Cour d’appel de Paris, 18 janvier 2007.

« - Accusé, veuillez décliner votre identité.

- Walter Elias Disney, dit Walt Disney, né le 5 décembre 1901 à Chicago.

- Monsieur Disney, vous êtes accusé d’injures publiques envers une administration publique, en l’occurrence la Police nationale. Monsieur le Procureur, veuillez lire l’acte d’accusation.

- Merci, Monsieur le président. Mesdames et messieurs de la Cour, l’individu qui se trouve devant vous ne doit pas vous attendrir, malgré son âge avancé. Depuis des décennies, sous couvert de faire rire nos chères têtes blondes, il instille dans leurs esprits innocents les graines de l’anarchisme, de la contestation des valeurs morales traditionnelles et de la haine des autorités.

Oh, certes, il a su donner des gages en dénonçant des syndicalistes de son entreprise comme communistes devant la Commission des activités anti-américaines en 1947, mais c’était pour mieux détourner l’attention de son entreprise séditieuse.

La traque fut longue, les efforts déployés pour amener cet individu devant vous innombrables. Mais le mur du silence est enfin brisé et je vous demanderai de ne pas faire bénéficier ce manipulateur de la mansuétude toute légitime dont le pauvre Maurice Papon a fait preuve au crépuscule de sa vie. Après tout, la Justice française, dans sa grande sagesse, maintient les anciens membres d’Action Directe en prison après la fin de leur temps de peine incompressible, sans se soucier de leur état de santé. Eh bien, les crimes commis par le sieur Disney atteignent la même gravité que l’assassinat d’un général de l’OTAN ou d’un PDG de Renault…

Il serait trop long de détailler les crimes de Walt Disney ; attachons-nous au plus grave, celui qui nous amène aujourd’hui dans cette salle.

Une société ne peut être viable que s’il existe une police reconnue, libre d’agir, crainte ou encore mieux respectée. Sans cela, tout peut arriver, y compris – j’en tremble à cette perspective – l’élection d’un Président soucieux du progrès social, un anarchiste pour résumer…

Cela, l’ignoble Walt Disney l’a bien compris, et c’est pourquoi il traîne depuis des décennies l’honneur de la police dans la fange.

Vous connaissez certainement tous le personnage ridicule dessiné par ce monsieur : la souris Mickey Mouse. Notons que Walt Disney dote cet animal répugnant d’une intelligence et d’une débrouillardise supérieures, à l’instar du sieur Douglas Adams dont nous devrons bien nous occuper un jour.

Eh bien, dans les aventures de cette souris, pseudo-détective pour énigmes ridicules, une bande de frères cambrioleurs, les Rapetous, et un malfrat psychopathe, Pat Hibulaire, ridiculisent en permanence la police, et seule l’intervention hasardeuse du sus-nommé Mickey permet leur arrestation.

Et, me direz-vous, comment est représenté le valeureux chef de la police, le commissaire Finot ?

Sous les traits d’un COCHON !!!!

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Passe encore que notre vénéré Nicolas Sarkozy (que 1 000 fleurs jonchent son passage) apporte son soutien à ces impies de « Charlie Hebdo » dans le procès que leur intentent nos amis intégristes musulmans. Après tout, un peu de liberté d’expression ne fait pas de mal, tant qu’elle est bien encadrée…

Mais, concernant le sieur Disney, nous devons être intraitables. C’est un acte grave de dénigrer nos héroïques policiers, qui accumulent des heures supplémentaires, qu’ils savent perdues, pour pratiquer la seule procédure qui permet d’endiguer la déferlante de miséreux qui viennent manger notre pain : le contrôle au faciès.

Représenter un policier sous des traits porcins, c’est comme défigurer Marianne, profaner la tombe du maréchal Pétain, boycotter le 13 h de Jean-Pierre Pernaut… C’est bafouer les valeurs essentielles de la communauté : le Travail, la Famille, la Patrie !

Monsieur le Président, j’espère que la peine que vous prononcerez sera exemplaire.

- Merci, Monsieur le Procureur, vous m’avez convaincu, je condamne Walt Disney à 500 euros d’amende. La séance est levée. »

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Vous pensez que j’ai trop fait l’apéro et que je délire…

Après la parution en 2001 du livre « Vos papiers ! Que faire face à la Police ? » (chez l’Esprit Frappeur), le ministre de l’Intérieur de l’époque, le socialiste Daniel Vaillant, a porté plainte contre le dessinateur Placid dont une caricature représentant un flic aux traits porcins ornait la couverture de l’ouvrage.

VosPapiers_couv

Ses successeurs, Villepin et Sarkozy, ont relayé cette plainte, qui a abouti le 18 janvier dernier à cette condamnation de 500 euros. L’auteur du livre et l’éditeur ont été également condamnés.

350 dessinateurs ont apporté leur soutien aux condamnés avec  le blog "Nous sommes tous des cochons" (1)

Le dessinateur Yan Lindingre a été licencié en mai de son emploi de vacataire à l'Ecole municipale des beaux-arts de Metz, pour des faits similaires (2)

La BD « Vilebrequin », avec Obion au dessin et Arnaud Le Gouëfflec au scénario a été délibérément sabotée par l’éditeur pour raisons d’économies.

On pourrait croire ces exemples tirés d'un unvers absurde. Mais, comme me le demandait récemment un ami devant un verre, la vie réelle est-elle vraiment normale ?

(1) http://touscochons.blogspot.com/
(2) http://soutienlindingre.blogspot.com/