Je vous ai déjà entretenu de mon amour pour les jeux oulipiens sur le langage, ici ou bien ici . Aujourd’hui, je veux vous parler d’une création de Marcel Bénabou, inventeur de la Littérature Semi-Défitionnelle (LSD). Cette création, ce sont les locutions introuvables.

Cela consiste à fabriquer, à partir de locutions ou proverbes familiers, de nouvelles locutions. Exemple : avec «tirer le diable par la queue» et «bâtir des châteaux en Espagne», on obtient deux «locutions introuvables» : «tirer le Diable en Espagne» et «bâtir des châteaux par la queue».

Ensuite il s’agit d’assigner une définition précise à ces nouvelles locutions.

Exemples :
«Tuer la poule dans le plat» : attendre le dernier moment pour s’acquitter d’une tâche aussi désagréable qu’indispensable.
«Tuer la poule devant les bœufs» : faire un exemple.
«Tuer la poule sur le feu» : agir de façon précipitée.

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Au lieu de procéder par simple juxtaposition de fragments (deux moitiés d’énoncés différents), on peut aussi procéder par imbrication d’éléments (en nombre supérieur à deux) :
«Qui a bu vendredi dimanche confirme la règle»
«Qui a bu vendredi dimanche craint l’eau froide.»

Enfin, on peut aussi opérer une imbrication accompagnée de légères modifications syntaxiques :
«La nuit, tous les rois sont nus.»
«Il faut battre la campagne tant qu’elle est chaude.»

Je me suis amusé à inventer quelques nouvelles locutions et à leur trouver un (non)sens :

- «Tant va la cruche à l’eau qu’un tien tu auras» : à force de persévérance, on obtient ce qu’on a déjà.
- «Regarder la paille dans l’œil d’une vache espagnole» : l’envie est mauvaise conseillère et on marche dans la bouse.
- «Les chiens aboient, il ne faut pas vendre la peau de l’ours» : halte à la mercantilisation du rugby.
- «Une souris verte qui courait dans la confiture aux cochons» : sayya, mange proprement !

Et vous lecteur qui s'égare sur cette page, avez-vous des idées pour enrichir encore la langue française de ces sentences marquées du sceau de la sagesse des nations ?