« Alexandre Vialatte , qui est assurément l'un des plus grands écrivains de ce demi-siècle, ce ne sont pas les trous du cul du nouveau roman qui me pèteront le contraire, était un homme fort cultivé, d’une prose infiniment élégante, d’un humour plus subtil, plus tendre et plus désespéré qu’un la mineur final dans un rondo de Satie. »


Voici ce que disait Pierre Desproges d’un de ses maîtres, Alexandre Vialatte

Je me suis permis le petit jeu d’imaginer ce que Vialatte eût pu dire de Desproges.


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Universalité du rire – Le solipsiste ne risque pas la mauvaise compagnie – Robes et carottes élavérines – Parallélisme du zèbre – Jouissance minutée – Palindrome reflété – Un spinozien qui n’encule pas Hegel – Justice immanente des réseaux sociaux – Une Andalouse juchée sur un cheval melba – Le petit pantalon gris – Optimisme du désespoir – Vitalité débordante et consécutive de Pierre Desproges.



On peut rire de tout.

N’en déplaise à mon jeune disciple Pierre Desproges, au demeurant pourvu du recul nécessaire et de la lippe friponne et goulue qui révèlent l’homme d’esprit, peu importe qui vous côtoie avec ou sans votre gré lorsque fuse la saillie drolatique. D’ailleurs, si je peux me permettre de le paraphraser, « quand on est plus de quatre, on est une bande de cons, alors a fortiori moins de deux, c'est l'idéal ». Le solipsiste ne risque pas d’être mal accompagné, imperméable qu’il est à la présence d’un borgne nostalgique des robes et des carottes Vichy ou d’un capilliculteur biocosméticien.

Mais on ne peut pas rire n’importe comment, et c’est bien là le principe constant que notre jeune ami érige, à la fois éthique et altruiste. 

Éthique, car sans être à proprement parler ce qu’on appelle un maniaque, Pierre Desproges aime beaucoup les zèbres, car leurs rayures sont bien parallèles. C’est donc purement conséquent s’il n’apprécie rien tant que cet instant, trop éphémère, hélas, où sa montre à quartz indique 11 h 11. 

Et que personne ici ne le taxe de lubricité si, parfois, il en éprouve un orgasme jusqu’à 11 h 12 ! Quand on sait qu'il en est qui, chaque jour, profitent du miroir d’un palindrome numérique afin de s'enivrer à 9h06...

Adepte de Spinoza, Pierre Desproges n’en profite cependant pas pour assaillir Hegel analement, mais a développé la vision la plus pertinente qui soit de la justice immanente : un accusé est coupable, et les avocats de la défense le démontrent avec bien plus de talent que le procureur le plus acerbe. Et il n’a pas attendu l’apparition de nouvelles technologies pour révéler cette vérité fondamentale, qui irrigue de son flux véhément les réseaux sociaux...

Encore moins que son sens éthique, on ne peut contester son altruisme. Qui, sinon lui, a livré au monde ébahi et reconnaissant la recette du cheval Melba ? Qui protège inlassablement l’environnement en insonorisant avec constance les Andalouses ? Qui, tel Jésus lavant les pieds des lépreux, est assez humble pour jouer à colin-maillard avec un aveugle ?

Cet altruisme le fait même affronter des dangers insensés, lorsqu’il se dresse en face du seul objet qui agresse l'homme par pure cruauté : le cintre. Et tout ça pour sauver l’homme qui veut son pantalon. Le gris, avec des pinces devant et le petit revers.

Je l’avoue sans fausse honte : ce jouvenceau au teint rose me dépasse de mille lieux dans le domaine de la solidarité. Je n’éprouve pas pour ma part l’empathie pour mon semblable qui perce si visiblement sous les sarcasmes de ce faux bougon, ni ne me laisse envahir par le tendre optimisme que son désespoir élégant diffuse.

La lecture de cet inquiet compulsif est le plus rassurant des remèdes : étonnant, non ?

Et c’est ainsi que Desproges est vivant.