Il s’appelait Pierrot et n’était pas un bon élève. Faut dire qu’à l’école de la vie, il prêtait sa plume un peu trop souvent.
Sa vie bascula, suite à une erreur d’orientation, il avait confondu le nord du sud, et comme il était un peu à l’ouest comme gars, cela lui valut de se retrouver à l’est derrière un mur.
Muni de son papier ANPE (agence normale des personnes de l’est) il se rendit au bureau d’embauche.

Il enfila la queue, il tira le numéro 42, il était 9h06.
L’attente était insoutenable, au clair de lune son tour vint enfin.
La conseillère lui demanda ce qu’il voulait faire, il lui expliqua sa passion pour les astres, son envie de voyage dans l’espace. Naturellement elle lui répondit que c’était un métier passionnant mais difficile, lui proposa un stage et le reconduisit à la porte.

Muni de son papier qui lui donnait rendez-vous le lendemain il sortit heureux en rêvant à son futur métier.

Le lendemain, tout ce bonheur changea.
Le formateur le reçu au sommet d’un immeuble de 42 étages.

« Vous êtes apprenti gratteur de ciel, le travail est simple, vous devez chatouiller les nuages pour les faire fuir et éveiller le soleil »

Pierrot tomba des nues, il comprit qu’il n’irait pas dans l’espace même s’il le touchait du doigt.

« Mais, je voulais aller sur la lune, plus haut que les nuages, je ne veux pas gratter le ciel mais voler plus haut, toujours plus hauuuuuuuuuut, pour aller plus haut, aller plus haut, où l'on oublie ses souvenirs, aller plus haut, aller plus haut, se rapprocher de l'aveniiiiiir » se plaignit-il d’une voix stridente.

« Vous vouliez la lune, mais il faut commencer petit mon garçon, gratte-ciel est un métier honorable, ensuite vous pourrez devenir secrétaire de la lune pour tenir à jour son carnet de rendez-vous avec le soleil et lui servir son croissant le matin, puis plus tard faire une formation accélérée si vous êtes un bon élève, vous serez dans la lune et vous pourrez la décrocher. Mais en attendant voilà vos outils et grimpez ! » répondit le formateur mal luné.

Pierrot plein d’espoir grimpa en haut de l’immense échelle du temps avec son pinceau chatouilleur.
Tous les jours la tête dans les nuages il apprenait à jouer avec eux.
Il avait compris comment chatouiller les cumulus pour qu’ils éclatent de rire en forme de lapin, de nounours, de fleurs, de monstres hideux.
Il avait un peu peur des cumulonimbus qui avec leur grosse voix prenaient la mouche facilement et parfois éclataient en puissant orages. Il riait alors avec les éclairs menaçants et parfois dansait avec eux ou leur jouait un air de pipeau.

Depuis des lunes, il n’avait par contre plus d’espoir de progresser et d’approcher son rêve. Ça le rendait un peu lunatique et parfois son travail s’en ressentait, laissant des jours entiers les nuages s’accumuler en grisaille nimbostratusienne.

Sans aucune nouvelle de son formateur depuis des mois, il dépérissait en haut de son échelle.

Puis un matin apparut une magnifique cirrus, toute laiteuse, filandreuse et aérienne qui rigolait d’une voix légère à ses chatouilles. Il en tomba fou amoureux, elle lui fit atteindre le septième ciel, ils se marièrent et partirent en lune de miel sous un ciel d’azur.