30 octobre 2006
Génération massacrée
Quand j’étais ado, puis même adulte, le regard que je portais sur ma génération était (et reste) plutôt pessimiste : chômage de masse, galère pour se loger, galère pour trouver un emploi stable sous CDI, nostalgie des goûts d’antan, légumes fades et plats surgelés ont remplacé les saveurs des cuisines de nos grand-mère, nostalgie des feux de cheminées et des repas sans télévision. J’en oublie encore et encore….bref, je trouvais que le terme de jeunesse sacrifiée ou génération sacrifiée s’appliquait bien aux 35-45 ans d’aujourd’hui.
On se disait, que ce n’est qu’un mauvais moment de l’histoire, que les choses s’amélioreront pour nos enfants, que les hommes politiques trouveraient des solutions aux maux de cette fin de XXe siècle.
Que nenni ! Non content que rien ne s’est amélioré, ça c’est empiré !
Quand j’ai commencé à travailler, j’étais surveillante dans un collège, quelle chance de pouvoir faire ce travail en contact des ados et qui permettait de pouvoir travailler tout en étudiant, aujourd’hui les pions n’existent plus, en tout cas pas ceux dont je parle.
Déjà, je trouvais que les ados n’avaient plus d’espoir, plus d’envie de s’accrocher, de trouver un travail intéressant, plus envie de croire en l’amour pour toujours. Tous n’étaient pas si pessimistes mais beaucoup avait peu d’espérance en l’avenir.
Alors, finalement quand on voit aujourd’hui les eaux troubles dans lesquelles naviguent certains ados, je ne suis guère surprise.
- le satanisme est à la mode, il parait. On ne peut pas dire que je ne suis pas passée par des révoltes exprimées par les vêtements et la musique moi aussi. En plein mouvement punk, j’ai même eu une iroquoise et les cheveux roses, le perfecto et les épingles à nourrices. J’ai même chanté du rock alternatif, pour vous dire, et j’écoute toujours les Béruriers noirs, Trust ou même Marilyn Manson dont je lis qu’il est le prêtre de ces mouvements satanistes. Rien de bien grave, il faut bien vivre sa révolte, mais quand je vois aujourd’hui les déviances de ces mouvements, sacrifices ou destruction de tombe, je ris un peu jaune.
- l’extrême maigreur : l’anorexie est une bien vilaine maladie, difficile à terrasser, qui laisse des séquelles irréversibles. La mode des filles maigre, n’aidant pas à changer l’image du monde et des médias sur la féminité associée à des lignes fines. Récemment des mannequins jugés trop maigres n’ont pas pu défiler en Espagne en raison de la mort de l’une d’entre elles à la suite d’un défilé. Est-ce pour cela que les canons de beautés féminines sont décriés, bien sur que non ! Et rien n’empêche la prolifération des sites pro-ana sur la toile, même leur fermeture… d’autres s’ouvrent si vite. Ce sont des sites qui comme leur nom l’évoque vante les mérites de l’extrême maigreur, font de l’anorexie une façon de vivre, de vaincre son corps, d’avoir une prise sur lui…et surtout plus tristement de refuser ce corps qui change, qui se féminise. Vouloir disparaître en contraignant son corps au possible.
- L’automutilation : là aussi, c’est sur le corps que l’on s’acharne et le sujet de révolte n’est plus les parents ou la société mais son propre corps. A lire des blogs d’ados, ce sujet apparaît souvent, comme une véritable drogue, se faire mal pour ne plus souffrir, aller plus loin dans la recherche de sa mutilation, tenter de nouvelles sensations faute d’en exprimer aucune, et pourquoi pas se faire accrocher par des crochets de bouchers pour se suspendre et voir combien de temps on peut tenir (mais oui ça existe !).
Alors, avons-nous à ce point perdu toute facultés de retourner notre mal de vivre en force pour résister, pour lutter pour un monde meilleur. Avons-nous baissés les bras, les révoltes de nos enfants doivent-elles passées par le dénis de leur propre existence, le refus de leur corps.
La recherche de sensations fortes, que ce soit par la privation de nourriture ou par la mutilation, d’autant plus qu’elle touche tous les milieux, est-elle un signe de la désespérance d’une génération ?
Si nous étions la génération sacrifiée, qu’en est –il de celle qui arrive ? Une génération massacrée ?!



