Y a bien trente-six sortes de chats

Des p’tits, des gros, des angoras

Chats de gouttières ou chats siamois

Y'a qu'une télé, c'est Téléchat !

- Grouchat : Bonjour, Lola, aujourd’hui Mitanche des Nèfles, c’est la St Bug de l’an 2000. Bonne fête à tous les bugs de l’an 2000 !

- Lola : Que ce cycle soit prospère pour tous les bugs de l’an 2000, et – si je puis me permettre - pour tous leurs enfants également.

- G : Mais vous pouvez tout vous permettre, Lola : sur Téléchat, pas de censure pour votre sécurité, nous assumons un journalisme courageux et sans langue de chêne !

- L : Langue de chêne ? Vous êtes sûr de l’expression ?

- G : Parfaitement, Lola. Le bois ne mérite pas cet anonymat dégradant, il a un prénom comme vous et moi, autant le citer, c’est le moindre des respects.

- L : Ah, entendu. Mais une question me taraude, Grouchat, les porte-manteaux ont-ils eux aussi un petit nom de baptême ?

- G : Evidemment, ma chère Lola ! Mais là n’est pas le sujet : nos téléspectateurs s’impatientent, car nous avons sur notre plateau, pour une interview en exclusivité mondiale, le plus célèbre des fugitifs, enfin repéré il y a peu près de Genève après 48 ans de traque, je veux parler bien sûr du Boson de Higgs !
Micmac, officiez, et fissa, l’Audimat n’attend pas !

- Micmac : aaahhh mais c’est boooon…. On n’est pas aux pièces… Làààà, je suis branché, vous pouvez… pooooser vos questions….



- G : Boson de Higgs, tout d’abord, où étiez-vous caché ? Vous avez été identifié pour la première fois en 1964, et depuis, plus de nouvelles…

- Boson de Higgs : Tout d’abord permettez-moi de vous saluer, mais aussi toutes les Bosonnes qui sont ce soir devant leur écran. Qu’elles sachent que cela fait trop longtemps que je me confine les quarks et que je suis chaud bouillant pour leur briser l’interaction unifiée électrofaible en deux.

- G : Et Bozo le Clown, vous ne le saluez pas ?

- BdH : Cet enfoiré d’imposteur ? Surtout pas ! Il a profité de mon absence pour se faire reluire les photons… et le reste.

- G : Justement, vous n’avez pas répondu à ma question : où étiez-vous donc durant tout ce temps ?

- BdH : Et bien, Grouchat, si j’ai choisi de vous réserver ma première interview, ce n’est pas seulement pour le chèque en blanc signé que m’a remis votre directeur des programmes, mais aussi parce que je sais que vous comprendriez. Vous êtes une star planétaire, chacun de vos faits et gestes est épié, commenté, les ragots sur vous et la charmante Lola pullulent…

- G : À qui le dites-vous ?

- BdH : Ben… à vous.

- G : Mais c’est une expression, comme À bon château, bon râteau ou bien Je donne ma langue au timbre ou bien… Laissez tomber. Je vous expliquais donc que pas plus tard que la semaine dernière, un torchon à scandales a osé insinuer que je ne m’étais jamais cassé le bras et que mon plâtre servait à dissimuler que j’étais en réalité Jamel Debbouze ! 
Mais pourquoi je vous parle de ça ?

- BdH : Parce que j’essayais de vous expliquer – avant votre interruption intempestive – que cela faisait plusieurs milliards d’années que je me la coulais douce quand ce détective minable, Peter Higgs, m’a déniché par hasard alors qu’il enquêtait pour une Gluonne cocufiée. Ensuite, ça a été l’enfer : j’avais les pirespaparazzi aux fesses : Brout, Englert, Hagen, Guralnik, Kibble, etc… Je ne pouvais même plus acheter ma baguette ou aller aux putes sans me faire flasher. Alors, j’ai craqué : les premières communautés hippie se formaient en Californie, je suis allé me réfugier en haut des montagnes de San Gabriel. À peine arrivé, je me suis fait un trip et j’ai mis des années à redescendre. Mais ce n’est rien à côté de ce que j’ai vécu quand, justement, je suis redescendu en ville…

- G : Le crack était apparu ?

- BdH : Non, pire que ça : j’ai signé un contrat.

- G : Un contrat de soumission ? Vous êtes devenu masochiste hardcore ?

- BdH : C’est presque ça, je suis devenu esclave d’une certaine façon. Je cherchais un endroit peinard pour crécher un moment, histoire de recharger mes Giga électron-volts. J’ai signé un contrat de co-location avec un mec bizarre, un physicien du Caltech de Pasadena. 
Pfuuu ! 138 pages, le contrat, écrit en tout petit… Je ne pouvais même pas bouger de l’appart sans violer 14 clauses au moins.

- G : Mais comment avez-vous fait pour vous échapper de cet enfer ? Et qu’est-ce qui vous a décidé ?

- BdH : Quand j’ai appris qu’on reparlait de moi dans les milieux influents, je me suis dit que j’avais un paquet de pognon à me faire. Le hic, c’est que dans ce foutu contrat, il y avait une clause m’interdisant d’aller au super-accélérateur du CERN sans l’autre pomme. Et je n’avais pas envie de diviser le pactole en deux…
Entre 7h28 et 7h29 chaque matin, j’avais un instant de liberté pour soulager ma vessie. J’ai sauté par le vasistas des chiottes, j’ai chopé un taxi à la volée et hop ! Premier avion direct pour la Suisse.

- G : Tout ceci est passionnant, mais l’heure tourne, et vous ne nous avez pas encore dit à quoi vous serviez exactement. Et soyez clair, par pitié, notre public sait à peine compter !

- BdH : Bah, mon boulot, c’est de donner une masse à des objets pris au hasard.

- G : Mais c’est tout ? Et à quoi ça peut bien servir ?

- BdH : Comme ça, les cons comme Newton qui dorment sous un pommier ne peuvent pas savoir quel fruit va leur tomber sur la gueule.

- G : Je comprends mieux, c’est primordial en effet. C’est sans doute pour cela qu’on vous surnomme la « particule-dieu ».
- BdH : non, ça c’est pour ma capacité à former des attroupements. Pour comprendre, prenez un mutant extérieur au Complexe Alpha qui, par le biais d’un sas de décontamination, répand une rumeur séditieuse aux citoyens les plus près de la porte. Un attroupement de félons potentiels se forme alors et se répand, comme une vague, à travers le bunker pour transmettre la rumeur. Eh bien, cet attroupement, c’est à peu près moi.

- G : Lumineuse explication, je n’ai strictement rien compris. Revenons plutôt aux questions people : certains affirment que vous étiez présent au Big Bang. Info ? Intox ? C’était aussi fun qu’un concert de Jean-Michel Jarre ?

- BdH : Je me suis rarement autant emmerdé : il n’y avait rien, pas un troquet, pas une Mobylette, pas un flipper, la zone… Non, le Big Bang, c’est nul à côté du Gang Bang à Clara.

- G : Le Gang Bang à Clara ?

- BdH : Vui. C’est un peu comme à Intervilles, quand il n’y a qu’une vachette… (1)

- G : Hem… Bon, question suivante. Vous êtes enfin sorti du placard, mais le Gluon de Higgs court toujours. Dites-nous, les yeux dans les nucléons, où il se trouve !

- BdH : Ecoutez, cet abruti de Higgs ne s’est même pas rendu compte en 1964 que c’est moi qui le planquais. Mais sa femme est toujours aussi jalouse, alors ne comptez pas sur moi pour le balancer…

- G : Même pas un indice avant d’aller encaisser le chèque de la prod’ ?

- BdH : Ouvrez un peu vos oreilles, non d’un quark ! Vu comment elle glousse, votre autruche d’assistante sait parfaitement où il est présentement, votre Gluon de Higgs.


- G : Mais, mais ? Lola, un peu de retenue ! Bon, on rend l’antenne pour régler ça. Chalutier ! À demain, si on veut bien !

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(1)Désolé, mais celle-là, elle me fait trop rire à chaque fois que je vois le clip :
http://www.youtube.com/watch?v=gUnSbacOi3Y&feature=youtube_gdata_player