L’album s’appelle « Monsters in live » et le mérite pour deux raisons : d’abord, les chansons du magnifique album studio «Monsters in love » sont encore sublimées par leur passage à la scène ; d’autre part Dionysos assoie avec les deux concerts présents sur le DVD et les bonus son statut de groupe de scène à part, bourré d’une énergie saine et réjouissante durant deux heures et plus.

Comme Sayyadina, je m’attarderai sur le concert du Zénith avec l’orchestre Synfonietta de Belfort (60 musiciens classiques aux côtés des 6 de Dionysos) : le concert figurant sur le 2ème DVD (Olympia 2005) est géant, mais s’inscrit dans la lignée plus connue de concerts comme « La route du rock 2004 » par exemple.

Les chansons d’abord : 13 chansons sur 16 de « Monsters in love » sont reprises,  mais il serait plus juste de dire transfigurées, à la fois par la puissance créative du groupe sur scène et par la richesse et la diversité musicales amenées par l’orchestre symphonique. Se détachent du peloton, à mon sens : Miss Acacia, Tes lacets sont des fées, Le retour de Bloody Betty et La métamorphose de Mister Chat (ces 4 morceaux, au vu de la jubilation du groupe à les jouer et des réactions du public, ont d’emblée rejoint les classiques dionysiaques comme Coccinelle, Anorak, Song for a Jedi, Mc Enroe’s poetry ou Tokyo Montana) ; Old child et Lips story in a chocolate river, ces deux dernières chansons ayant une richesse musicale permettant de belles variations pour plusieurs années : il n’y a qu’à comparer les versions différentes – et enthousiasmantes – entre les deux DVD pour s’en convaincre. J’inclue même ci-dessous une 3ème version de Lips story… plus intimiste (un régal).



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Le groupe ensuite : toujours structuré autour du trio Mathias-Babeth-Miky Biky, son assise, qui permet aux trois fous de se déchaîner, s’est encore renforcée avec l’officialisation de l’intégration dans le groupe de Stéphan, qui vient aider Rico et Guillaume à tenir les fondations du bâtiment. Ils sont donc 6 maintenant, avec toujours cette complicité née de plus de 13 ans de scène et que le succès enfin survenu n’a visiblement pas troublée. Je dirais même que jamais ils ne s’étaient aussi bien « trouvés » : par exemple, aucun duo vocal Mathias-Babeth ne foire, ce qui n’a pas toujours été le cas, cela atteint même la quasi-perfection sur Lips story…

Comme l’a écrit Sayyadina, Mathias dialogue énormément avec le public : sans tout vous dire pour laisser le plaisir de la découverte, le « pogo silencieux » sur Miss Acacia, l’histoire des écureuils en intro de Tes lacets sont des fées et le « Ta gueule le chat » sont des moments de pure jubilation.

Et puis il y a Neige, à qui il faut réserver un sort particulier. Sur l’album studio déjà transpiraient dans les chœurs de cette chanson, si douloureuse pour Matthias (composée pour sa mère décédée), la solidarité, l’amour et la fraternité des 5 autres. Là, au moment où, aux 2/3 de la chanson, Matthias met toutes ses tripes et toute sa douleur au grand jour pour finir par un cri écorché vif, le groupe lui prouve par sa musique et par leurs voix qu’ils ont été, sont et seront là pour qu’il puisse « se réparer, se recoudre » et qu’il y arrivera. Dionysos, c’est plus qu’un groupe, c’est une fraternité…

La Synfonietta, pour finir : « musique classique et rock’n’roll, no problemo » comme le dit Mathias, et c’est plus que vrai, à tel point qu’il est difficile de savoir, entre Dionysos et l’orchestre qui sont les plus « classiques » sur Thank you Satan, ou les plus « rock » sur Mc Enroe’s poetry ou Coccinelle. A voir le plaisir de Jean-Jacques Griesser et ses jeunes musiciens et choristes à jouer ces morceaux en dehors de leur registre habituel, ou de se jeter dans la foule à la fin du concert pour un slam qu’ils n’auront pas l’occasion de renouveler dans leurs autres prestations scéniques, on voit qu’il y a eu une vraie, une superbe rencontre.

Dionysos est-il le meilleur groupe de rock’n’roll du monde, comme l’a affirmé Iggy Pop après un bœuf en commun au festival de Bondoufle ? Peut-être pas, l’Iguane devait être « ému » et débordant d’enthousiasme ce soir-là… Mais la pochette façon western de « Monsters in live » est appropriée : c’est bien « the best gang in town » depuis… le Clash ?