Depuis plus d’un an, je fais chaque jour l’aller-retour entre St Pierre des Corps et Montreuil pour le boulot. Si la partie du trajet en TGV est agréable, et me permet de dévorer des bouquins, le reste du parcours est plus aventureux. Et particulièrement le soir, lorsque je dois rejoindre mon train à Montparnasse après m’être expulsé de la rame de métro…

Vous avez certainement croisé depuis plusieurs années d’étranges animaux en forme de parallélépipèdes, à l’expression bovine et tirés derrière eux par leurs propriétaires grâce à une poignée rétractable. Ils n’ont pas de pattes, mais des roulettes : ils s’appellent d’ailleurs des valises à roulettes, comme quoi le monde est parfois bien fait.

Ces bestioles asexuées se multiplient à l’envi, peut-être par scissiparité, et pullulent bizarrement autour des gares. Si leurs mœurs sont paisibles, ce n’est malheureusement pas le cas de leurs seigneurs et maîtres humains…

Sachez que lorsqu’on traîne derrière soi un de ces compagnons, on se sent généralement investi immédiatement du droit de se foutre totalement des autres. Si son portable sonne, si on décide subitement de chercher son billet de train dans sa poche ou si toute autre rumination vient troubler son esprit, et bien on s’arrête brutalement, sans bien sûr se retourner au préalable pour vérifier si quelqu’un ne va pas se prendre les pieds dans la valise…

Bien que je prenne la précaution de partir assez tôt du bureau pour éviter de courir dans les couloirs du métro, je marche toutefois d’un bon pas arrivé à Montparnasse, afin d’avoir le temps de m’en griller une avant d’aller sur le quai. Avec le foisonnement des possesseurs de valises à roulettes, les couloirs de correspondance deviennent alors pour moi un véritable champ de mines. J’utilise alors alternativement deux techniques de survie en milieu urbain :

- si j’ai pris un peu de retard et que le temps m’est compté pour ma précieuse clope, je me lance dans un véritable gymkhana, l’œil à l’affût du premier ou de la première qui stoppera sans préavis devant moi pour se gratter les couilles ou refaire son rimmel, précipitant ainsi son fardeau roulant dans mes pattes. D’un saut de cabri, j’évite alors l’obstacle pour prévenir la chute. Avec un peu d’habitude, j’arrive même maintenant à balancer « involontairement » mon coude dans la tronche de l’indélicat-e…

- si j’ai un peu de temps, je m’écroule en poussant un cri de douleur, feignant d’avoir buté sur l’obstacle et de m’être foulé la cheville. J’apostrophe alors durement le ou la responsable devant la petite foule qui s’est amassée, en dénonçant son individualisme et son manque complet d’éducation. Je vais même, dans les grands jours, jusqu’à l’accuser de sarkozysme (1)… Effet garanti et jubilation assurée.

Le cœur réjoui, je peux alors affronter d’un pas léger le dernier obstacle : l’escalator où, bien sûr, les propriétaires de valises à roulettes ne se serrent jamais sur la droite et bloquent le passage avec leurs grosses vaches roulantes. C’est un plaisir délicat que de dégager alors son chemin à grand coups de pied…

Vous l’avez compris, je pense : je déteste les valises à roulettes ! Parmi les créations modernes, je les place au même niveau que le téléphone portable MP3 sans écouteurs ou le PDA.

Je hais d’ailleurs tellement ces bagages fourbes que j’en ai achetée une.

Alors, faites attention quand vous marchez derrière moi…

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(1) d’ailleurs, la montée de l’individualisme qui a poussé à l’élection de Monsieur « Chacun pour sa gueule » a coïncidé avec l’explosion des ventes de saloperies à roulettes…