(exercice de transformation d'un texte de Bukowski)

Le train venait d'arriver et ils devaient encore rentrer à pied.
Juste le temps d'être à l'heure pour l'apéro.

- Je crois que c'est LA nuit, a dit Mezcal, je le sens dans mes veines.
- La nuit de quoi ? a demandé Faust.
- Ecoute, a dit Mezcal, tu vois là il y en a plein. On va leur en piquer quelques unes! Et merde! Tu te dégonfles ?
- Quesqu'y a? Tu me prends pour un trouillard parce qu'un marin miteux m'a botté le cul?
- J'ai pas dit ça, Faust.
- C'est toi le trouillard! Je peux te démolir, facile...
- Quais. Je sais. Je ne parle pas de ça. Je dis qu'on
va piquer un macchab, histoire de rigoler.
- Merde! Piquons-en DIX!
- Minute. Maintenant t'es pas encore soûl. Attendons un peu.
- Et toi t'es pas soûl, hein ? Tu te dégonflerais,
sinon !
- Du calme! Regarde! Les voilà. Ils en apportent.
C'est triste, regarde dans l'état qu'elles sont.
- Oui, c'est triste.
- Bon, faisons fissa, on en pique le plus possible, tant que nos bras peuvent les porter et on lui amène.

Ils ont traversé en sprintant et ont empoigné les cadavres.
Ils ont traversé en courant, avec leurs bras chargés tout déployés dans leur course, ils ont sonné
à la porte.

-Bon Dieu, elle arrive? J'ai la trouille, mec!
- Faut faire vite! Si on nous voit on est foutu. Si quelqu'un passe, on s'en débarrasse en les faisant rouler derrière la poubelle.
- On n’aurait pas dû faire ça, mec? a demandé Faust. On ne peut pas faire un truc pareil?
- Trop tard! Pas le temps! Je l’entends qu'elle arrive.

La porte s'ouvre, elle est là devant eux tout sourire.
Ils se précipitent dans l'entrée et ferment la porte à clé en rigolant.
Dans la précipitation il y un des cadavres qui s'échappe et rebondit sur le sol dans un bruit tonitruant.

Mais c'est quoi ce bordel? dit-elle en colère.

Ne l'écoutant pas ils entrent dans la cuisine et se précipitent devant la porte du frigo où ils déposent leur butin, une dizaine de cadavres, au moins!
On s'est bien marrés, hein?

-Tu crois qu'on nous a vus? a demandé Faust.
-Si on nous a vus, on nous a pris pour des fous!

-Mais c'est quoi ce bordel dit-elle en désignant les cadavres d'un air effrayé, vous avez fait quoi???
-On a piqué des cadavres répondent-ils en ce marrant! C'était assez marrant, non?
- Ouais, a dit Faust, plutôt.
-Bon, marrant Ou pas, on en a piqué plusieurs.

Elle a regardé ces choses gisantes à côté du frigo et se dit qu'ils avaient dû encore boire un coup en trop à la gare ou dans le train.
- Je me demande depuis quand ils sont morts.
- Pas très longtemps, on dirait.
- Mais alors, quand commencent-ils à puer?

C'est quoi qui pue dit-elle? Et vous allez me répondre, de quels cadavres parlez vous à la fin.

Sa patience commençait à la lâcher.

Des cadavres de bouteille, là qu'on a piqué à la poubelle à verre en face de la maison ! répondit Mezcal tout fier.

J'ai bien vu, mais c'est pour quoi faire, comme si on n’avait pas assez des cadavres entassés ici !

Pour changer, tu vois plutôt que d'arriver avec des bouteilles vides, on s'est dit que c'était plus nonsense de venir chargés de bouteilles vides ! lui expliqua Faust, d'un air satisfait.

Bande d'andouilles, vous allez me ramener ça où vous l'avez pris !

Ils s'exécutèrent de mauvaise grâce et de retour à la maison, le sourire aux lèvres, ils demandèrent en chœur « c'est pas l'heure là? »

Si, c'est l'heure leur dit Sayyadina, l'heure que je boive mes bouteilles pleines toute seule parce que vous voyez c'est beaucoup plus nonsense de vous inviter à boire un verre et de ne rien vous servir plutôt que de partager avec vous. Oh puis si vous avez soif, vous pouvez toujours aller chercher un de ces cadavres de bouteilles qui traîne dehors.

Évidemment tout ceci n'était que parole de pocharde, elle avait déjà oublié et leur servait un verre, puis un autre, et encore un autre...
Le WE ne faisait que commencer, mais des cadavres ils en auraient, oh ça c'était certain.