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Tout à coup un inconnu vous offre des fleurs.

Loulou ? oui c’est moi !

Après cette irruption momentanée de l’image, nous pouvons commencer notre émission « Vis ma vie de vendeur de rue ».

Zoom avant, la scène se passe devant l’entrée principale de la gare Montparnasse, Paris, Europe, Terre, ZZ9 Plural Z Alpha.

Le matin il me faut bien 8 heures pour me réveiller et ce jour-là je commençais tout juste mon ascension vers la prise de conscience que ma journée débutait avec l’arrivée en gare du train m’amenant de ma province à la capitale, la journée allait être longue et mon humeur n’était pas au batifolage.
Comme la masse presque silencieuse des tousseurs matinaux, je me dirigeais vers la sortie pour m’en griller une avant de descendre dans les souterrains encombrés et pollués par les odeurs de croissants du métro urbain.

J’observais sans m’en rendre compte la grande horloge, philosophant en mon for intérieur sur le temps qui passe.
« 5 minutes de retard » : normal il faut se faire désirer
« 10 minutes de retard » : pas de quoi fouetter un chat
« 15 minutes de retard » : encore acceptable
« 20 minutes de retard » : le train a eu du retard…
« 30 minutes de retard » : le train a eu du retard et le métro était bloqué par un horrible accident.
« 9h06 de retard » : ça ne sert plus à rien d’y aller.

J’en étais là de mes réflexions quand un événement extérieur troubla ma quiétude.
Il s’agissait d’un être humain de type masculin, de taille et corpulence normale quoique un poil trop grand pour moi, je dus faire un effort perceptible pour lever la tête ce qui me fit plisser les yeux.

- Bonjour, me dit-il d’un air enjoué.
- B…, répondis-je en me raclant la gorge.
- Je vois à votre air hagard que les brumes matinales ne se sont pas encore dissipées !
- Gni ? Rétorquais-je avec satisfaction, je venais de placer ma première syllabe de la journée.
- Oui vous êtes plantée là comme une potiche admirant l’entrée de la gare, perdue dans vos pensées, un mégot éteint à votre main droite et vous vous demandez ce qu’un inconnu, qui vient troubler cet état qu’une vache admirant le passage des trains ne pourrait que vous envier, cherche à vous vendre.

Tentative d’ouverture de mes yeux plissés.

- Euh…ah oui !, notais-je, soulagée de cette construction verbale satisfaisante, en allumant une autre cigarette.
- N’avez-vous jamais rêvée d’être abordée par un beau gosse tel que moi qui vous propose un instant de plaisir intense, vous déshabille et expose votre chair nue et votre sexe tel un millefeuille au regard des passants et vous fait l’amour sauvagement là, devant tout le monde maintenant ? Qu’en dites-vous ?

Mon interlocuteur était arrivé à m’intéresser, non pas par sa proposition indécente, mais par cette approche originale.
Évidemment il avait quelque chose à me vendre et je me demandais s’il aurait tenu le même discours à la dame âgée qui était à quelques mètres de là ou au gros monsieur à côté de moi qui écoutait discrètement en affichant un air scandalisé, prêt à me venir en aide pour terrasser le voyou et me proposer sérieusement un café et un hôtel.

- Belle approche ! Tentais-je.
- Vous voilà un peu plus éveillée, ah haha, passons donc aux choses sérieuses, déshabillez-vous, euh non bien sûr, j’ai comme vous avez dû le deviner quelque chose à vendre.
- Ah bon…alors le sexe, tout ça…non ?... bon ! Marquant une fausse déception en regardant l’heure. J’en étais à 15 minutes, encore acceptable, de retard possible.

- Je vends ce superbe livre « le guide du serial blagueur » de Tim Nyberg, 10 euros.
- …
- Non, en fait 5 euros !
- …
- Bon ok, il me faut un café de toute urgence, je vous le cède à 3 euros dernier prix.

Ne résistant pas au plaisir d’être utile à ce beau garçon qui m’avait amusé, je lui tendis les 3 euros, heureuse de ce moment de partage qui égaya ce début de matinée.

L’hilarité de ce livre que je feuilletais pendant le trajet de métro était du niveau d’humour bigardien, autant gras que ma toux matinale, mais je ne peux terminer ce récit sans vous en donner quelques exemples !

« Pare-soleil surprise » : glissez des confettis dans la visière du pare-soleil, côté passager. L’effet sera des plus poétiques. Pour une blague plus corsée et surprenante, préférez une sardine fraîche.
« Lunettes pétaradantes » : placez du papier à bulles sur le pourtour intérieur de la cuvette des toilettes puis rabattez doucement la lunette. Imaginez la suite.
« Omelette explosive » : placez un petit ballon dans un saladier. Recouvrez avec des œufs brouillés, puis disposez une fourchette dans le plat. Lorsque le premier convive voudra se servir, il crèvera le ballon : tous les autres invités seront servis en même temps et couverts d’œuf !
« Ascenseur farceur » : s’il n’y a qu’une seule personne avec vous dans l’ascenseur et qu’elle vous tourne le dos, tapez-lui sur l’épaule puis prétendez que ce n’est pas vous.

Bref, je vous épargne les blagues à faire au boulot…bon d’accord si vous insistez !
« Agrafeuse à explosion » : le bruit de l’agrafeuse de votre collègue vous agace. Piégez-la en y disposant de petits pétards à percussion comme ceux des pistolets d’enfants.

Livre qui a trouvé une place aux toilettes le soir même. Il y a des livres à ne lire que dans certaines situations de la vie quotidienne…

Mon excuse en tête « le train a eu du retard et le métro était bloqué par un horrible accident » j’ai rejoint le triste monde du travail, sauf que la surprise me saisit en ouvrant la porte de la salle de réunion. J’avais 15 minutes d’avance, j’avais mal lu l’horaire de la convocation.
Je sortis fumer une cigarette dans la rue.

Une belle journée commençait !