Je vous poste cette petite histoire que j'ai écrite pour un autre site (parano.be) mais qui révèle bien les petits tracas quotidiens et les moments d'irritations  quand la journée commence par un déjeuner raté...

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*Tic, tac, tic, tac, tic, tac….DRING !!!*

Bzzzz.....clong, cling, clong.

Une cuisine, une horloge (que l’on regrette d’avoir achetée) rythmant le vol d’une mouche qui essaye sans succès de se poser sur le museau du chien Pollux qui grommelle en sommeillant.

Assise à cette table en bois, trônant sur une chaise qui nécessiterait un bon rempaillage, depuis qu’un chat a trouvé marrant d’y faire ses griffes, j’attends que le café finisse de trépasser en beurrant des biscottes.

Ploc, ploc, ploc, ploc, ploc.

- « Pollux, ramène-moi le café, s’il te plait »
(Parfois j’oublie que le chien ne comprend pas et puis même s’il me comprenait, comment pourrait-il me ramener le café, franchement ! Un bâton, un ballon, la baballe peut-être et encore, il aime bien que je lui lance, mais refuse obstinément de me les ramener. Puis de toute façon, je ne vais pas lui lancer le café, ça serait idiot et contreproductif, le café je veux le boire)

Bzzzzz

* De retour à la table la cafetière à la main*

C’est donc, l’œil hagard, à moitié fermé, la bouche entrouverte laissant filer une bave coulante jusqu’au menton, qu’une journée à peine pluvieuse commence.
Après un dernier bâillement, sous l’œil amusé du chien qui doit me trouver bien malpolie de ne pas mettre la main devant la bouche, ma main s’empare de la première biscotte de ce petit déjeuner.

- «  Aïe, non ! »
- « Gné ? »
- « J’ai rien fait, je suis une biscotte innocente, je mérite un procès avant tout jugement hâtif »
- « (re)gné ?!?!?!, mais, euh, mais, euh …Pollux, tu parles ? »
- « Mais tu es bouchée ! Tu as déjà vu un chien faire autre chose que japper inutilement !
»

Après vérification rapide, exécutée par des mouvements de tête passant du oui au non, du non au oui, du bas vers le haut, de gauche à droite, de biais, tordu…aïe torticolis. Je suis bien seule dans la cuisine et Pollux ronfle sauvagement en remuant les pattes, signe qu’il rêve qu’il court après la mouche.

- « Hé Ho, il y a quelqu’un, t’es sourde ou quoi ?! »
- « Grand maman c’est toi qui me parles de l’au-delà ?! Je suis contente de t’entendre et peux-tu me donner la recette des escargots aux petits Lu que tu réussissais si bien ? »
- « Elle est conne ou elle le fait exprès ?! C’est moi la biscotte que tu as dans la main droite qui te parle, pfff »
- « Mais pourquoi ? »
- « Pourquoi ? C’est tout ce que tu trouves à dire ! Une biscotte te parle, s’adresse à toi et tu demandes pourquoi, même pas bonjour, non directement pourquoi »
- « Euh…bonjour, que puis-je faire pour vous ?»
- « Ma revendication principale est que je souhaite connaître les motifs que l’on me reproche et ensuite je veux un procès équitable, puis tu peux me tutoyer, on est intimes puisque tes doigts beurrés me tripotent »
- « … »
- « Mais fait attention ! Tu as failli me laisser tomber, je suis une biscotte fragile, j’aurais pu me rompre la mie »
(ou la croûte : rayer la mention inutile)
- « Désolée, je vais faire plus attention, hum, un procès, faisons vite alors, je ne souhaite pas être en retard à mon rendez-vous »
- « Moi, j’ai tout mon temps, ça fait longtemps que je suis sèche. Donc j’aimerais savoir pourquoi tu m’as sortie de ce paquet où j’étais bien serrée contre mes frères et sœurs et pourquoi tu me tiens au dessus de cette marée noire et fumante qui risque de me transformer en bouillie immonde si tu m’y trempes dedans »
- « Mais…c’est justement le but, tu es une biscotte »
- « Merci, mais ça je le sais ! »
- « Et une biscotte c’est fait pour être mangée, beurrée avec de la confiture de fraise et trempée dans le café »

- « C’est d’une banalité, tu n’as aucune imagination ! Une biscotte pourrait avoir un destin bien plus ambitieux que celui de finir dans l’estomac d’une femme un peu bébête »
- «  Hin, Hin
(rire bête), ah oui et lequel ? »
- « J’ai toujours rêvé de devenir une œuvre d’art, encadrée et posée sur une belle cheminée en marbre »
- « Pfff…une biscotte même dans un joli cadre ne sera jamais une œuvre d’art. Tu te mets le doigt dans l’œil, oups pardon, la croüte dans la mie, si tu crois que tu peux avoir un quelconque intérêt artistique ! »
- « Méchante !!! C’est beau d’avoir des rêves et tu me les brises ! Mais pourquoi ne suis-je pas belle ? Pourquoi ne suis-je pas une biscotte artisanale ? Pourquoi suis-je juste une biscotte en série, sans goût ni saveur, même pas un peu tordue ?....Je suis une biscotte banale….snif !!!! »
- « … »

Schplock !

- « Oh ! La conne, elle a fondu en larmes et est tombée dans le café, quelle pleurnicheuse et en plus elle m’a toute éclaboussée, et le café est imbuvable »

Epilogue :
Vite, vite, je suis en retard à cause de cette foutue biscotte et j’ai même pas pu avaler mon petit déjeuner, ben oui le café mélangé à de la chapelure c’est pas ma tasse de thé.

Et, l’expo qui va commencer, vite, vite…je ne veux pas rater le vernissage « Le ketchup dans l’art contemporain serbo-croate».

La suite d’histoire de la vie quotidienne avec le prochain épisode : la douche.