poelvoordeDevant vous s’avance une énigme. Comment un enfant perturbé par le divorce de ses parents, puis par le décès de son père, comment cet adulte hyper anxieux, toujours à la limite de la dépression, peut-il autant nous faire rire ? Comment un acteur tellement coincé qu’il a besoin de la présence de sa femme sur le plateau pour pouvoir tourner une scène d’amour fait-il pour se lancer dans de telles improvisations délirantes ?

 

Benoît Poelvoorde ne se destinait pas à être acteur. Il voulait plutôt travailler dans la pub, il a été illustrateur et dessinateur pour enfants. C’est le hasard des rencontres qui l’a poussé vers le théâtre puis le cinéma.

 

Comme beaucoup, j’ai découvert Poelvoorde grâce à un uppercut au foie : « C’est arrivé près de chez vous ». Le monde est noir, il est absurde : les tueurs exécutent hommes, femmes, enfants, vieillards dans une quasi-impunité. Les équipes de télé-réalité se roulent dans la fange, jusqu’à participer à un viol et un massacre collectifs. Et au milieu de tout çà, Poelvoorde disserte, improvise, grandiloque au long d’une route sanglante et dépourvue de sens, jusqu’à une fin sans morale. Bukovski+Kafka+Easton Ellis…

 

Mais c’est avec le personnage de Monsieur Manatane qu’il atteint les sommets. Inspirés par les conseils de savoir-vivre de Nadine de Rotschild, lui et son équipe inventent ce personnage mondain, cynique et méprisant. De purs moments R42 parsèment « Les carnets de Monsieur Manatane ». Citons-en quelques-uns :

- « Le viking », où tout le monde, dans une famille, porte en permanence le casque viking, même le chien : habile clin d’œil à « Spam, spam, spam,… » des Monty Pythons ;

- « La Bosnie », où Monsieur Manatane joue à un jeu vidéo en temps réel consistant à descendre la population de Sarajevo ;

- « KKK », où les cagoulards constituent un orchestre de jazz, musique noire à l’origine ;

- « le festival de Cannes », totalement improvisé, qui décrit une soirée trop arrosée au Martinez qui tourne mal.

 

La série « Jamais au grand jamais » va encore plus loin. Monsieur Manatane indique comment réagir avec distinction lorsque vous êtes placé dans des situations absurdes ou à votre défaveur. « Il ne faut jamais au grand jamais présenter ses excuses ! » est le leitmotiv de tous les épisodes. Bien au contraire, il faut vite trouver une explication retournant la situation à votre avantage.

 

En apportant des réponses à de nombreuses questions existentielles (vous les découvrirez dans le coffret 3 DVD que Canal Plus Vidéos a sorti, que ne saurais trop vous conseiller), Poelvoorde rejoint Montaigne...

 

Voici un de ces conseils judicieux. Après des mois d’approche, vous avez réussi à inviter l’objet de votre flamme chez vous. Quelle gêne lorsqu’elle découvre, négligemment accroché au plateau de l’apéritif, un slip kangourou plutôt merdeux. Plutôt que se confondre en excuses et passer alors pour un gros dégueulasse, esclaffez-vous bruyamment, en disant : « Ah, mais c’est Bob qui l’a oublié l’autre jour ! Bob ! Bob de Niro ! ». Vous impressionnerez alors la donzelle par vos relations et nul doute qu’elle succombera à vos avances.

 

Quelques exemples de situations auxquelles nous avons tous été confrontés :

- Vous recevez un homme d’église, et alors qu’il est assis les jambes écartées, vous voyez ses c* sous sa soutane.

- Vous êtes surpris, lors d’un anniversaire, à hurler à une jeunette : « Je vais te bouffer la cramouille ! » pendant que vous dansez avec elle et que la musique s’arrête d’un coup.

- Vous lâchez un pet bruyant et accompagné de matière fécale alors que vous avez invité votre patron à dîner.

 

« Alors, que faire ? » A vous de tenter de répondre, sachant qu’ « il ne faut jamais au grand jamais… »