Une place, au loin éclairée par un soleil trop lumineux pour me permettre de voir les pancartes que portent ces hommes et ces femmes rassemblés devant un bâtiment blanc.

Poussée pas une curiosité et par une envie de flâner un peu sous ce beau soleil, je m’approche.

J’aperçois sur les pancartes des slogans du type : « Vous tuez vos enfants », « Mère assassine de foetus », « Dieu est contre l’avortement », ce qui freine quelque peu mon pas nonchalant.

Pourtant comme attirée par l’horreur (vous savez ce sentiment quand on regarde un film d’horreur, on ne peut s’empêcher de regarder et malgré une main devant les yeux, on écarte les doigts juste au moment de la scène insoutenable), je reste juste à une distance acceptable : entendre ce qu’ils disent sans pouvoir être mêlée à eux.

- « Si ces pauvres femmes avortent, c’est par amour du confort, parce que la décision est pour éviter l'inconfort de la grossesse » dit une grosse dame éructant de rage à sa voisine.

- « Ce sont des courtisanes qui vivent dans le péché, seules la chasteté et la virginité sont un chemin vers le bonheur. Les femmes souffrent de dépendance sexuelle, elles aiment la pornographie, la lingerie féminine, et elles peuvent aussi être excitées par la vue d’un sexe d’homme. Ce sont des catins assassines » répond son acolyte, une dame maigre, sèche et austère.

- « Oui, vous avez raison, tous ceux qui sont pris dans cette dépendance sexuelle sont probablement saturés de culpabilité et de honte. Ils se sentent aliénés de Dieu et très indignes, il est de notre devoir de chrétiens de les aider à retrouver le chemin de la foi. Plutôt que d'être quelque chose qui apporte l'amour, l'affirmation et le plaisir, le sexe est quelque chose qui dégrade et tue l'esprit» répond la grosse en faisant de grands gestes avec ces doigts boudinés.

- « Le curé nous a fait un prêche fort intéressant dimanche sur la sexualité des jeunes et l’usage des préservatifs, comment les gouvernements peuvent-ils permettre toute cette débauches, cette viande étalée, qui ne cesse d’augmenter avec la contraception ? » ricane la maigre voûtée.

- « Ne vous en faites pas, Dieu les jugera et ils périront en enfer, déjà Dieu y pourvoit par la maladie » jubile la grosse fière d’elle.

- « Ces pratiques sont minorées par la population. Le fantasme, la pornographie et la masturbation ensemble constituent le premier niveau de la dépendance sexuelle. La société fait un clin d'oeil à cette forme d'amusement qu'elle considère comme insignifiante, parfois elle l'encourage, la trouvant normale. Mais cette forme d'amusement est la porte d'entrée à des niveaux plus profonds d'esclavage de la chair. LA CHAIR, vous vous rendez compte » éructe la maigre en hurlant.

- « Vous connaissez la fille de l’épicière ? Je viens d’apprendre qu’elle n’était plus vierge, on lui prête une aventure avec le fils du boucher. C’est triste, elle n’a pas attendu le mariage elle doit être dépendante au SEXE, c’est une débauchée… » explique la grosse en levant les yeux au ciel.

- « C’est triste, la dépendance au sexe est une catastrophe. Il parait que le dépendant sexuel souffre de symptômes de manque quand il essaie, ou est forcé, d'abandonner sa drogue. Comme un alcoolique se met à trembler sans alcool, le dépendant sexuel est secoué. Il commence à penser qu'il va virer fou sans sexe et le manque obsessionnel le conduit à répéter l'acte n'importe où avec n'importe qui. » répond la maigre en se signant.

Abandonnant ce débat passionnant entre ces deux frustrées, je m’en retourne chez moi et prise d’un désir soudain, m’abandonne à la lecture d’un livre dont je ne peux m’empêcher de vous en livrer quelques passages :

« Qu'il me baise des baisers de sa bouche !
Car ton amour vaut mieux que le vin,
Tes parfums ont une odeur suave;
Ton nom est un parfum qui se répand;
C'est pourquoi les jeunes filles t'aiment.
Entraîne-moi après toi!
(…)
Tes joues sont belles au milieu des colliers,
Ton cou est beau au milieu des rangées de perles.
Nous te ferons des colliers d'or,
Avec des points d'argent.
- Tandis que le roi est dans son entourage,
Mon nard exhale son parfum.
Mon bien-aimé est pour moi un bouquet de myrrhe,
Qui repose entre mes seins.
Mon bien-aimé est pour moi une grappe de troène
Des vignes d'En Guédi.
- Que tu es belle, mon amie, que tu es belle !
Tes yeux sont des colombes.
- Que tu es beau, mon bien-aimé, que tu es aimable !
Notre lit, c'est la verdure.
(…)
Tes lèvres distillent le miel, ma fiancée;
Il y a sous ta langue du miel et du lait,
Et l'odeur de tes vêtements est comme l'odeur du Liban.
Tu es un jardin fermé, ma sœur, ma fiancée,
Une source fermée, une fontaine scellée.
Tes jets forment un jardin, où sont des grenadiers,
Avec les fruits les plus excellents,
(…)
J'ai ôté ma tunique; comment la remettrais-je ?
J'ai lavé mes pieds; comment les salirais-je ?
Mon bien-aimé a passé la main par la fenêtre,
Et mes entrailles se sont émues pour lui.
Je me suis levée pour ouvrir à mon bien-aimé;
Et de mes mains a dégoutté la myrrhe,
De mes doigts, la myrrhe répandue
Sur la poignée du verrou.
J'ai ouvert à mon bien-aimé;
(…)
Que tu es belle, que tu es agréable,
O mon amour, au milieu des délices !
Ta taille ressemble au palmier,
Et tes seins à des grappes.
Je me dis: Je monterai sur le palmier,
J'en saisirai les rameaux !
Que tes seins soient comme les grappes de la vigne,
Le parfum de ton souffle comme celui des pommes,
Et ta bouche comme un vin excellent,...
- Qui coule aisément pour mon bien-aimé,
Et glisse sur les lèvres de ceux qui s'endorment ! »

Vous devez me trouver bien dépravée de m’adonner à une lecture érotique après avoir entendu ces deux fanatiques chrétiennes.
Vous, vous trompez, je voulais juste vérifier qu’ils n’avaient pas enlevé de la Bible le « Cantique des cantiques ».

Le Cantique des cantiques est un chant BIBLIQUE (ancien testament) et érotique entre une jeune femme noire (une Sulamithe, convoitée par le roi Salomon) et un berger.

Note : le dialogue des deux femmes n’est pas issu de mon imagination, les arguments proviennent de plusieurs sites fondamentalistes dont je ne vous livrerai pas les liens (décence oblige)

Note bis: par contre je vous invite à lire en entier « le Cantique des cantiques ».

Je vous invite aussi à écouter la version chanté par Bashung et sa femme Chloë Mons, à l'occasion de leur cérémonie de mariage. Un pur bijou.