En 1994, je n’avais jamais entendu parler de Douglas Adams et je n’écoutais pas très souvent les Floyd. C’est donc de façon tout à fait naturelle, en vertu du « théorème du 22 mai » (1), que je me suis retrouvé backstage au Earl’s Court de Londres le 28 octobre 1994. Et que j’étais une blonde aux gros seins, avec une mini-jupe en guise de ceinture et le frifri frétillant.

J’étais venu(e) pour me taper Gilmour, ou à l’extrême rigueur Mason. Mais le gars qui avait joué de la gratte acoustique sur Brain Damage et Eclipse avait une bonne bouille. Et comme les Floyd étaient accaparés par une troupe de femelles blanc manger très envahissantes…

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Je m’approchais donc de cet invité inattendu, les hanches ondulantes et le poitrail conquérant, quand je me pris les pieds dans un robot nain :

« - R2D2 ?
- Ah bien sûr, on ne me reconnaît jamais… Bien la peine d’avoir le cerveau de la taille d’une planète… Moi c’est Marvin. Je ne vous démonte pas le moral, au moins ?
- Non, non, mais là je suis pressée d’aller… euh… aux toilettes. »

Durant ce fâcheux intermède, une mince humanoïde, avec de longs cheveux noirs, une bouche, un étrange petit bouton sur le nez et des yeux bruns ridicules, avait commencé à draguer ma proie. Au moment où je me joignais discrètement au petit groupe, elle pérorait :

« Comme toi, Douglas. J’ai fait du stop. Après tout, avec un doctorat en mathématiques et un autre en astrophysique, c’était ça ou retourner faire la queue pour toucher mes allocs chômage dès lundi matin. Désolée d’avoir manqué notre rendez-vous mercredi mais j’étais dans un trou noir toute la matinée. »

Douglas… Un nom de bière, c’était parfait. Il ne restait plus qu’à me débarrasser de ma rivale. L’invitant avec un clin d’œil à « se repoudrer le nez aux toilettes entre filles », je réussis à l’entraîner et à l’assommer contre le lavabo. Faut ce qu’il faut…

Le temps de mon absence, Douglas s’était bien murgé. Il faut dire qu’il était entouré d’un mec bizarre, avec une serviette sur l’épaule, qui lui faisait boire pinte sur pinte avant la fin du monde, et d’un gros en manteau de cuir avec un chapeau rouge tout moche, qui lui proposait de retrouver son chat mort depuis trois ans grâce à l’holistique…

L’avantage, c’est que l’alcool réveillait la libido de Douglas et qu’il commençait à se rapprocher de moi.

C’est au moment où sa main frôlait mon fessier accueillant qu’intervint l’incident.

Une troupe d’affreux armés de lasers fit irruption, pour arrêter tout le monde, car personne n’avait pensé à remplir le formulaire de demande du formulaire permettant de solliciter le droit de boire de la bière dans les coulisses. Douglas, pris en flagrant délit, une énième pinte à la main, fut embarqué pour aller déclamer de la poésie dégueulatoire. Quant à moi…

Au moins, la soirée s’est bien terminée. Quand je suis rentrée à l’hôtel, j’ai lancé ma petite culotte au plafond et elle est restée collée.

Mais je n’ai jamais plus revu Douglas…

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(1) théorème énoncé par Hubert-Félix Thiéfaine dans *22 mai*, qui édicte qu’on porte secours aux victimes d’un accident dont on n’est pas au courant.