La communication entre les peuples est aussi complexe que la niquation entre une vache et une espagnole. On ne se comprend pas toujours et pour amplifier la difficulté de la traduction les hommes ont inventé les expressions. Souvent intraduisibles parce que leur sens premier nous échappe, elles sont un frein à notre désir d’échanger en toute compréhension.

Pour les amoureux du nonsense que nous sommes, les expressions sont du pain béni, on peut se raconter des salades en toute impunité, avoir la langue bien pendue et surtout pas dans sa poche, ne pas mâcher ses mots, passer du coq à l’âne puis revenir à ses moutons sans tourner autour du pot.

On s’amuse à tenir le crachoir, à vider son sac, à changer d’avis comme de chemise, à mettre sa main au feu, à monter sur ses grands chevaux, à reprendre du poil de la bête, à s’arracher les cheveux après les avoir coupés en quatre sans trop se faire de mouron sur la signification imagée de ces expressions courantes.

On a du bol de retomber toujours sur nos pattes, de passer entre les gouttes, d’être comme un poisson dans l’eau et de ne pas nager dans des eaux troubles.
On joue avec les mots qu’on maîtrise, même si parfois on se mélange les pinceaux, on se fourre les doigts dans l’œil, on fait chou blanc, au moins on donne le change et on amuse la galerie.

Oui mais voilà, que se passerait-il si on utilisait le langage d'un autre peuple francophone aux expressions autant voire plus imagées que les nôtres ?

J'aime bien les défis et m’amuser !

J'ai donc écrit un texte en français puis je l'ai transposé en québécois. Quelques jours après, si je ne lisais pas la traduction, je ne comprenait plus totalement le texte !

Voilà ce que ça donne!

« Pour une fois j’étais de bonne heure sur le piton, j’hésitais entre me pogner le cul et me lâcher lousse aux aubaines. J’embarquais finalement dans mon bazou pour aller magasiner.
comme défaite, je me suis pogné dans l’traffic ce qui n’était pas vargeux en soi mais pas plus inquiétant qui faut. Il y avait un type saoul comme une botte qui avait pogné le champ. Y'était tellement en criss qu'il pétait sa coche à police en leur donnant tout un char de marde.
J’avais un peu la chienne qu’ils se sautent dans la face et que les cochons ou le soulon mange une volée.
J’observais de loin la chicane, crampée bien raide en voyant l’expression d’un des flics qui en avait visiblement son voyage. L'ivrogne était comme une mouche à marde et le pauvre coch un peu nono en avait le moton. Bien dans le feu de l'action, je ne risquais pas de cogner des clous.
Plutôt que de rester assise sur mon steak, je débarquais du char et m’approchais un peu. Horreur le type sentait le swing tellement que j’ai cru que j'allais péter au frette. J’avais beau chercher un foulard dans mes poches, rien pour me protéger! Je savais bien que quelque chose m’allait me chié dans les mains en partant précipitamment. Tant pis pour moi.
les 3 faisaient tellement de train que cette histoire allait se savoir vite en sacrament ds l'boute
Le soulin tordait le bras du mangeux de beigne pour que celui-ci ne le verbalise pas parce qu’il n’avait pas les yeux dans le même trou. Au bout d’un moment le coch était tellement tanné qu’il lui a dit de décrisser
Je pensais en sacrant mon camp que je n’aimerais décidément pas endurer un gars en lendemain de la veille. »

Et en français :

"Pour une fois je m’étais levée tôt, j’hésitais entre ne rien glander et me laisser aller à quelques dépenses aux soldes. Je pris finalement ma voiture.
Bizarrement je me retrouvais dans les bouchons ce qui n’était pas exceptionnel en soi mais inquiétant. Il y avait un type complètement ivre qui était sortit de la route. Surexcité, il explosait de colère contre les flics en les insultants copieusement.
J’avais un peu la trouille qu’il se mette à taper sur les flics et que ça se bastonne.
J’observais de loin la scène, tordue du rire en voyant l’expression d’un des flics qui en avait visiblement plein le cul. Le type ne lui lâchait pas les baskets et le pauvre flic un peu niais en avait les larmes aux yeux. Bien occupée à suivre l’évènement, je ne risquais pas de m’endormir.
Plutôt que de rester assise à ne rien faire, je sortis de la voiture et m’approchais un peu. Horreur le type puait tellement la sueur que j’ai cru en mourir. J’avais beau chercher un foulard dans mes poches, rien pour me protéger! Je savais bien que quelque chose me ferait défaut en partant précipitamment. Tant pis pour moi.
Cette histoire allait faire du bruit, bordel !
Le type il insistait lourdement auprès du flic pour que celui-ci ne le verbalise pas parce qu’il était éméché. Au bout d’un moment le flic en a eu tellement marre qu’il lui a demandé de se barrer. Je pensais en partant que je n’aimerais pas voir la tête du type au réveil de sa cuite."

Alors vous aviez tout compris au premier texte avant d'en lire sa traduction ?