Remue Méninge

Remuer sans faire tourner la mayonnaise… Une envie de partager quelques réflexions sur le monde qui nous entoure, de titiller votre vision de la vie, d’échanger et débattre sur des sujets variés…sur un ton léger et décalé.

02 octobre 2009

Flashman

Il faut toujours une première fois dans la vie. Et ça m’est arrivé, à plus de quarante trois ans, grâce à un pote.

« Un homme qui a été expulsé du collège de Rugby pour ivrognerie, qui a vicieusement séduit la maîtresse de son père, qui a menti, trompé et prouvé sa couardise sur le champ de bataille ; qui a tracé sa route des boudoirs de l’Angleterre victorienne jusqu’aux frontières les plus érotiques de l’Empire, cet homme peut-il être totalement mauvais ? »

Certes, mais quel est le rapport, me dites-vous ?

Jusqu’à présent j’avais toujours hésité à lire un bouquin directement en anglais, tout en sachant pertinemment que les traductions en franchouillard font généralement perdre 60 % de l’intérêt et de la subtilité du texte d’origine, surtout s’il est nonsense.

Devisant en MP avec l’individu suce visé, celui-ci me dit :
« - Tu as lu Flashman ? Ca n’a pas été traduit en français, mais fais un effort…
- Mais euh ! Je ne lis rien en anglais…
- Ta gueule ! File-moi ton adresse postale, je commande chez HarperCollins et je fais envoyer chez toi… »

C’est ainsi que je me suis fait dépuceler et que j’ai lu un livre directement dans la langue de Lady Diana et Amy Winehouse…

C’est quoi l’histoire ?

George Mac Donald Fraser, connu entre autres pour avoir co-scénarisé Octopussy, a créé en 1969 un personnage de légende : Flashman.

Celui-ci est censé être un héros de l’armée britannique du 19ème siècle, dont les « exploits » s’étalent en douze livres. Mais s’il a acquis une renommée de héros, c’est surtout grâce à sa capacité à cacher sa lâcheté et à profiter de circonstances heureuses pour retourner les événements en faveur de sa gloire factice.

Le livre que j’ai lu – le premier de la série – narre ses aventures à partir du moment où il se fait virer du collège de Rugby après une méga-cuite, que son père lui achète son poste d’officier de la glorieuse armée britannique et, qu’après s’être marié contraint et forcé en Ecosse, il part servir en Inde, puis en Afghanistan.

Il avait déjà su se faire une réputation indue jusque-là (ses compétences principales consistant à se planquer, bringuer et culbuter le maximum de femmes), mais son destin rencontre l’histoire en Afghanistan en 1842.

Il faut dire que ce fut une des plus belles branlées que la perfide Albion connut dans son histoire : partie occuper ce pays pour de sombres raisons géopolitiques en 1841, l’armée britannique repartit la queue basse en 1842, après une retraite honteuse où ne survécurent que quelques hommes sur 16 000 soldats…

Ce désastre fut surtout dû à un modèle d’incompétence, le Général-Major William George Keith Elphinstone, décrit ainsi (1) :
« I still state unhesitatingly, that for pure, vacillating stupidity, for superb incompetence to command, for ignorance combined with bad judgement – in short, for the true talent for catastrophe – he stood alone. »

Croisant les vrais événements militaires, dans un mélange d’aventures picaresques et fictives appuyées sur une narration très documentée du déroulement de la catastrophe et sur une description pointue de la vie quotidienne des officiers anglais des lointaines colonies, ce livre nous dévoile surtout un parangon de la lâcheté, un opportuniste sans scrupule... un mec fascinant, quoi !

Je ne prétendrai pas avoir tout compris à ma lecture dans l’idiome de Harry Potter (2) et Eric Cantona, d’autant plus que des préciosités de langage de l’époque fourmillent dans le texte, mais le rythme du récit et sa verve balaient les quelques incompréhensions.

Et j’en sors réjoui : je vais enfin comprendre les paroles des chansons des Spice Girls !

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(1) tant qu’à faire, démerdez-vous vous aussi avec ça.
(2) à la fin, il meurt, mais pas vraiment, et Dumblemore est un vieux phoque.

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16 juillet 2009

Les aventures holistiques de Dirk Gently

Qui porte un grand manteau de cuir, un chapeau, qui fume comme un pompier, qui mange des pizzas et qui dirige une agence de détectives Holistique ?

La réponse pourrait presque être 42, puisqu’il s’agit de Dirk Gently, un personnage de roman de Douglas Adams.
Si Douglas Adams est plus connu pour sa série SF « H2G2 » (que vraiment vous devez lire si ce n’est pas déjà fait) il a écrit aussi les aventures de Dirk Gently qui sont autant excellentes tant par l’écriture inimitable de Douglas que par le ton absurde encore plus présent que dans H2G2 (que vous devez donc lire impérativement).

Deux livres seulement, avec un troisième inachevé (« Le saumon du doute » que vous pouvez lire dans « Fonds de tiroir » un recueil de texte de Douglas), inachevé donc, non pas parce qu’il avait piscine mais tout simplement parce que Douglas est mort avant de pouvoir écrire ce qui aurait pu être le troisième tome des aventures de Dirk Gently, alors que plusieurs versions existeraient et des rapprochements avec H2G2 étaient envisagés dans certaines.
Il est très difficile de raconter ces deux livres mais juste pour vous donner quelques pistes et l’eau à la bouche, voilà un résumé non exhaustif de ce que l’on peut trouver dans ces deux chefs d’œuvre.

-   Un cheval dans la salle de bain (1987)

Tout commence avec un moine électrique. Tout comme il y a des lave-vaisselle qui lavent la vaisselle, les moines électriques sont là pour croire à votre place des tas de choses. Celui-là croit que tout est rose pâle (vous commencez à comprendre la difficulté de raconter un livre de Douglas Adams). Le moine a un cheval, le dit cheval quelques pages plus loin se retrouve dans une salle de bain d’un professeur du collège Saint Cedd de Cambridge. Évidemment le monde se retrouve très vite en danger et un jeune passionné d’informatique fait appel à Dirk Gently. La fin est particulièrement alambiquée et donne lieu à différentes interprétations.

- Beau comme un aéroport (1988)
On y retrouve Dirk Gently, une histoire mêlant le fantastique où les dieux s’affrontent, Thor échouant chez une américaine résidant à Londres. La gare de King Cross où sont téléportées ailleurs les personnes. Évidemment le monde se retrouve en danger et Dirk Gently est contacté pour le sauver.

Douglas s'est inspiré de deux scénarios qu'il avait écrits pour la série télé Dr Who pour construire le premier épisode des aventures de Dirk.

Mais revenons-en plutôt à la personnalité de ce détective hors norme.

Voilà l’encadré des pages jaunes où figure l’annonce de cette agence particulière :

« Agence de détectives Holistiques Dirk Gently : nous trouvons la solution de vos problèmes tout entiers. Nous retrouvons les disparus tout entiers. Téléphonez aujourd’hui pour avoir la solution toute entière de votre problème (notre spécialité : les chats disparus et les divorces difficiles. »

Les méthodes de recherche du détective sont originales, il n’est jamais exclu d’aller en voyage aux Bahamas pour retrouver un chat, de filer une personne ou une voiture au hasard même si il n’y a aucun rapport avec l’enquête en cours.
L’agence se compose de lui et de sa secrétaire Janice Pearce, qui démissionne souvent, faut dire que l’argent ne rentre pas et qu’elle ne perçoit pas de salaire.
Assez éloigné des méthodes de Sherlock Holmes " Une fois qu'on a éliminé l'impossible, alors ce qui reste, même le plus improbable, doit être la solution ", Dirk Gently se concentre plutôt sur l’impossible que sur des indices probables, ce qui en fait un détective aux méthodes compréhensives par lui-même seulement, à la logique déroutante et avec un don de voyance réel. Au final les solutions qu'il offre à une énigme, si improbable soit-elle, finissent par se révéler exacte.

Petit extrait des conversations de Dirk Gently avec ces clientes.

« Je suis très heureux que vous m’ayez posé cette question, Mrs. Rawlinson. Le terme « holistique » vient de ma conviction que ce qui nous concerne ici, c’est l’interconnexion fondamentale des choses. Je ne m’intéresse pas à des détails aussi mesquins que la poudre pour relever les empreintes digitales, des fragments de tissu révélateurs et des empreintes de pas stupides. Je considère que la solution à chaque problème est décelable dans la configuration et la texture de l’ensemble. Les liens entre les causes et les effets sont souvent beaucoup plus subtils et complexes que nous pourrions le supposer naturellement avec notre compréhension du monde physique, Mrs. Rawlinson.
Permettez-moi de vous donner un exemple. Si vous allez trouver un acupuncteur pour un mal de dents, il vous plante une aiguille dans la cuisse. Savez-vous pourquoi il fait cela, Mrs. Rawlinson ?
Non, eh bien, moi non plus, mais nous allons le découvrir. Ravi de vous avoir parlé, Mrs. Rawlinson. Au revoir »


« Ah, Mrs.Sauskind, dit-il, répondant à son interlocutrice, ma plus ancienne et, puis-je le dire, ma plus précieuse cliente. Bonjour à vous. Hélas, pas de signe de vie du jeune Roderick, malheureusement, mais les recherches s’intensifient pour évoluer, j’en suis certain, vers leur conclusion et je suis prêt à affirmer que dans quelques jours d’ici, nous verrons le jeune coquin définitivement revenu dans vos bras et miaulant gaiement. Ah ! oui la note, je me demandais si vous l’aviez reçue.(…)
Oui, poursuivit Dirk dans l’appareil, mais comme j’ai essayé de vous l’expliquer, Mrs. Sauskind, au cours des sept années où j’ai eu le plaisir de vous connaître, je penche dans cette affaire pour le point de vue de la mécanique quantique. Ma théorie est que votre chat n’est pas perdu, mais que sa forme ondulatoire s’est provisoirement effondrée et qu’il faut la restaurer. Voyez Schrödinger, Planck etc. (…)
Oui les dépenses ont été, ma foi, assez élevées aux Bahamas, Mrs. Sauskind, c’est dans la nature des dépenses. D’où leur nom. (…)
Bien sûr je vous expliquerai de nouveau pourquoi ce voyage aux Bahamas était d’une importance si vitale (…) Comme vous le savez, Mrs.Sauskind, je crois à l’interconnection fondamentale de toutes choses. J’ai d’ailleurs tracé et fait la triangulation des vecteurs de cette interconnection qui se recoupe sur une plage des Bermudes qu’il me faut donc bien visiter de temps en temps dans le cours de mes recherches (…)Je crois que vous trouverez dans ma note d’honoraires un article pour couvrir cela. Laissez-moi voir.
- détection et triangulation des vecteurs d’interconnection de toutes choses : 150 livres. Vous voyez nous ne l’avons pas oublié.
- repérage jusqu’à la plage des Bahamas, voyage et frais de séjour. A peine 100 livres. L’hôtel était modeste (…)
- lutter contre l’épuisement du scepticisme de la cliente, verres : 327,50 livres »

 
Autour de Dirk Gently
- la BBC souhaite en faire une adaptation radio.
- des fans ont commencé une adaptation radio du premier bouquin de Dirk Gently.
Trois épisodes sont déjà proposés en podcast.
http://dirkgently.podomatic.com/
- une pièce de théâtre du premier tome. La pièce a été jouée à Los Angeles en 2006.
http://www.dirkusa.com/
- plusieurs projets et rumeurs d'adaptation télé ou cinéma, mais je ne sais pas où cela en est.

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15 avril 2009

Alerte au spam !

 « Quelles que soient ses origines, quel que soit son sexe, qu’il soit reptilien, mammifère ou les deux à la fois, peu importe. Ce qui est alarmant c’est, présentement, la tendance du spam à pénétrer dans tous les milieux, même les plus fermés. C’est pourquoi je crie : « Alerte au spam ! »

(…)
Du nivellement par le spam, à l’asservissement par le spam, il n’y a qu’un pas. Si nous relâchons notre vigilance, nous allons tout droit à une idéologie du spam avec tout ce que pareille aventure comporte. »


Quel est l’éminent membre des Monty qui a pu écrire ces lignes, vous demandez-vous, imbibés comme vous êtes d’un de leurs plus fameux sketches ? (1)

Et bien non, ce texte a été écrit dans un journal paru en Angleterre le … 24 mars 1944. Son auteur ?

Pierre Dac.

Dans un texte précédent, je vous avais narré l’aventure de L’Os à Moelle jusqu’à l’invasion de la France par les Allemands en 1940. Pierre Dac, réfugié en «zone libre » à Toulouse, décida en novembre 1941 de rejoindre Londres. Comme rien ne pouvait se passer normalement pour lui, c’est en octobre 1943 qu’il rejoint enfin la capitale anglaise et l’équipe de Radio-Londres. Il participera jusqu’en août 1944 à l’émission « Les Français parlent aux Français », puis rejoindra Paris libéré, sera correspondant de guerre avec les troupes du général de Lattre de Tassigny, puis relancera la parution entre 1945 et 1947 de L’Os libre. (2)

Pendant son séjour en Angleterre, Il participa également au journal France, conçu pour les expatriés des Forces Françaises Libres. C’est à ce titre qu’il écrivit de nombreuses chroniques traitant de problèmes aussi essentiels pour les exilés que la cuisine anglaise, les mœurs des habitués des pubs, ou bien l’invasion sournoise d’un pâté de mauvaise qualité, collant, servi aux soldats anglais et des armées alliées dans leurs cantonnements : le « Spiced Pork and Meat », ou SPAM.

Visionnaire, comme souvent, il fut le premier à dénoncer, dans l’édition donc de France du 24/3/1944, les dangers pour la civilisation de cette mélasse gluante et insipide. Pourfendeur de toutes les écoles de pensée totalitaires, il n’hésita pas à révéler au grand jour « la création envisagée d’une légion de volontaires du spam dont les membres seraient tenus de ne marcher qu’au spam cadencé et de porter un insigne à croix spamée ».

Ses efforts – relayés quelques 25 ans plus tard par les Pythons – ont permis de repousser jusqu’à une période récente les assauts du spam. Mais aujourd’hui, nos messageries électroniques sont envahies, engluées même dans le spam gélatineux, et nos PC nous chantent, sur l’air des Montagnards :
« Halte-là (ter)
Le spam est là
Le spam est là
Halte-là (ter)
Le spam, le spam est là
Le spam, le spam
Est là ! »


Qui nous délivrera du mal ?

--
(1) allez, juste pour le plaisir
(2) je ne saurais trop conseiller aux amoureux du « Roi des loufoques » l’achat de Pierre Dac. L’Os à Moelle et Pierre Dac. Drôle de guerre, parus aux éditions omnibus.

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12 janvier 2009

Rognez l’Os !

Le 13 mai 1938 naissait en France un hebdomadaire dénommé L’Os à Moelle. Pourquoi le rédacteur en chef, le remarquable Pierre Dac, a-t-il choisi ce titre ?

Laissons-le s’expliquer :

« Au temps des Gaulois, le fameux gui qu'adoraient ces derniers n'était autre que l'os à moelle qui, à l'époque, n'était pas encore passé du règne végétal au règne minéral: les campagnes celtes verdissaient à l'ombre des ossamoelliers, au pied desquels les comiques en vogue chantaient leurs plus désopilants refrains dont l'un des plus célèbres, "Le druide a perdu son dolmen", est parvenu jusqu'à nous.
Voilà pourquoi, amis lecteurs, nous avons choisi ce titre: "L'Os à Moelle"! Nous tâcherons de nous en montrer dignes et de le maintenir sur le chemin du sourire et de la saine plaisanterie; nous éviterons évidemment toute bifurcation politique, car nous voulons bien être loufoques mais pas fous. »

Etrangement, cette profession de foi prudente me rappelle un blog un peu particulier. D’autant plus que la ligne éditoriale du dit hebdomadaire était ainsi résumée par le rédac’chef :
« Tout ce qui est d’un ordre général tout en restant particulier est nôtre ».

A la une des 109 numéros de ce journal – dont le premier fut vendu à 400 000 exemplaires en une semaine – trônait : « L’Os à Moelle, organe officiel des loufoques ». La ligne de conduite des dits loufoques était la suivante :
« Les loufoques se comportent, parlent, pensent autrement que le reste des hommes et se regroupent pour fuir pendant quelques heures les ennuis de l’existence, les petits comme les grands. »

Dans chacun des numéros, un résumé de la semaine écoulée, intitulé « Drol’ de s’maine » et rédigé par Redis-le Moelleux, permettait un retour décalé sur l’actualité. Des décrets-lois, édictés par un gouvernement aux portefeuilles tels le ministère des bas et chaussettes ou celui du bœuf en daube, décidaient par exemple qu’on ne travaillerait plus désormais le lendemain des jours de repos, mais, à titre de compensation, on se reposerait la veille.

J’arrête là les coïncidences, ou les plagiats par anticipation, en citant ce mot de Pierre Dac dans le second exemplaire du journal :
« Pourquoi notre second numéro porte-t-il le chiffre 2 ? En tant qu’organe des loufoques, ce deuxième numéro eût dû normalement être numéroté 42 ou 126. »

Au bout de 109 numéros, le journal cessa de paraître le 7 juin 1940, une semaine avant l’arrivée des Allemands à Paris. Cela était plus prudent : le journal ayant largement brocardé aussi bien Hitler que Mussolini, il valait mieux que Pierre Dac, né André Isaac, prît le maquis. Après moultes péripéties, il rejoint Londres et devient l'humoriste des émissions en français de Radio Londres à partir de 1943. Interrogé après la guerre sur cette disparition forcée de L’Os à Moelle, il eut cette belle phrase :
« Il est bien connu que l’os à moelle se décompose au contact du vert-de-gris… »

Je finirai en plaçant en exergue, pour vous inciter à un petit jeu, une rubrique permanente du journal, les offres d’emplois.

Cette rubrique, souvent alimentée par Pierre Dac lui-même, l’était aussi, entre autres, par un jeune poète de 17 ans, tellement idolâtre du maître et tellement timide qu’il passait pour déposer ses billets sans jamais oser frapper à sa porte pour se présenter. Il se rattrapera, après avoir lié connaissance en 1949 : ce jeune homme s’appelait Francis Blanche…

Quelques exemples, parmi les plus fameux, de ces offres d’emplois :
- On demande cheval sérieux connaissant bien Paris pour faire livraisons seul ;
- On demande sonneur de cloches, ayant notions menuiserie, pour déménagement à la cloche de bois ;
- Importante compagnie d’autobus demande messieurs chauves pour servir de rétroviseurs ;
- On demande espions doubles, atteints de strabisme divergent, pour observer les deux côtés de la frontière.

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28 septembre 2008

211 idées

Récemment, j'ai lu une méthode infaillible pour rédiger une critique de livre. Très modestement, je vais essayer d’appliquer les judicieux conseils prodigués.

1) Tout d’abord, choisir avec précaution l’œuvre qu’on va critiquer. C’est un point crucial : il faut que ce soit quelque chose de connu mais en même temps que personne n’a jamais lu.

J'ai choisi le succulent ouvrage dont je vous ai déjà parlé, 211 idées pour devenir  un garçon génial de Tom Cutler. Fils d’une sexologue et d’un ancien moine dominicain, Tom Cutler d’adresse aux mâles entre 7 et 77 ans, dans un ouvrage dont le mode d’emploi est le suivant : « s’affaler dans un coin et, après avoir jeté un coup d’œil inquiet tout autour, tel un homme en quête d’une petite brèche dans la paroi d’un réacteur nucléaire, se grouiller de se faire décontaminer. »

2) Une fois la lecture terminée vient le moment de la rédaction de la critique.

Le style est délicieusement british, comme en atteste cet extrait de « Comment se remettre d’une gueule de bois » :
« L’art d’être complètement ivre, aussi passionnant soit-il, n’est pourtant pas aussi intéressant que l’étude de la gueule de bois, cet état de post-ébriété où l’on se réveille le lendemain matin dans un lieu parfois inconnu, avec une tête de hérisson congelé, du papier de verre à la place de la langue et l’impression qu’un lutteur de sumo a passé la nuit à vous broyer le crâne, les pouces enfoncés dans vos globes oculaires. »

3) Un choix proposé est  de balancer tes idées pêle-mêle, comme elles viennent, en parlant de ton grand-oncle Marinette.

Je conseille vivement aux mâles célibataires de se procurer ce livre, s'ils veulent choper sans coup férir (les chapitres « Comment impressionner une femme avec trois francs six sous », « Comment avoir l'air plus intelligent que vous ne l'êtes » et « Comment faire son intéressant avec un brin d'herbe » sont à connaître par cœur pour cela) et aux femmes de l'offrir à votre compagnon, en les invitant à lire « Le jeu du chou de Bruxelles », « Préparer de la limonade au gingembre dans sa salle de bains » ou bien « Comment enlever son slip sans retirer son pantalon », afin de mener votre vie commune vers le nirvana.

C’est ainsi que mon grand-oncle Marinette, malgré l’opprobre lancé par toute la famille après son changement de sexe, a pu refaire sa vie avec Marino et engendrer Marinella, qui danse jusqu’au jour des rumbas d’amour…

Et comme l’explique l’auteur, il y a 211 idées de cet acabit parce que « les chiffres ronds, ça fait tout de suite compliqué. Imaginez que Catch 22 de Joseph Heller, Les 39 marches de John Buchan ou que 8 ½ de Fellini se soient appelés Catch 20, Les 40 marches et 8… Ca tombe un peu à plat, non ? »

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18 septembre 2008

4,2 idées, pas plus

A l'occasion de mes 42 ans(1), une bonne âme, résolue à améliorer subtilement mon comportement de gnou mal dégrossi, m'a offert un succulent ouvrage, 211 idées pour devenir un garçon génial de Tom Cutler (aux éditions Marabout).


Dans cet opuscule, on apprend des choses aussi essentielles pour l'homme moderne que "Comment priser du tabac ?"(2), "Comment choisir la bonne file d'attente ?" (3), "Comment faire léviter vos boules ?" ou bien "Jouer aux billes avec des têtards en alu".

Je conseille vivement aux mâles célibataires de se procurer ce livre, s'ils veulent pécho sans coup férir (les chapitres "Comment impressionner une femme avec trois francs six sous ?", "Comment avoir l'air plus intelligent que vous ne l'êtes?" et "Comment faire son intéressant avec un brin d'herbe ?" sont à connaître par coeur pour cela) et aux femmes de l'offrir à votre compagnon, en les invitant à lire "Le jeu du chou de Bruxelles", "¨Préparer de la limonade au gingembre dans sa salle de bains" ou bien "Comment enlever son slip sans retirer son pantalon ?", afin de mener votre vie commune vers le nirvana.



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(1) je ne manque jamais de le rappeler. Je sais, c'est lourd, mais ça durera encore dix mois.
(2)avec la description pointue de "la double narine du priseur de tabac", caractérisée par la présence de "deux hérissons de la taille d'une guêpe dans le nez".
(3)c'est simple : il faut déterminer le SFF, qui comme chacun le sait se calcule ainsi : SFF=(AMF*NMA/1000)+QPV. Pour les détails, achetez le livre, diantre !

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06 mai 2008

Speak for England

Un livre sympathique et plein d'humour que vous fait découvrir Mezcal, ci-dessous!

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2004, juste avant Noël : Brian Marley, obscur et veule professeur d’anglais à la London English School de Piccadilly, âgé de 43 ans, est devenu en quelques semaines un héros et un millionnaire. Mais cela ne lui servira à rien : il est tout proche de la mort.


Dernier participant d’un jeu télévisé doté d’un prix de deux millions de livres, « Une jungle d’enfer » (du genre « Koh-Lanta » en plus trash) qui se déroule sur une île de Papouasie-Nouvelle Guinée, il a vu les deux hélicoptères venus le chercher se crasher, les quelques survivants se faire dévorer par les crocodiles. Dans la panique, il a perdu sa balise radio et, sans ration de survie ni eau potable, au milieu d’une jungle hostile et boueuse, il n’en a plus pour longtemps. Il est en train de prendre ses dernières dispositions lorsqu’il est assommé par… une balle de cricket.

C’est ainsi que commence Speak for England de James Hawes, dont le titre français Pour le meilleur et pour l’Empire, s’il mériterait de figurer au florilège du «jeu de mots bêtes show», traduit moins bien l’ironie douce et féroce à la fois du livre (1).

James Hawes, titulaire d’un doctorat en philosophie de l’université de Londres sur Nietzsche et Kafka, nous parle en effet de l’Angleterre et fustige ceux qui s’arrogent le droit de parler en son nom sans se soucier du sort de ses habitants.

Revenons à notre « héros ». Le choc de la balle de cricket marque son premier contact brutal avec une étrange colonie, méconnue de tous depuis plus de 45 ans.

En effet, en février 1958, un avion de ligne anglais, transportant clandestinement du matériel nucléaire, est abattu par un avion de chasse soviétique, au-dessus de l’île en question. Quelques survivants s’extraient des ruines de l’avion et, sous la direction d’une vieille baderne (qui ne s’appelle pas Powell, mais Quartermain), bâtissent les fondations d’une colonie nostalgique de l’Angleterre et de ses traditions. Des enfants sont nés, ont grandi, ont eux-mêmes procréé, mais le temps s’est arrêté. La vieille baderne, proclamé Directeur, étant en effet persuadé que l’attaque du Mig 19 contre leur avion était le premier acte d’une guerre nucléaire entre le camp du Bien, mené par l’Angleterre, et les Rouges, a veillé au strict respect de ce qu’il considère comme les vertus de la tradition british et entretenu l’inquiétude et l’espoir sur le sort de la bonne vieille patrie.

La première partie du livre nous montre en parallèle l’incommunicabilité loufoque entre cet Anglais contemporain et ces survivants figés dans le passé, ainsi que le cynisme et la bêtise des medias et des gouvernants anglais.

Les bouleversements connus en Angleterre en 45 ans sidèrent et déstabilisant le Directeur : s’il se réjouit que les adolescents continuent à dévorer Le Seigneur des anneaux, s’enthousiasme en apprenant que le XV de la Rose bat régulièrement les All Blacks et les Springboks et a même remporté une Coupe du Monde, accepte avec fatalisme que les Australiens gagnent chaque année leur match de cricket traditionnel contre l’Angleterre, certaines nouvelles le révulsent. Un incident manque même d’éclater, lorsqu’il accuse Marley de vouloir démoraliser « ses » jeunes en annonçant que le gouvernement travailliste (les travaillistes étant pour lui les ennemis, alliés des Soviétiques) de Tony Blair déteste les syndicats et n’impose les riches qu’à 40% maximum…

Et là, on touche à l’autre sujet développé en filigrane par ce livre. James Hawes, né en 1960, décrit la lente désespérance des Anglais modestes de cette génération, nés à une époque de solidarité nationale, de valorisation du service public, cette génération dont l’ambition était une vie digne et le rêve le plus fou un petit appartement pas très loin de la BBC. Cette génération, qui a vécu les années Thatcher, la mort de l’industrie, le chômage de masse, la privatisation à outrance et la guerre contre les Trade Unions se retrouve dans l’état d’esprit décrit par ce court échange entre le Directeur et Marley :

« - Ecoutez, Marley, les gens ne sont tout de même pas inquiets, bon sang ?
- Ils ne le montrent pas, mais je pense qu’ils le sont, oui. Chacun a une maison, une télévision, une voiture, et prend l’avion pour aller passer ses vacances à l’étranger et cætera, seulement nous sommes tous endettés jusqu’au cou. Nous savons qu’il nous suffirait de trois mois de chômage pour perdre tout ce que nous possédons, et j’ai parfois l’impression que tout le monde en est conscient mais que c’est tellement effrayant qu’on préfère ne pas y penser. »


Les piques dirigées contre Tony Blair, présenté comme un benêt sans volonté, et ses conseillers, les fameux spin doctors, sont acérées et traduisent le sentiment profond de trahison éprouvé par l’auteur.

La seconde partie du livre s’ouvre par la découverte, assez miraculeuse, de cette colonie oubliée, l’opération de sauvetage, avec la présence du Premier ministre lui-même, le déchaînement médiatique et le rapatriement de tout ce beau monde en Angleterre.

Je ne dévoilerai pas la suite, mais sachez qu’un basculement s’opère alors vers une histoire encore plus absurde, mais aussi plutôt inquiétante, et que l’ironie devient encore plus féroce, voire grave. Et il n’y a pas de happy end, Brian Marley se retrouvant à la fin du livre, dans une situation… embarrassante.

Si l’édteur français exagère un peu en plaçant cet ouvrage dans la filiation du Monty Python’s Flying Circus, il ménage de bons moments de plaisir, de rigolade et de réflexion. Mais surtout il provoque la sympathie pour les Anglais des classes modestes et moyennes.

Tenez, même moi, si par hasard je me retrouve dans un stade de rugby et que je vois Wilkinson crucifier le XV de France par un drop, après une série de «pick and go» à 2 à l’heure du pack anglais, peut-être que j’entonnerai Swing low, sweet chariot avec les Rosbifs et que j’irai ensuite boire des pintes avec eux.

Pour vous dire…

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(1) je pense d’ailleurs que celles et ceux qui maîtrisent bien la langue anglaise ont tout intérêt à se procurer ce livre en version originale. Edition anglaise : Jonathan Cape, 2005. Edition française : Editions de l’Olivier, 2007.

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05 avril 2008

H2G2 radio vf (non sous-titrée)

Au début de la création était le son (oui certains essayent de faire croire que c’était le verbe mais n’adhérez pas à leur religion !) autrement dit la voix sans l’image, cette dernière étant arrivée bien après le livre (quoique c’est inexact mais qu’importe), donc la voix est le commencement à…

La vie, l’univers et le reste…

Ou plus exactement à H2G2, de « The Hitchhiker’s Guide to the Galaxy » (« le guide du voyageur galactique »), œuvre culte de l’auteur anglais Douglas Adams.

Reprenons donc.

Le guide du voyageur galactique est né sur les ondes de Radio 4 en mars 1978 sur la BBC.
En réalité le guide est d’abord né dans l’imagination de Douglas Adams.

Celui-ci a 19 ans, nous sommes en 1971 et il voyage en stop à travers l’Europe avec un guide du routard et, face aux déboires des voyages et de la sympathie des autochtones, il s’imaginerait bien prendre l’air ailleurs et pourquoi pas dans l’espace avec un bon guide.

Quelques années plus tard, alors qu’il galère et se voit déjà comme un écrivain raté sans le sou, il propose une comédie télé de science fiction mais finalement la BBC lui propose d’en faire une série radio.

Pour les fans d’H2G2, la série radio reste la meilleure adaptation de l’histoire délirante du guide du voyageur galactique, tant par la qualité du texte, les acteurs, les bruitages et l'environnement sonore.

Douglas Adams écrit les épisodes au fur et à mesure et souvent au dernier moment sans penser à la suite.
A la fin du 6eme épisode, pensant que c’était la fin, il fait mourir trois de ses personnages (1)

Mais la BBC lui commande de nouveaux épisodes de 1978 à 1980, 12 épisodes seront diffusés au total sur ces deux années sur les ondes de la radio anglaise avec un succès fort surprenant.

Parallèlement des éditeurs le contactent pour qu’il transpose la série en livre, le premier tome sortira en 1979.

H2G2 prendra diverses formes ensuite : série télé en 81 sans moyens financiers, 33 tours en 82, jeu vidéo en 84 dont la BBC a lancé en ligne une nouvelle version jouable(2), disque de jazz en 90, BD en 93, guide illustré en 94, nouvelles séries radio en 2004, film en 2005 et plusieurs adaptations au théâtre durant toutes ces années.

Ce qui est intéressant dans les différentes version du guide, c’est qu’elles ne sont pas des copies conformes de la série radio initiale et que chacune adapte sous l’œil acéré de l’auteur le scénario avec plus ou moins de libertés. Ceux qui ont vu le film et lu les livres s’en sont bien rendu compte.

Douglas Adams dit lui-même que : « L'histoire de H2G2 est à présent si compliquée que chaque fois que je la raconte, je me contredis moi-même. Et les rares fois où je réussis à m'en sortir, on reproduit mal mes propos. »

Pour ceux qui, comme moi, sont doués en anglais comme des moutons électriques (il n’y a pas que les vaches folles dans la vie) ne pas pouvoir se régaler de la série initiale radio est un handicap très sérieux pour peu qu’on aime l’univers absurde de Douglas Adams, les autres peuvent continuer à regarder passer les trains.

Alors j’ai foncé tête baissée comme un taureau en rut (il n’y a pas que les vaches …) sur une adaptation française des 12 épisodes réalisée par un fan de Douglas Adams qui a été diffusée à partir de novembre 1995 sur une radio brestoise, Fréquence Mutine.
Six mois de travail de traduction, six mois de studio, trois cent effets sonores, et une quinzaine de comédiens, de nombreuses galères et des moyens limités (un budget de moins de 20 000 francs) pour cette production française amateur (3) dont je vous invite à découvrir ci-dessous les premiers épisodes, la suite devant être mise prochainement sur son forum (4). Au dire de l'auteur le premier épisode n'est pas réussit faute de temps et d'expérience, donc persévérez en écoutant le deuxième si vous n'accrochez pas au premier.


Vous trouverez les 4 premiers épisodes (pour l'instant) ici

(1) Zaphod, Marvin et Trillian
(2) http://www.bbc.co.uk/radio4/hitchhikers/game.shtml
(3) plus d'informations ici : http://www.voyageurgalactique.com/serieradiofr.html
(4) forum du site du voyageur galactique : http://www.voyageurgalactique.com/
http://nbotti.free.fr/phpBB2/viewforum.php?f=3&sid=6dc60e060a3e0268b5a6d1596ed2e2da
Merci à ce site pour toutes les informations qu’on peut y trouver.

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14 mars 2008

Philosophie et alcoolisme

Ah la philosophie, « l’amour de la sagesse » tant célébré ! Les amateurs de cette science humaine prennent systématiquement un air docte et se grattent la barbiche (même si ils ou elles n’en ont pas) dès que le sujet est abordé.

Mais je vais vous faire une révélation essentielle : tous les grands philosophes ont été de gais lurons et des fêtards, voire souvent de parfaits poivrots.

Prenons Confucius par exemple. La légende nous rapporte que sa vocation lui est née après une rencontre avec Lao Zi, le père du taoïsme, et qu’il fut tellement « impressionné » qu’il n’arriva plus à parler pendant trois jours, ou un mois selon les versions. A part l’alcool de riz à forte dose, vous connaissez quelque chose qui produit cet effet ?

Aristote et ses péripatéticiens déambulaient en racontant des conneries d’ivrognes pour tenter de prendre l’air et décuiter un peu. Le titre Le Banquet de Platon est une traduction dénaturée de Tò sumpósion, qui désigne une beuverie. Le livre commence d’ailleurs ainsi et retranscrit les discours avinés des convives.

Si on se rappelle aussi de Diogène, qui vivait comme un clodo dans son tonneau, avec sa bouteille de mauvais pinard en permanence à la bouche, la picole n’était pas l’apanage des Grecs. Lucrèce ne dédaignait jamais de dépuceler une bouteille ou de lutiner une gueuse. Ou l’inverse…

Averroès, gagné par la frénésie andalouse, se convertit au vin espagnol, lourd et explosif. On ne le dira jamais assez, mais ce fut la principale raison de sa condamnation pour hérésie par ces pisse-froid d’ouléma…

N’en déplaise à Dantec qui s’est découvert une trouble fascination pour lui, Duns Scot, comme tout bon Irlandais, goûtait sans vergogne aux vertus du uisce beatha (nom gaélique du whisky) et donnait ses cours de scolastique dans les distilleries.

Les exemples abondent à travers les siècles : de Spinoza, qui ajoutait à son goût pour la sodomie (1) un penchant avéré pour la dive bouteille, à Sartre, aussi célèbre pour ses cuites au rhum à la terrasse du Flore que pour ses apéros au blanc limé avec les OS de chez Renault dans les troquets de Billancourt.

Mais ces aspects de l’histoire de la philosophie ont été volontairement occultés, afin que les « penseurs » actuels puissent prendre la pose et se gratter la barbiche.

En fait, seuls les sages du département de philosophie du Wooloomooloo (Queensland) osent assumer ce glorieux héritage (2) :
http://fr.youtube.com/watch?v=eqgnExSiS0s

--
(1) je ne saurais trop conseiller la trilogie de Jean-Bernard Pouy : Spinoza encule Hegel, A sec !, Avec une poignée de sable.
(2) ne me dites pas que vous ne m’aviez pas vu venir…

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10 mars 2008

Les 11 000 verges ou l’érotisme absurde

« Ci-gît le prince Vibescu

Unique amant des onze  mille verges

Mieux vaudrait, passant ! sois-en convaincu

Dépuceler les onze mille vierges. »

 

Dans la plaine mandchoue, ces vers sont gravés sur le socle d’une statue, dont personne ne sait réellement pourquoi elle est là.

 

Ainsi finit « Les onze mille verges », livre qu’Apollinaire publia sous un pseudonyme en 1907, par peur du scandale. Pourquoi ce livre, qui décrit des scènes horribles de sadisme, de nécrophilie, de zoophilie, de coprophagie et autres, se lit-il en se bidonnant ?

D’abord il y a ce qui ne se trouve pas chez Sade : le style. Celui-ci est enlevé, drôlatique, parsemé de digressions poétiques, comme un passage étymologique sur les testicules et la mentule, cela pendant une scène de fornication.

D’autre part, il y a le surréalisme des scènes, alors que Sade se contente d’une description clinique. Exemple, toujours dans la scène de sexe évoquée plus haut, le dialogue pendant l’acte entre le héros, Mony, et Hélène, une institutrice.

Mais ce qui distingue « Les onze mille verges » des autres ouvrages du genre (à part peut-être « La philosophie dans le boudoir »), c’est son absurdité manifeste.

L’histoire en elle-même est absurde : pour avoir fait le serment suivant à une jeune femme « Si je vous tenais dans mon lit, vingt fois de suite je vous prouverais ma passion. Que les onze mille vierges ou même onze mille verges me châtient si je mens ! » et ne pas l’avoir honoré, le prince Vibescu se lance dans un périple qui finira par sa mort, due à 11 000 coups de verge assénés par des soldats japonais. Cette pérégrination l’amènera de Paris en Mandchourie, en passant par Bucarest et Moscou.

L’absurdité des situations se retrouve dans plusieurs passages : la façon dont le héros, se préparant à un rendez-vous, « sollicite » successivement son masseur, son coiffeur et son pédicure-manucure ; l’enchaînement fatal qui amène à un double assassinat effroyable dans une cabine de l’Orient-Express, enchaînement motivé par le souhait de faire l’amour pendant le passage de la frontière entre la France et l’Allemagne ; les conditions de la double exécution de l’Allemand Egon Müller et de son ancienne maîtresse, la Japonaise Kyliému…

Conclusion du livre, la réalisation et l’érection par le sculpteur Genmolay (petit clin d’œil au baron Jean Mollet, ami d’Apollinaire et d’Alfred Jarry et futur fondateur du Collège de ‘Pataphysique) de la statue citée en exergue de ce post, sont placées sous le signe d’un absurde macabre.

Vous comprendrez en lisant tous ces passages pourquoi je n’ai fait aucune citation.

Posté par mezcal à 14:27 - Le chemin des mots - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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