(encore un petit texte délirant et actualisant le conte de la belle au bois dormant)

Il était une fois…au XXIe siècle, un prince et une princesse qui vivaient dans un bel appartement de 12 m2 d’une jolie ville au ciel jauni par la pollution. Ils n’avaient ni enfants, ni chien, ni chat, ni pingouin.

Le prince s’appelait Papa, il avait un petit défaut, il ne se coupait jamais les ongles des pieds, ce qui obligeait la princesse au joli nom de Maman à repriser les chaussettes de Papa tous les dimanches.

Jusqu’au jour où ils gagnèrent lors du concours annuel de Lidl, leur fournisseur attitré de victuaille, une belle machine à coudre. Maman pleurait de joie pensant enfin que le calvaire du dimanche aller finir. Mais que feraient-ils le reste de la journée, maintenant que coudre les chaussettes de Papa devenait un exercice aussi rapide que l’éclair au chocolat ?

Ils décidèrent de casser leur tirelire et d’acheter une télévision pour meubler leur ennui.
Ils étaient si heureux qu’ils envisageaient même d’acheter un canapé pour ne plus avoir à regarder la télévision debout.

Jusqu’au jour où un terrible malheur s’abattit sur cette famille merveilleuse. Alors qu’ils regardaient leur programme préféré, l’inspecteur Derrick, Papa trébucha et s’accrocha à la télévision pour ne pas tomber. Ce faisant il appuya malencontreusement sur un bouton qu’ils pensaient décoratif jusqu’alors.

Ils venaient de découvrir que la télévision diffusait plusieurs programmes. Ne sachant pas comment revenir sur l’épisode de Derrick, ils décidèrent de regarder la chaîne dite culturelle qui s’offrait à eux.

C’est alors, que bouleversant la quiétude de cette famille idéale, Maman fut captivée par une émission sur l’égalité des sexes. Elle en fut intérieurement chamboulée, puisqu’elle ne souffla mot ni pendant le repas, ni le reste de la soirée et de la journée du lendemain.

N’y tenant plus, Papa lui demanda ce qui se passait quand le dimanche suivant elle ne s’installa pas derrière la machine à coudre.
« Nondidiu, j’va pas repriser la chaussette cet jour c’est à touai de la fer, c’est y l’égalité du sex » dit-elle fort en colère.
Papa ne se démonta pas de cette colère et lui répondit : « laisse, femmelette, j’m’en vais de ce pas té montrer que j’y puis l’faire aussi ».

Et l’homme dans sa belle splendeur masculine voulut donner une leçon de couture à sa femme.
Mais hélas, certaines tâches ne sont pas faites pour les mains rugueuses de l’homme qui travaille, et il se blessa le doigt à l’aiguille perçante de la machine et s’endormit aussitôt.

Maman apeurée appela tous les dieux et démons de la terre sans succès. Puis se souvenant que sa marraine la fée Carabosse étant grande connaisseuse de mystère et fluide glacial, elle lui téléphona.

La fée lui tint ce discours : « chère enfant, ton époux souffre d’une maladie très rare : l’inversion des rôles. Pour lui rendre la vie, tu devras attendre 100 ans ou bien lui recoudre toi-même son doigt déchiqueté ».

Maman, enfin apaisée, traîna donc son époux jusqu’à la machine à coudre et lui recousut le doigt.
Hurlant de douleur, Papa se réveilla enfin et pour punir Maman de lui avoir demandé d’exécuter une tâche féminine décida de ne plus se raser.

Après tout sa femme méritait bien de se piquer aux poils virils de son visage porcin, cela lui apprendrait que l’on n'inverse pas les rôles si facilement et que la révolution n’est faite que pour les chiens.

Ils jetèrent bien sûr la télévision source de leurs ennuis, et vécurent heureux et eurent beaucoup de trous à repriser, notamment au cerveau.