C’est un fait unanimement affirmé par les conférenciers de café du commerce : les hommes de Cro-Magnon étaient des nuls quand on les compare à la gloire de l’Homme moderne. Avec un H majuscule bien sûr, tant cette merveille de l’évolution le mérite pour avoir inventé le Tamagoshi, les reality shows et l’applet qui permet de transformer l’iPhone en chope de bière. Mais, surtout, ce qui fait relever le menton à nos contemporains, c’est la fierté du XXème siècle : le nucléaire.


Car ce qui a fait permis à l’humain de s’élever définitivement au dessus de la masse de ses concurrents mammifères, c’est son génie scientifique lui permettant de prouver qu’il a la plus grosse en enflammant Hiroshima et Nagasaki, d’enfanter de sympathiques mutants dans la région de Tchernobyl, et d’offrir une vie riche d’émotions aux crève-la-faim embauchés pour bosser sans protection dans les mines d’uranium à ciel ouvert d’Afrique.

Mais la mode étant au grand repentir écologique, une émotion de circonstance vient ces temps-ci agiter tous ceux qui vont s’agglutiner à Copenhague par avion (1), causée par les déchets nucléaires qui viennent gentiment empoisonner l’atmosphère pendant quelques milliers d’années, le temps que les isotopes radioactifs finissent leur cycle.

Et c’est là que l’homme de Cro-Magnon se pointe à nouveau en sifflotant, car une découverte archéologique vient opportunément révéler qu’il a su créer les doigts dans le nez (2) la fission nucléaire propre.

En effet, des archéologues de l’Université de Woolloomooloo (Australie) viennent de sortir des sables une grotte aux murs recouverts de fresques peintes avec de la crotte de kangourou, qui relatent l’extraordinaire découverte de l’Einstein des temps préhistoriques : Robert (3)

Un matin comme un autre, Robert se réveille la tête dans le cul, des suites de la bringue de la veille avec ses potes de l’équipe d’Ookball (4), un corps chaud et poilu serré contre lui sous la peau de bête. Heureux de réaliser qu’il avait tout de même réussi à garder Ginette (5) dans son lit malgré son coma éthylique, il laisse ses pattes descendre entre ses cuisses. Horreur ! Il tombe sur quelque chose à laquelle il ne s’attendait pas. Mais vraiment pas... Tout à coup, un souvenir fulgurant vient lui exploser le cerveau : ce mec aux manières bizarres, Gérard (6), lui a fait fumer des écorces étranges en se collant contre lui hier.

Hors de lui, Robert se saisit de sa massue, bien décidé à arracher la tête à son suborneur. Pour ce faire, il tourne à toute vitesse en brandissant son arme à bout de bras, afin d’avoir l’élan maximal. Mais mal remis de sa cuite, il trébuche à l’apogée de sa rotation, et sa massue vient frotter avec force les murs de silice et de deutérium de la grotte.

Une sphère de lumière et d’énergie éblouissantes se forme immédiatement, faisant exploser les parois du réduit. Robert se retrouve juché au sommet de cette boule de feu, qui plane maintenant au dessus de ses congénères regroupés dehors à faire de la luge sur un monolithe noir, dont on se demande bien ce qu’il fout là.

Emerveillés, les Cro-Magnon se prosternent et amènent en offrande des saucisses de marsupial à leur nouveau dieu, Robert. Ainsi, le même jour, le singe évolué découvre en même temps les deux piliers de la civilisation : la facture EDF et la merguez party.

Et c’est ainsi qu’Areva est grand.
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(1) Les déplacements des participants du sommet de Copenhague ont produit autant de CO2 que 40 000 voitures roulant en permanence sur une autoroute pendant un an...
(2) se foutre les doigts dans le nez est en effet une des habitudes héritées de nos lointains ancêtres, perpétuée depuis pour le plaisir des petits et des grands. Par contre, la recherche ne sait pas encore expliquer d’où vient l’habitude de bouffer ensuite le produit du curetage nasal.
(3) en fait, il ne s’appelait pas comme ça, mais la richesse et la finesse des onomatopées qui constituaient le langage de nos lointains ancêtres ne pouvant être traduites en langage SMS, appelons-le Robert.
(4) Le Ookball consiste à attraper un gars de la tribu voisine et de lui donner des coups de pied dans la tête jusqu’à ce qu’elle se détache.
(5) bon, je ne vais pas me répéter, elle ne s’appelait pas Ginette non plus, pour les raisons ci-dessus.
(6) bon... rien : ça commence à vous gonfler ces notes de bas de page.