Il faut toujours une première fois dans la vie. Et ça m’est arrivé, à plus de quarante trois ans, grâce à un pote.

« Un homme qui a été expulsé du collège de Rugby pour ivrognerie, qui a vicieusement séduit la maîtresse de son père, qui a menti, trompé et prouvé sa couardise sur le champ de bataille ; qui a tracé sa route des boudoirs de l’Angleterre victorienne jusqu’aux frontières les plus érotiques de l’Empire, cet homme peut-il être totalement mauvais ? »

Certes, mais quel est le rapport, me dites-vous ?

Jusqu’à présent j’avais toujours hésité à lire un bouquin directement en anglais, tout en sachant pertinemment que les traductions en franchouillard font généralement perdre 60 % de l’intérêt et de la subtilité du texte d’origine, surtout s’il est nonsense.

Devisant en MP avec l’individu suce visé, celui-ci me dit :
« - Tu as lu Flashman ? Ca n’a pas été traduit en français, mais fais un effort…
- Mais euh ! Je ne lis rien en anglais…
- Ta gueule ! File-moi ton adresse postale, je commande chez HarperCollins et je fais envoyer chez toi… »

C’est ainsi que je me suis fait dépuceler et que j’ai lu un livre directement dans la langue de Lady Diana et Amy Winehouse…

C’est quoi l’histoire ?

George Mac Donald Fraser, connu entre autres pour avoir co-scénarisé Octopussy, a créé en 1969 un personnage de légende : Flashman.

Celui-ci est censé être un héros de l’armée britannique du 19ème siècle, dont les « exploits » s’étalent en douze livres. Mais s’il a acquis une renommée de héros, c’est surtout grâce à sa capacité à cacher sa lâcheté et à profiter de circonstances heureuses pour retourner les événements en faveur de sa gloire factice.

Le livre que j’ai lu – le premier de la série – narre ses aventures à partir du moment où il se fait virer du collège de Rugby après une méga-cuite, que son père lui achète son poste d’officier de la glorieuse armée britannique et, qu’après s’être marié contraint et forcé en Ecosse, il part servir en Inde, puis en Afghanistan.

Il avait déjà su se faire une réputation indue jusque-là (ses compétences principales consistant à se planquer, bringuer et culbuter le maximum de femmes), mais son destin rencontre l’histoire en Afghanistan en 1842.

Il faut dire que ce fut une des plus belles branlées que la perfide Albion connut dans son histoire : partie occuper ce pays pour de sombres raisons géopolitiques en 1841, l’armée britannique repartit la queue basse en 1842, après une retraite honteuse où ne survécurent que quelques hommes sur 16 000 soldats…

Ce désastre fut surtout dû à un modèle d’incompétence, le Général-Major William George Keith Elphinstone, décrit ainsi (1) :
« I still state unhesitatingly, that for pure, vacillating stupidity, for superb incompetence to command, for ignorance combined with bad judgement – in short, for the true talent for catastrophe – he stood alone. »

Croisant les vrais événements militaires, dans un mélange d’aventures picaresques et fictives appuyées sur une narration très documentée du déroulement de la catastrophe et sur une description pointue de la vie quotidienne des officiers anglais des lointaines colonies, ce livre nous dévoile surtout un parangon de la lâcheté, un opportuniste sans scrupule... un mec fascinant, quoi !

Je ne prétendrai pas avoir tout compris à ma lecture dans l’idiome de Harry Potter (2) et Eric Cantona, d’autant plus que des préciosités de langage de l’époque fourmillent dans le texte, mais le rythme du récit et sa verve balaient les quelques incompréhensions.

Et j’en sors réjoui : je vais enfin comprendre les paroles des chansons des Spice Girls !

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(1) tant qu’à faire, démerdez-vous vous aussi avec ça.
(2) à la fin, il meurt, mais pas vraiment, et Dumblemore est un vieux phoque.