Ma grand-mère me disait toujours : « il ne pleut pas c’est le petit Jésus qui fait pipi ».
Tu parles que ça me soulageait comme explication à un phénomène naturel. C’est dégueulasse de se faire pisser dessus sans être consentant (d’ailleurs en parlant d’odeur je ne comprenais pas que le pipi du petit Jésus ne sente rien).

Les proverbes c’est vraiment des inventions de grand-mère. Pas les trucs rigolo qu’on se met sur la tête ou sur le visage pour être jolie, comme la camomille pour avoir des cheveux blonds, du citron dans les yeux pour qu’ils brillent (ah ça pour briller ils brillent mais bonjour les pleurs et irritations) ou les masques d’argile qui assèchent la peau et font ressortir les boutons. Non, des trucs qui veulent rien dire tout simplement, parce que les vieux il faut le reconnaitre, ils perdent la raison en gagnant en sagesse.

« A toute heure, chien pisse et femme pleure ».
En voilà un proverbe qui ne signifie rien !

D’abord mon chien, il ne pisse pas à toute heure. Je n’ai pas que ça à faire que le sortir toutes les heures pour qu’il aille se soulager. De toute façon, il est toujours 9h06 et donc l’apéro prime sur mon chien, il faut ne pas déconner non plus avec les choses essentielles de la vie.
Ensuite même si ça m’embête parfois de le sortir, je n’ai jamais pleuré quand j’ai dû m’acquitter de cette tache (tiens le pipi du petit Jésus il ne tâche pas non plus).

Imaginez la scène.

On va dire qu’il est 9h06 et que mon chien tourne en rond devant la porte qui est pourtant rectangulaire en hurlant à la mort comme un chien de garde.

Moi je suis entre chien et loup, je ne sais pas quoi faire, rater l’heure de l’apéro ou sortir le chien.
Au bout d’un moment on se regarde en chiens de faïence (enfin surtout lui) et moi j’éclate en sanglots.
Je me fais une belle crise de larme, je pleure à en avoir les yeux dehors, il me reste plus qu’à en profiter pour y mettre les pieds.

Il fait un temps de chien, je pleure à chaudes larmes ce qui me réchauffe légèrement et je me sens prête à affronter le froid glacial bien que gelée comme une crotte de chien.
Il commence à pisser comme une vache, et moi j’ai déjà pleuré toutes les larmes de mon corps, au point d’en faire une rivière, on risque de m’accuser d’avoir la rage et d’avoir voulu noyer mon chien, je suis dans la merde sans avoir marché dedans.

Le chien aboie, la caravane passe, une dame me demande si je suis Madeleine, je lui réponds que je n’attache pas mon chien avec des saucisses et que je lui garderai un chien de ma chienne. Tout va bien j’échappe à la fourrière, de toute façon ils cherchaient un chat et comme les chiens ne font pas de chats elle donne sa part au chien et s’en va furieuse.

J’ai une humeur de dogue, je pleure amèrement c’est dégueulasse. Il fait froid à couper les chiens en deux, le mien est entier il hurle à la mort en regardant bien un évêque, moi je suis comme un chien dans un jeu de quille.

Je pleure à m’en sécher, ça tombe bien je suis mouillée à cause du petit Jésus. J’insulte l’évêque, il me répond que j’ai du chien. Il se défroque. Nom d’un chien, je vais finir à la rubrique des chiens écrasés. Je cours donc à en perdre haleine, je suis lessivée, je pleure à plein de seaux, j’en profite pour y laver mon linge sale.

J’aurais dû attacher mon chien à la chantepleure, j’ouvre enfin la porte de chez moi, je me répands en larme, mon chien repu se couche en chien de fusil. Il n’a même pas la reconnaissance du ventre, je pleure comme un bébé, je retarde. Je regarde donc ma montre, il s’est passé une heure, il est temps d’y retourner je pleure à m’en briser le cœur…je…je…je…

Plus rien…je mangerais bien les pissenlits par la racine mais j’hésite il paraît que ça donne envie de faire pipi.