Pyjama à pompons – Propos inconséquents dans Télérama – Le whisky est un faux ami – Merguez communistes – M’as-tu-bien shootée ? – Le rap n’est pas toujours bon pour les ventes – La couperose ne passera pas – Quart d’heure de célébrité – Disney est un maquereau - Masque au concombre et doigt dans la bouche – Chanson Kleenex – Lavabo électrique – Jamais de culotte ! – Auchan de gloire – Grandeur consécutive du Box office.

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Lorsqu’elle se lève, vers quinze heures, la chanteuse à succès enfile son pyjama des Trois Suisses. Avec des pompons. Elle évite les miroirs, qui seraient susceptibles de lui renvoyer l’inanité de sa condition, en même temps que le reflet de son teint fané par ses excès nocturnes.

Elle se traîne jusqu’à sa cuisine - américaine, bien sûr, même si elle ne manque jamais de fustiger Bush le second à chaque interview dans Télérama - et se fait couler une cafetière de Robusta équitable.

Le nez dans son bol, pour une fois vierge de poudre blanche, elle fait le point. Que de chemin parcouru depuis ses débuts ! Elle frissonne en se remémorant ses débuts, les MJC glaciales, les appétits libidineux des propriétaires des premières salles où elle s’est produite, à l’heure où le whisky venait fugacement leur donner l’illusion d’un retour de virilité. Et elle réprime un hoquet quand lui revient la mémoire olfactive de la fumée des merguez, poussée par le vent, qu’elle inhalait sur la scène des fêtes provinciales du Parti communiste.

Une angoisse intense l’étreint soudain : a-t-elle bien pensé à négocier avec le paparazzi de permanence hier soir à la sortie des Bains ? Les photos savamment floutées où on la voit, riant à gorge déployée, au bras de ce ministre potentiel, sortiront-elles bien en même temps que son second single ? Son prod a été très clair : il faut qu’elle donne de sa personne pour booster les ventes. Et son escapade avec ce rappeur de mauvaise réputation a plombé les ventes de l’album…

Il est temps qu’elle se bouge, qu’elle se ravale la façade. Aujourd’hui, c’est du live. Certes, le maquillage masquera son début de couperose. Certes, la caméra la grandira et l’amincira. Mais il y aura dans la salle des gens du même milieu qui, puisqu’ils usent des mêmes artifices quand les spotlights viennent se braquer sur eux pour leur quart d’heure de célébrité, détecteront de leurs regards laser la moindre hésitation, le moindre pas mal assuré. Et combien de carrières ont été brisées par le bruissement des racontars du show bizz ! Ce n’est pas parce qu’elle a elle aussi commencé à se prostituer chez Disney qu’elle doit connaître le même sort que Britney…

Un bain aux huiles essentielles, un masque au concombre, une assiette de tofu immédiatement régurgitée aux toilettes avec un doigt dans la bouche, et il est temps de s’habiller, de se maquiller, de revêtir la carapace coolissime de la bonne copine, qui rit à tous les jeux de mots, même les plus lourds, et qui pousse gentiment la chansonnette quand on lui demande. Bankable elle est, bankable elle doit demeurer…

Ce soir, c’est le grand soir. Nagui l’attend de pied ferme. Elle est nommée aux Victoires de la musique, dans la catégorie « Chanson Kleenex ». Si, par bonheur, elle arrive à obtenir le trophée, non seulement elle arrivera à niquer Koxie, mais elle lui soufflera sous le nez le lauréat du prix de la musique de lavabo électrique. Paraît qu’il a le meilleur acide de Paris !

Oups ! Perdue dans ses rêves érotiques, elle a failli oublier l’essentiel. Juste avant de quitter son loft, elle rebrousse chemin et pose sa culotte. Pas de telle faute de goût, tout de même, devant les caméras !

Puis elle va son chemin, vers une gloire fugitive et son avenir d’animations chez Auchan.

Et c’est ainsi que le Box office est grand.