L’autre matin, au réveil, Sayya, toujours pimpante et éveillée dès qu’elle a les yeux ouverts, m’a demandé mon avis sur son sujet de prédilection : les différences entre les théories ontologiques d’Husserl et de Sartre. Ma réponse fut immédiate : « Ga bu zo meu ? »

Après m’être envoyé une cafetière de Robusta en intra-veineuse, je me suis dit : « Fichtre, gasp, foutre ! Comment se fait-ce qu'on n'ai pas encore fais un post sur les Shadoks sur ce blog ? Mon garçon (1), c’est à toi de réparer cette faute de goût… »

Petit rappel pour les jeunes pousses du net, qui n’ont pas connu un monde où le CD, la carte bleue, Internet et « Secret Story » n’existaient pas : en 1966 (2), Jacques Rouxel, élevé dans l’amour de l’humour anglo-saxon, a l’idée de faire de courts spots publicitaires de 30 secondes sans publicité. Très vite, l’ORTF (3) propose de donner une « surface » plus large à l’exercice sous la forme d’un feuilleton quotidien de 2 minutes. Entre en scène alors, pour les commentaires, le génial Claude Piéplu : les Shadoks sont nés !

Mais autant être honnête : le projet n’enthousiasme pas la direction de l’ORTF, il faudra attendre fin avril 1968 (tiens, tiens…) pour que la première saison soit diffusée (4).

Le principe de la série ?
Les Shadoks et les Gibis en ont assez de vivre sur des planètes qui ne marchent pas très bien. Alors ils décident d'aller sur la Terre qui a l'air de mieux marcher.
Pour les Gibis, pas de problème. Pour leur fusée ils ont un combustible super puissant : Le Cosmogol 999 qu'ils extraient de l'atmosphère.

Les Shadoks, pour essayer de faire marcher leur fusée biscornue, veulent pomper le Cosmogol Gibi à travers le cosmos. De là cette manie de pomper pour un oui ou pour un non dont ils ne se déferont jamais. La suite décrit la difficile adaptation des Shadoks sur Terre, puis dans l’espace interstellaire.

Il faut dire que le cerveau des Shadoks ne comporte que quatre cases, ce qui fait qu’ils ne connaissent que quatre mots (Ga bu zo meu) et que donc énormément de choses et de concepts portent le même nom.

Il est donc admirable de constater, malgré ce handicap, le degré de sophistication atteint par les Shadoks…

Pour vous en convaincre, tout d’abord une leçon enseignée aux enfants Shadoks :

« D'une façon générale, tout oeuf se compose de trois parties: L'intérieur, L'extérieur et l'entre deux.
Mais il faut savoir que l'intérieur et l'extérieur sont en réalité une seule et même chose.
Quand on pond un oeuf normal, en effet, vous avez sans doute remarqué qu'il est souvent d'usage que l'intérieur se transforme petit à petit en autre chose qui varie selon les cas, mais qui dépend le plus souvent de la composition de l'extérieur.
L'expérience nous prouve que si l'on a un extérieur en poule, par exemple, convenablement disposé autour d'un oeuf, l'intérieur se transforme petit à petit en extérieur.
Ce qui démontre que l'intérieur est bien équivalent à l'extérieur et nous autorise à énoncer la nouvelle définition suivante, que je vous prie de noter:

Tout oeuf se compose de deux parties: l'extérieur et l'entre deux.

  Mais si l'intérieur et l'extérieur sont une seule et même chose, l'entre deux évidemment ne sert plus à rien...
Dans ces conditions, la seule et vraie définition à laquelle nous nous intéressons:

Tout oeuf se compose uniquement et essentiellement d'extérieur. »

Puis quelques proverbes Shadoks :

« Je pompe donc je suis »
« S'il n'y a pas de solution, il n'y a pas de problème. »
« Pour qu'il y ait le moins de mécontents possibles il faut toujours taper sur les mêmes. »
« Il vaut mieux pomper d'arrache pied même s'il ne se passe rien que de risquer qu'il se passe quelque chose de pire en ne pompant pas. »
« C'est encore dans la marine qu'il y a le plus de marins. »

Dans le monde délétère où nous vivons, les repères Shadoks manquent… La preuve, après ma seconde cafetière, je me suis aperçu que la meilleure réponse à Husserl et Sartre est bien : « Ga bu zo meu ».

Pour savoir tout et le reste sur les Shadoks : http://www.lesshadoks.com/ 
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(1) Oui, je me parle comme çà le matin ; en soulevant l’élastique de mon caleçon pour vérifier.
(2) tout ce qui est né en 1966 est merveilleux.
(3) Ne cherchez même pas à savoir ce que c’est, les petits jeunes…
(4) Deux saisons suivront en 1969 et 1970, puis une dernière en 2000.