Hommage au fils spirituel engendré par l'union d'Antonin Artaud et Maurice Chevalier : après Georges Pérec, Nicolas Peyrac.

Ah! Evidemment, pour vous les jeunes, élevés au son de M Pokora et nourris au grain transgénique de Cauet, ce nom illustre ne dit rien.

Pourtant, la veine surréaliste de cet artiste maudit irrigue les battements de coeur de tous les amoureux du surréalisme post-industriel, de ceux qui ne se résignent pas à la morne litanie des chanteurs drogués, des divas alcooliques et anorexiques, bref de ceux qui savent conjuguer bonnet de nuit et *fuck attitude*, chaussettes de contention et charmes de l'écriture automatique.

Pour vous en convaincre, analysons une oeuvre de ce génie, sobrement intitulée "Je pars".

"Je pars
Le vol de nuit s'en va
Destination Bahia
Buenos Aires ou Cuba
Je pars
Prends soin de l'Opéra
De la rue des Lilas
Dis-leur que cette fois
Je pars"

Affalé sur son lit aux draps crasseux et parcourus de puces, dans sa mansarde glaciale aux murs dégueulant le salpêtre, le poète fait doucement couler l'absinthe sur son sucre et s'envole vers des pays de Cocagne, des destinations oniriques où l'attendent des indigènes fessues et mamellues. Mais un pan de son coeur reste relié à ses compagnons de galère et il enjoint à son fidèle acolyte, le cheval borgne dévoreur d'étoiles, de veiller sur les lieux de ses escapades alcoolisées.

"Je tire un trait je ferme la valise
Destination Zagreb via Venise
Je souffle la bougie
Je me dessine une folie
Les doigts croisés sur l'infini
Je dis salut"

Roulé en boule, il s'enferme dans la valise, comme certains s'enferment dans les frigos pour voir si la lumière s'éteint vraiment et si les yaourts et les légumes ont une vie secrète dans le noir. Eteignant la flamme de la raison, il dessine à la cire des futurs improbables et cherche à enfermer entre deux doigts l'Univers, la Vie et le Reste...

"Et peut-être qu'un jour
Je serai de retour
Qui peut me dire comment
L'exil vient aux errants ?"

Sublime interrogation du voyageur androïde, parti dans des contrées mentales balayées par des tempêtes de neige et de suie! Exil volontaire de l'écorché vif, loin du PMU-bar-tabac du coin et de la loge aux odeurs de chou de Mme Michu, qui peuplent son quotidien citadin...

"Je t'aimais bien, je garde ta tendresse
Elle me tiendra chaud le temps qu'il me reste
J'ai la gueule trop pâle
Qui rêve de lune et d'étoiles
Cette fois-ci je mets les voiles
Je dis : "Bon vent"
Et peut-être à demain
N'oubliez pas frangin
Je change de chemin
Je change de beau temps"

Oui, mais ce fut durant toute sa carrière le drame de Nicolas Peyrac : l'absinthe était en fait du vulgaire sirop pour la toux, les indigènes avenantes des pilières de comptoir, la lune et les étoiles n'illuminaient que le papier peint...

Ses départs définitifs n'étaient qu'illusion et ses seuls voyages l'amenèrent à Chateauroux ou Yvetot, dans le bus de tournée de Serge Lama, dont il assura régulièrement la première partie.

Pas étonnant qu'il tire la gueule en chantant (1) :

http://www.youtube.com/watch?v=stGUsmBboM4

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(1) mais comme dans toute chose malheur est bon, il a au moins ainsi inspiré Ian Curtis...