Récemment, j’ai été invité à animer un débat dans le cadre du département de philosophie de l’université de Woolloomooloo, débat qui s’est terminé en pugilat tellement les arguments de mes contradicteurs (détracteurs serait un terme plus exact) étaient malhonnêtes et fallacieux.

Il faut dire que la thèse que j’avançais était perturbante pour des esprits étroits : « le chou de Bruxelles, stade suprême de la métaphysique potagère. »

Désireux de rétablir les bases d’un débat serein, face aux tombereaux de calomnies répandues par la presse internationale depuis cet épisode, je vais donc résumer ma thèse (1) en vous indiquant les 4,2 raisons essentielles pour devenir un chou de Bruxelles.

La première idée s’appuie sur le caractère voluptueux du chou. De tous temps, et sous toutes les contrées, le chou a été associé à la beauté, aux plaisirs simples, à la gourmandise. Ainsi le chou s’accouple frénétiquement avec la fleur, symbole évocateur de siestes délicieuses, seul ou à plusieurs, dans les champs au printemps, d’effeuillages de marguerite qui précèdent l’effeuillage des robes à carreaux, de roses qui s’entrouvrent en distillant un nectar savoureux, comme… aaaaaahhhh !!!!! Rhâââ lovely !!!!! Excusez-moi, je reviens, je vais m’essuyer…

Hem… Le chou s’accorde aussi avec la crème (pâtissière, je le précise immédiatement, bande de cochons) et à la pinette (choupinette ! Humour ! Même les penseurs les plus doctes s’autorisent parfois à faire fienter l’esprit qui vole). Et la trousse-pinette, c’est bon à boire sous un chêne, en effeuillant une marguerite, avant de… bon, passons de suite au prochain argument.

En deuxième point, il y a Bruxelles, ville mystérieuse et révolutionnaire. Place de Brouckère on y voit des vitrines, avec des hommes et des femmes en crinoline, mais aussi l'omnibus, avec des femmes, des messieurs en gibus, ce qui prouve bien l’acuité de la lutte de classes dans cette ville. D’ailleurs, Place de Brouckère, les néons scintillent, les Léon s’esclaffent, les "nom di d'ju" résonnent dans une sublime décadence, une danse des panses autour du ministère de la bière, artère vers l'enfer de l’exploitation salariée. (2)

Certes, me direz-vous, mais quel est le rapport. Et bien, mon troisième argument réside en un documentaire choc, qui cloue le bec à tous les Bruce de la terre qui ricanent derrière mon dos. Oui, le chou symbolise avec éclat les valeurs de la révolution rouge sang, de l’amour, des nonnes qui donnent des coups de pied dans les burnes des flics, du cinéma d’avant-garde dont le but est de réveiller nos consciences… contrairement à la laitue, symbole d’oppression, de guerre et de mort :
http://fr.youtube.com/watch?v=t99MiSFM8UY

Si Jean-Luc Godard le dit, c’est que c’est forcément vrai…

S’il reste encore des sceptiques qui n’ont pas été foudroyés par cette démonstration, une quatrième évidence vient signifier la victoire sans partage du chou de Bruxelles sur les autres habitants du potager. En effet, les choux sont des bijoux, alors que les hiboux, qui ne sont pas ce que l’on croit, font joujou en lançant des cailloux sur les genoux des poux.

Le débat est clos, la philosophie légumière l’emporte sur l’obscurantisme kangouroutier et, magnanime, concède pour la beauté du geste encore 0,2 idée, en hommage au bon sens et à l’art auvergnat du jeu de mots bête :
« Un chou, ch’est un chou ! »

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(1) publiée en 5 volumes aux Editions du Castor à plumes
(2) merci, pour cet argument, à Jacques Brel et Dick Annegarn