J'aime vraiment cet exercice qui consiste à se mettre à la place d'un objet. Mais au départ l'idée de ces petites histoires était de choisir des moments de la vie quotidienne et de les décrire de façon absurde. Finalement j'ai trouvé ça plus simple de donner le point de vue extérieur d'un objet et lui laisser enfin la parole (on ne laisse pas assez parler les objets qui nous entourent, bon faut dire aussi qu'on ne les écoute pas non plus).

EDIT le 18 mai : en fait j'ai crée finalement une nouvelle rubrique (histoire de la vie quotidienne) pour regrouper toutes ces historiettes absurdes, j'ai donc enlevé les liens vers les autres histoires puisqu'il suffit d'aller sur la catégorie correspondante pour lire les épisodes précédents.

Le lien de cette catégorie qui regroupe tous ces textes écrits sur le même principe :

Histoire de la vie quotidienne


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J’aime regarder les filles, les observer, les suivre jusqu'à ce qu’elles disparaissent de mon champ de vision.
Il paraît que ça ne se fait pas en société, que c’est indécent, mais je ne peux pas m’en empêcher et ce depuis toujours. Quand une belle fille croise mon chemin, je la veux pour moi, je veux qu’elle m’embrasse et qu’elle soit mienne.

Comme cette brunette là dans son jean moulant et son petit top fleuri.
Elle me regarde, elle s’approche de moi avec une démarche aérienne et ses grands yeux noirs me fixent avec douceur.
Elle est belle, elle rit et son sourire fait apparaître ses dents magnifiques. J’espère qu’elle m’adressera la parole, je suis bien trop timide pour faire le premier pas.

J’aime quand les belles filles sont tout près de moi, je respire leur parfum, je m’étourdis de leur belle voix et j’ai envie de devenir leur confident, leur ami, leur amant.
Je rêve de leurs visages, leurs sourires pour le reste de la journée.

Mais, elle n’est pas seule, une autre fille l’accompagne, une rouquine mal fagotée qui ne m’accorde même pas un seul regard. Elles se parlent, je suis trop loin pour comprendre toutes leurs paroles, il y a trop de monde autour et cette musique incessante qui ne veut pas se calmer.

Les voilà qui approchent à nouveau, juste assez loin pour que je puisse continuer à les observer tranquillement mais assez près pour que j’entende leur conversation.
Les filles, ça parle de mecs et de fringues, ces deux là ne font pas exception. La belle brune, tout en écoutant les conseils de son amie, vient de m’adresser un clin d’œil très suggestif. Aucun doute je lui plais et me voilà tout émoustillé à me demander si une relation entre elle et moi va bien pouvoir se conclure rapidement.
Perdu dans mes pensées je ne prête pas attention à leur discussion jusqu'à ce que j’entende de la douce voix de ma belle que celle-ci n’est pas libre et qu’elle s’apprête même à se marier avec un certain Régis, un con certainement qui ne la mérite pas.

Quelle déception, je masque mes émotions et continue mon observation l’air de rien. Mais quelle garce quand même, avant de partir elle m’envoie un baiser de la main. Une allumeuse de plus, je les déteste, elles me font toujours croire que je les intéresse alors qu’elles réservent leur atout à d’autres que moi.

Je mérite mieux que ça, elles ne savent pas ce qu’elles perdent.
En voilà une autre qui me regarde et s’approche, je fais comme si je ne la voyais pas. Faut pas déconner non plus, elle est moche comme tout. Qu’est-ce qu’elle a à m’observer ? Allez va-t-en ! Casse-toi morue !

Rien à faire, elle vient vers moi remuant ses grosses fesses moulées dans une mini-jupe rose fluo. En plus elle pue l’ail et l’huile d’olive. Elle sourit et me dévoile des dents jaunes cariées, quelle horreur !
En plus elle a un bout de salade coincé et elle a dû s’en apercevoir à mon visage horrifié, elle l’enlève sans aucune gêne devant moi en me fixant de ses yeux trop maquillés.
Ses lèvres m’envoient un bisou, je reste stoïque au bord de la dépression nerveuse.
Elle a dû comprendre devant mon expression de marbre qu’il n’y a rien à faire, elle est partie en se retournant une dernière fois pour me montrer son derrière croyant peut-être m’exciter par sa tenue de fille facile.

La musique m’étourdit un peu, ils ne changent jamais de disque dans ce centre commercial et je commence à connaître par cœur tous les morceaux depuis le temps que je viens là pour observer mes proies.

Il me veut quoi ce type ? Pourquoi il m’observe ? Je n’aime pas les mecs, ils puent la transpiration et leur regard me met mal à l’aise. Parfois même ils me parlent et je ne comprends rien à leur discours, faut dire je ne les écoute pas je suis trop occupé à regarder les filles et à tenter de captiver leur attention.

Et voilà, il se met à monologuer tout seul, sur sa coiffure, son crâne qui se dégarnit, comme d’habitude je le laisse parler, il se barrera bien au bout d’un moment. S’il croit que je vais l’aider, il se fourre le doigt dans….quoi ? Mais il est en train de se curer le nez devant moi ou je rêve ? Il y en a qui ne manquent pas d’air quand même.

L’autre jour il y a un type qui se perçait ses points noirs devant moi, il n’avait pas dû me voir mais quand bien même, cela ne se fait pas quand on a de l’éducation !
Bon il s’éloigne en me jetant un dernier regard et un clin d’œil. Ah ha ha ha, il croit que…

Oh ! Mais que vois-je arriver ? Une belle blonde avec un chapeau à la main, elle s’avance directement dans ma direction avec une démarche féline. Elle me demande si elle est la plus belle telle une princesse échappée d’un conte avec un petit rire, tandis qu’elle essaye plusieurs positions à son chapeau. Oui ma jolie, tu es belle, pas la plus canon que j’ai croisée mais tu me conviens.

Tiens voilà la jeune vendeuse qui surgit, elle lui explique que le centre va bientôt fermer et qu’elle doit se décider vite si elle veut acheter le chapeau. Oh non ! Pas déjà, elle part vers les caisses sans même me regarder une dernière fois.
La vendeuse reste à mes côtés, je l’aime bien, elle n’est pas très jolie mais elle est gentille avec moi, elle me raconte tous ses malheurs et parfois me donne un baiser ou me caresse. Elle fait fuir les chiens qui viennent me renifler ou m’aboient.

Elle s’appuie contre moi et me dit qu’elle est crevée, qu’elle en a marre de ce travail de vendeuse, qu’elle aimerait bien m’amener chez elle.
Elle porte sa main à son front pour essuyer une goutte de sueur mais la fatigue la fait déraper, elle s’accroche à moi mais c’est trop tard, je ne peux la maintenir et elle s’écroule à terre m’entraînant avec elle.

J’entends avant de sombrer la patronne arriver à grands pas en hurlant :
« Mais tu ne peux pas faire attention espèce de maladroite, tu ne sais pas que ça porte 7 ans de malheur de briser un miroir ! »