Il arrive, plus fréquemment qu'on le pense, que les canonisations soient causées par un malentendu. Je n'évoque pas ici le cas de St Zano, sanctifié suite à une énorme cuite collective de la Curie romaine réunie à l'origine pour élever Marilyn Manson à la distinction suprême, ni celui de Jean-Marie Bigard, piquant sa place à Semilia après de basses manœuvres.


Non, je veux parler d'une sombre intrigue égyptienne, qui a permis à un accessoire familier de s'élever sans réelle raison au rang d'objet sacré.

Car examinons cette devinette fameuse, qui a contribué à la renommée de l'étrange croisement d'un lionceau et d'un oisillon :

"Qu'est-ce qui marche sur quatre pieds le matin, sur deux pieds à midi et sur trois pieds le soir ?"

Et bien, la réponse (l'homme), ne tient pas la route une seule seconde, ne serait-ce que sur la base d'une espérance de vie de 70 ans, le "matin" va de la naissance jusqu'à 35 ans - âge auquel on s'est depuis longtemps dressé sur ses jambes - et qu'en début de "soirée", soit vers 50 ans, rares sont ceux qui ont besoin d'une canne ou d'un déambulateur !

Comme brillamment démontré par un critique rationnel, la question mériterait d'être ainsi formulée pour respecter la rigueur scientifique :

"Qu'est-ce qui, métaphoriquement parlant, marche sur quatre pieds juste après minuit, sur deux pieds pendant le plus gros de la journée sauf accident, jusqu'à l'heure du dîner au moins, après quoi sur trois pieds ou avec toutes les aides prothétiques de son choix ?" (1)

Cela étant, l'essentiel n'est pas là. Ce qui est confondant et préoccupant, c'est que depuis ce qui pro quo, chacune et chacun se voit sommé(e) dès 60 ans de s'appuyer sur une canne pour sortir dans la rue, et même d'avancer à petits pas en grimaçant, sous peine de recevoir des cailloux lancés par les enfants ou de se faire péter le fémur par de bons citoyens sourcilleux sur les valeurs traditionnelles.

Sainte Canne, vénérée par ces masses aveugles qui entretiennent un rapport ambivalent avec ses aînés, tu es devenue un outil de tourments, au même titre que le coussin moelleux de l'Inquisition !

Déboulonnons donc cet icône fallacieuse et ne reconnaissons qu'une canne : celle de Toulouse-Lautrec (2), dont le pommeau permettait de boire de l'absinthe et qui cachait une visionneuse de photos de femmes nues.

Car l'alcool et le sexe sont bien les deux mamelles de la vieillesse.


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(1) cet emprunt respectueux à Pyramides de Terry Pratchett ne vise qu'à attirer l'attention sur un de ses ouvrages qui, s'il n'est pas le plus cité des livres des Annales du DM, a un charme bien à lui.
(2) Joli match !