Un texte imposé par le secteur RUE de Parano.

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Le gnou étant un animal à poil noble il ne pouvait être que le saint patron des arts de la RUE.

D’abord il faut savoir que le poil noble est luisant naturellement. Il ne comprend aucune fibre synthétique, aucune luisance artificielle. Sa luminosité s’accentue à la clarté de la lune. Cette particularité en fait un animal sauvage  non domesticable tout comme l’artiste de RUE est l’ennemi de l’artiste de salon. D’ailleurs essayez de mettre un gnou dans votre salon, non content qu’il prend de la place, le gnou s’éteindra à la lumière des ampoules électriques.

Le gnou est donc fait pour vivre libre et sans entrave pas du tout comme le Francis qui est animal poilu lui aussi mais attaché à la DMZ.

Une fois ce préalable établi, laissez moi vous raconter l’histoire du gnou et du jongleur.

Il était une fois, un gnou à poil luisant qui se baladait au clair de lune en chantonnant un air connu.

« J'aurais voulu être un artiste !!
Pour pouvoir faire mon numéro !!
Quand la maroufle rentre en piste !!
Dans les forêts de Champornot !!
J'aurais voulu être un chanteur !!
Pour pouvoir crier où je suis !!
J'aurais voulu être un auteur !!
Pour pouvoir inventer ma vie !!»

En fait le gnou s’ennuyait, loin de la jungle où il avait été arraché un soir de pleine lune par un chasseur de gnou très méchant attiré par l’or et la puissance de l’animal. Evidemment le gnou avait réussi à s’échapper mais trop tard, au lieu des arbres de la forêt, il avait découvert le pavé des rues et les immeubles de 15 étages.
Aucune maroufle dans cette forêt de béton, aucune fleur à conter, aucune femelle à l’horizon, bref le gnou commençait à perdre la luisance de son poil n’ayant personne à caresser dans le bon sens.

Un soir il aperçut un jongleur et fut attiré par les flammes qui tournoyaient dans le ciel. Le jongleur était seul lui aussi, son numéro n’intéressait que quelques touristes qui de temps en temps faisaient tomber dans son chapeau une rondelle métallique.

Le gnou s’approcha et lui demanda « C’est quoi ces rondelles métalliques dans ton chapeau ? »
« Oh c’est quelques pièces qui me permettront d’acheter un peu de chaleur humaine, enfin une bouteille et un lit douillet si je gagne beaucoup » répondit le jongleur.
« Toi aussi tu as perdu ta forêt ? » s’interrogea le gnou.
« Ma forêt ? Non moi je suis libre Max, il y en a même qui m’ont vu jouer. La ville est à moi, les rues sont ma maison et les places mon théâtre. »
« Bah moi aussi je veux être libre, mais je m’ennuie un peu. Tu veux bien que je t’accompagne, je pourrais te tenir chaud, ma fourrure est luisante comme les étoiles, douce comme la pluie et chaude comme une maroufle».

Le jongleur attendri par ce gnou poétique, lui proposa donc un numéro en duo. Le jongleur debout sur la croupe du grand gnou pouvait lancer ses éclairs de feu encore plus haut et se déplacer tout en jonglant  dans la ville entière. Le gnou était fier d’être le porteur le plus admiré de tous. Son poil luisait à nouveau et sa toison de feu émerveillait les enfants qui s’écriaient.
« Regardez l’homme qui marche sur un tapis de feu et qui jette aux étoiles  des flammes multicolores ».

Quelques hommes peu scrupuleux et attirés par l’or qu’ils pouvaient retirer d’un tel numéro essayèrent d’acheter le jongleur et le gnou pour les enfermer dans un théâtre, sans succès.

Le jongleur et le gnou avaient tout ce qu’ils souhaitaient. L’amitié et la chaleur les soirs d’hiver et le plaisir de voir briller les yeux des spectateurs de plus en plus nombreux qui les suivaient à travers la ville annonçant le numéro.
Ils chantaient en cœur :
« Nous sommes des artistes !!
Venez voir notre numéro !!
Quand la nuit rentre en piste !!
Sur les rues pavées de Rio  !!
Nous faisons chanter le feu !!
Dans les yeux émerveillés !!
De la plus grande des hauteurs !!
Nous inventerons la vie !!»

Depuis le lien magique entre le gnou et l’artiste de RUE perdure pour l’éternité, tant que les étoiles et la lune brilleront, vous trouverez toujours un gnou pour illuminer les soirées d’hiver.