous invite à lire, je ne sais pas s’il vont rester longtemps en ligne (ils datent du lundi 20 février 2006), dépêchez-vous donc de suivre les liens (libération) tout au long de ce billet. Pour plus de clarté, j’indiquerai qu’une seule fois les liens des 4 articles.

Je vous en livre quelques réflexions.

Tout d’abord, l’ampleur du phénomène blog est telle que Technorati, l’outil de recherche de blogs selon Libération estime que 70 000 nouveaux blogs seraient créés chaque jour, et que le nombre total de blogs serait de 27,2 millions.

On lit de tout sur ce « phénomène blog » et je trouve l’article de libération peu trop alarmant, j’aurai lu cet article en janvier, je n’aurai peut être jamais franchit le pas d’ouvrir ce blog. Le fait que j’en parle aujourd’hui n’est pas pour vous dissuader ou vous effrayer sur les risques encourus mais bien pour relayer une information bien réelle surtout pour celles et ceux qui ont subi un licenciement à cause de leur blog.

Aux Etats-Unis, un nouveau métier voit le jour : les cyberdétectives.

Leur rôle ? Traquer les blogs des employés et même ceux de leurs enfants. C’est comme pour la criminalité dite infantile, autant les empêcher de devenir des dissidents au système dès leurs premiers pas sur la toile….

Je savais que les patrons recherchaient sur Internet des informations sur des candidats potentiel. D’ailleurs ne dit-on pas maintenant « googleliser » un nom ? C’est étonnant de voir quand on tape son nom sur Google, le nombre de liens qui s’y associent, j’avais oublié certaines pétitions en ligne que j’ai signé.

La « background check », une enquête de vérification des antécédents est une pratique courante aux Etats-Unis avant l’embauche.

Libération nous apprend que le phénomène s’accélère : en 2005, 81 % des entreprises disaient enquêter, sur les candidats à l'embauche (contre 51 % en 1996).

Evidement le blog ne peut pas être un argument de rejet d’une candidature mais comme le dit Libération « Le détective peut donc rapporter à l'employeur qu'un candidat tient un blog islamiste ou raconte par le menu sa maladie chronique (et risque donc de coûter cher en jours d'absence ou en assurance médicale). Le patron alerté par ces révélations peut réagir en toute légalité en demandant au candidat de se soumettre à un examen médical afin de prouver qu'il peut assurer son travail ».

Des blogueurs "utilisent" aussi le système, en consignant dans leurs blogs, leur nom et coordonnées ainsi que leur CV. Ils y racontent leur recherche d’emploi et leur motivation pour jouer en leur faveur. Libération donne quelques exemples de « maîtrise » de son blog.

Un jour je suis tombée sur le blog d’une jeune femme qui avait posté son CV avec ses coordonnées (tel portable), atterrée de voir ça, je m’était dit « la pauvre elle doit pas savoir qu’il faut mieux éviter de laisser traîner son téléphone sur Internet » et avec toute la naïveté me caractérisant parfois, je lui laisse un gentil commentaire pour la mettre en garde. J’en souris aujourd’hui !

Mais cette immersion de l’entreprise dans la vie privée/publique des blogs ne s’arrête pas à l’embauche, tel Big Brother dans le livre "1984" de George Orwell, qui est de plus en plus d’actualité, elle se poursuit sans relâche tout au long de la carrière.

Les entreprises aiment à savoir ce que pensent leurs employés de leur travail et si les commentaires déplaisent les sanctions tombent !

On apprend par le journal Libération « qu’aux Etats-Unis, plusieurs douzaines d'employés ont été licenciés à cause de propos tenus sur leur blog. Dont Michael Hanscom. L'auteur du blog Eclectism fut viré de Microsoft en 2003 pour avoir publié une photo ironique d'ordinateurs Apple, prise dans un hangar du géant informatique…. » 

Pour plus d’informations, le journaliste Curt Hopkins tient à jour la liste des blogueurs licenciés.

Au-delà de la vérification des propos tenus sur l’entreprise par les blogueurs qui y sont employés, l’immersion dans la vie « privée » va au-delà : connaître leurs habitudes, leurs loisirs et leurs caractère, voir s’ils s’abonnent au mensonge ou aux blagues salaces. Peut être que les blogs vont même finir de remplacer les systèmes d’évaluations du personnel, qui sait ?!

Libération cite un manager (Peter Turecek, manager à Kroll Inc., la multinationale d'investigation) : «Les blogs contiennent des pépites d'information souvent intéressantes sur le caractère de la personne : si un cadre blogue sur le triathlon qu'il court annuellement, on peut en conclure qu'il est en bonne forme»

On reste toujours dans le même débat de fond : le blog est-il un espace privé ou public ?

Les propos tenus sur un blog sont du domaine public, qu’on se le dise une bonne fois pour toute.

Cela ne doit pas nous empêcher d’y créer et d’y être sois même mais prudence quand même quand on y aborde notre vie professionnelle et gardons à l’esprit que le contenu d’un blog peut-être lu et interprété par tout le monde.

Big blogger sans doute mais c’est tout de même nous qui ouvrons la boite à pandore en livrant nos états d’âmes. Résistons pour que les blogs restent des espaces de liberté tout en sachant les conséquences que cela peut avoir. Ceci dit l’utilisation de données personnelles même rendues publiques continuera toujours à me débecter et je continuerai à le clamer haut et fort !

Là où l’immiscions est pour moi Orwellienne c’est dans la surveillance des blogs de nos enfants (enfin je parle en général car je n’en ai point), allons nous devenir paranoïaque et surveiller ce que disent nos rejetons chéris ou leur demander de ne pas noter dans leur blog des remarques telles que : « ce matin papa n’avait pas envie d’aller au travail et a traité de gros con son patron, ce qui m’a fait bien rire »

Le journal Libération fini par une note qui se veut « rassurante ».

« En France, tenir un blog n'est pas encore trop risqué car peu de détectives se lancent aux trousses du moindre faux pas interactif. De toute façon, «l'article L-121.8 du code du travail interdit de faire une enquête de préembauche»

Certes ...mais les exemples de sanctions lourdes en France existent aussi, l’affaire « Garfieldd » est encore bien présente dans les esprits.