26 décembre 2008
La vie secrète de le métro
Depuis 1975, c'était un signe d'élégance, le privilège des initiés, le passeport pour les secrets exotiques de la capitale.
Arboré avec une feinte inadvertance, ce petit rectangle plastifié permettait à l'exilé francilien de plonger les hétaïres provinciales dans un début d'extase, quand il venait visiter ses anciens camarades des jeux adolescents à Limoges ou Yssingeaux.
Il permettait ainsi, par une extension de ses fonctions habituelles, de ménager des voyages à Cythère bien plus réjouissants que le trajet quotidien et compressé entre République et La Courneuve...
Car c'est bien de la carte orange que je parle, elle qui constituait la carte de membre d'un club très select, celui des usagers du métro, du RER et des bus d'Ile-de-France.
C'est donc avec une nostalgie et un peu de colère que j'entends sans
cesse dans le métro ce message sinistre, débité sans conviction toutes
les minutes par une voix enregistrée :
"La carte orange disparaît. Vous pouvez dès maintenant vous faire établir gratuitement votre passe Navigo dans cette station."
En effet, au 1er février prochain, cet usurpateur de Navigo va supplanter notre amie la carte orange, permettant de plus de tracer tous nos déplacements dans les transports en commun. Brutus et Big Brother en même temps!
Il semble malheureusement trop tard pour empêcher ce crime atroce, mais qu'au moins la mort de la carte orange fasse l'objet d'une commémoration!
C'est pourquoi je lance ici-même une pétition, à remplir en réplique, pour que le 1er février prochain, le Président du Conseil régional et les maires de l'Ile-de-France inaugurent une plaque sur le Champ-de-Mars, arborant la fière mention:
Carte orange (1975-2009)
Grâce à toi, on a pu laisser trainer nos mains dans le métro!
Et, pour ma part, je ne prendrai jamais le passe Navigo...
05 octobre 2008
La roulette rustre
Depuis plus d’un an, je fais chaque jour l’aller-retour entre St Pierre des Corps et Montreuil pour le boulot. Si la partie du trajet en TGV est agréable, et me permet de dévorer des bouquins, le reste du parcours est plus aventureux. Et particulièrement le soir, lorsque je dois rejoindre mon train à Montparnasse après m’être expulsé de la rame de métro…
Vous avez certainement croisé depuis plusieurs années d’étranges animaux en forme de parallélépipèdes, à l’expression bovine et tirés derrière eux par leurs propriétaires grâce à une poignée rétractable. Ils n’ont pas de pattes, mais des roulettes : ils s’appellent d’ailleurs des valises à roulettes, comme quoi le monde est parfois bien fait.
Ces bestioles asexuées se multiplient à l’envi, peut-être par scissiparité, et pullulent bizarrement autour des gares. Si leurs mœurs sont paisibles, ce n’est malheureusement pas le cas de leurs seigneurs et maîtres humains…
Sachez que lorsqu’on traîne derrière soi un de ces compagnons, on se sent généralement investi immédiatement du droit de se foutre totalement des autres. Si son portable sonne, si on décide subitement de chercher son billet de train dans sa poche ou si toute autre rumination vient troubler son esprit, et bien on s’arrête brutalement, sans bien sûr se retourner au préalable pour vérifier si quelqu’un ne va pas se prendre les pieds dans la valise…
Bien que je prenne la précaution de partir assez tôt du bureau pour éviter de courir dans les couloirs du métro, je marche toutefois d’un bon pas arrivé à Montparnasse, afin d’avoir le temps de m’en griller une avant d’aller sur le quai. Avec le foisonnement des possesseurs de valises à roulettes, les couloirs de correspondance deviennent alors pour moi un véritable champ de mines. J’utilise alors alternativement deux techniques de survie en milieu urbain :
- si j’ai pris un peu de retard et que le temps m’est compté pour ma précieuse clope, je me lance dans un véritable gymkhana, l’œil à l’affût du premier ou de la première qui stoppera sans préavis devant moi pour se gratter les couilles ou refaire son rimmel, précipitant ainsi son fardeau roulant dans mes pattes. D’un saut de cabri, j’évite alors l’obstacle pour prévenir la chute. Avec un peu d’habitude, j’arrive même maintenant à balancer « involontairement » mon coude dans la tronche de l’indélicat-e…
- si j’ai un peu de temps, je m’écroule en poussant un cri de douleur, feignant d’avoir buté sur l’obstacle et de m’être foulé la cheville. J’apostrophe alors durement le ou la responsable devant la petite foule qui s’est amassée, en dénonçant son individualisme et son manque complet d’éducation. Je vais même, dans les grands jours, jusqu’à l’accuser de sarkozysme (1)… Effet garanti et jubilation assurée.
Le cœur réjoui, je peux alors affronter d’un pas léger le dernier obstacle : l’escalator où, bien sûr, les propriétaires de valises à roulettes ne se serrent jamais sur la droite et bloquent le passage avec leurs grosses vaches roulantes. C’est un plaisir délicat que de dégager alors son chemin à grand coups de pied…
Vous l’avez compris, je pense : je déteste les valises à roulettes ! Parmi les créations modernes, je les place au même niveau que le téléphone portable MP3 sans écouteurs ou le PDA.
Je hais d’ailleurs tellement ces bagages fourbes que j’en ai achetée une.
Alors, faites attention quand vous marchez derrière moi…
--
(1) d’ailleurs, la montée de l’individualisme qui a poussé à l’élection
de Monsieur « Chacun pour sa gueule » a coïncidé avec l’explosion des
ventes de saloperies à roulettes…
27 septembre 2008
Histoire de nain con nu
Pub
Tout à coup un inconnu vous offre des fleurs.
Loulou ? oui c’est moi !
Après cette irruption momentanée de l’image, nous pouvons commencer notre émission « Vis ma vie de vendeur de rue ».
Zoom avant, la scène se passe devant l’entrée principale de la gare Montparnasse, Paris, Europe, Terre, ZZ9 Plural Z Alpha.
Le matin il me faut bien 8 heures pour me réveiller et ce jour-là je
commençais tout juste mon ascension vers la prise de conscience que ma
journée débutait avec l’arrivée en gare du train m’amenant de ma
province à la capitale, la journée allait être longue et mon humeur
n’était pas au batifolage.
Comme la masse presque silencieuse des tousseurs matinaux, je me
dirigeais vers la sortie pour m’en griller une avant de descendre dans
les souterrains encombrés et pollués par les odeurs de croissants du
métro urbain.
J’observais sans m’en rendre compte la grande horloge, philosophant en mon for intérieur sur le temps qui passe.
« 5 minutes de retard » : normal il faut se faire désirer
« 10 minutes de retard » : pas de quoi fouetter un chat
« 15 minutes de retard » : encore acceptable
« 20 minutes de retard » : le train a eu du retard…
« 30 minutes de retard » : le train a eu du retard et le métro était bloqué par un horrible accident.
« 9h06 de retard » : ça ne sert plus à rien d’y aller.
J’en étais là de mes réflexions quand un événement extérieur troubla ma quiétude.
Il s’agissait d’un être humain de type masculin, de taille et
corpulence normale quoique un poil trop grand pour moi, je dus faire un
effort perceptible pour lever la tête ce qui me fit plisser les yeux.
- Bonjour, me dit-il d’un air enjoué.
- B…, répondis-je en me raclant la gorge.
- Je vois à votre air hagard que les brumes matinales ne se sont pas encore dissipées !
- Gni ? Rétorquais-je avec satisfaction, je venais de placer ma première syllabe de la journée.
- Oui
vous êtes plantée là comme une potiche admirant l’entrée de la gare,
perdue dans vos pensées, un mégot éteint à votre main droite et vous
vous demandez ce qu’un inconnu, qui vient troubler cet état qu’une
vache admirant le passage des trains ne pourrait que vous envier,
cherche à vous vendre.
Tentative d’ouverture de mes yeux plissés.
- Euh…ah oui !, notais-je, soulagée de cette construction verbale satisfaisante, en allumant une autre cigarette.
- N’avez-vous
jamais rêvée d’être abordée par un beau gosse tel que moi qui vous
propose un instant de plaisir intense, vous déshabille et expose votre
chair nue et votre sexe tel un millefeuille au regard des passants et
vous fait l’amour sauvagement là, devant tout le monde maintenant ?
Qu’en dites-vous ?
Mon interlocuteur était arrivé à m’intéresser, non pas par sa proposition indécente, mais par cette approche originale.
Évidemment il avait quelque chose à me vendre et je me demandais s’il
aurait tenu le même discours à la dame âgée qui était à quelques mètres
de là ou au gros monsieur à côté de moi qui écoutait discrètement en
affichant un air scandalisé, prêt à me venir en aide pour terrasser le
voyou et me proposer sérieusement un café et un hôtel.
- Belle approche ! Tentais-je.
- Vous voilà un
peu plus éveillée, ah haha, passons donc aux choses sérieuses,
déshabillez-vous, euh non bien sûr, j’ai comme vous avez dû le deviner
quelque chose à vendre.
- Ah bon…alors le sexe, tout ça…non ?... bon ! Marquant une fausse déception en regardant l’heure. J’en étais à 15 minutes, encore acceptable, de retard possible.
- Je vends ce superbe livre « le guide du serial blagueur » de Tim Nyberg, 10 euros.
- …
- Non, en fait 5 euros !
- …
- Bon ok, il me faut un café de toute urgence, je vous le cède à 3 euros dernier prix.
Ne résistant pas au plaisir d’être utile à ce beau garçon qui m’avait amusé, je lui tendis les 3 euros, heureuse de ce moment de partage qui égaya ce début de matinée.
L’hilarité de ce livre que je feuilletais pendant le trajet de métro était du niveau d’humour bigardien, autant gras que ma toux matinale, mais je ne peux terminer ce récit sans vous en donner quelques exemples !
« Pare-soleil surprise » : glissez des confettis dans la visière du
pare-soleil, côté passager. L’effet sera des plus poétiques. Pour une
blague plus corsée et surprenante, préférez une sardine fraîche.
« Lunettes pétaradantes » : placez du papier à bulles sur le pourtour
intérieur de la cuvette des toilettes puis rabattez doucement la
lunette. Imaginez la suite.
« Omelette explosive » : placez un petit ballon dans un saladier.
Recouvrez avec des œufs brouillés, puis disposez une fourchette dans le
plat. Lorsque le premier convive voudra se servir, il crèvera le ballon
: tous les autres invités seront servis en même temps et couverts d’œuf
!
« Ascenseur farceur » : s’il n’y a qu’une seule personne avec vous dans
l’ascenseur et qu’elle vous tourne le dos, tapez-lui sur l’épaule puis
prétendez que ce n’est pas vous.
Bref, je vous épargne les blagues à faire au boulot…bon d’accord si vous insistez !
« Agrafeuse à explosion » : le bruit de l’agrafeuse de votre collègue
vous agace. Piégez-la en y disposant de petits pétards à percussion
comme ceux des pistolets d’enfants.
Livre qui a trouvé une place aux toilettes le soir même. Il y a des livres à ne lire que dans certaines situations de la vie quotidienne…
Mon excuse en tête « le train a eu du retard et le métro était bloqué
par un horrible accident » j’ai rejoint le triste monde du travail,
sauf que la surprise me saisit en ouvrant la porte de la salle de
réunion. J’avais 15 minutes d’avance, j’avais mal lu l’horaire de la
convocation.
Je sortis fumer une cigarette dans la rue.
Une belle journée commençait !
24 mai 2008
Towel Day
Encore un texte autour de l'univers de Douglas Adams dans le cadre de la journée anniversaire de sa mort (même s'il n'est pas mort un 25 mai). Promis après on passe à autre chose de plus personnel...
--
Comme tous les 25 mai depuis que la terre n’est plus plate, que les pétunias se vendent en pot et que le thé se boit salé, bref tous les 25 mai depuis que Douglas Adams est mort, les admirateurs de l’auteur commémorent sa disparition en portant sur eux toute la journée une serviette, d’où le nom de Towel Day (le jour de la serviette).
La serviette est une pièce de tissu absorbant, généralement rectangulaire, que l'on utilise pour se sécher le corps, après un bain ou une douche.
La serviette peut être de différentes tailles et couleurs variées, la seule obligation c’est qu’elle soit une serviette de bain et non pas une serpillère, un balais brosse ou du papier tue-mouche, bien que ce dernier a une utilité démontrée comme brosse à cheveux.
Henri Dès, explique très bien l’utilité de la serviette comme accessoire indispensable à toute éducation enfantine dans sa superbe chanson « faire de la musique » dont voilà un extrait pour votre culture générale :
« J'aim'rais bien
Dans ma salle de bain
Faire de la musique
J'aim'rais bien
Dans ma salle de bain
Faire de la musique
A la place du bain
Le savon
Ferait des plongeons
Et puis la serviette
Le savon
Ferait des plongeons
Et puis la serviette
Vol'rait au plafond »
Donc, des premiers bains aux premiers émois amoureux, de la douche à l’accessoire glamour, du soleil à la lune, la serviette est à l’homme ce que la puce est au chien, un élément chic et utile.
Evidement, celui qui en parle le mieux est Douglas Adams dans « Le guide du voyageur galactique » :
« La serviette est sans doute l'objet le plus vastement utile que puisse posséder le routard interstellaire. D'abord par son aspect pratique : vous pouvez vous draper dedans pour traverser les lunes glaciales de Jagran Bêta ; vous pouvez vous allonger dessus pour bronzer sur les sables marbrés de ces plages irisées de Santraginus V où l'on respire d'entêtants embruns ; vous pouvez vous glisser dessous pour dormir sous les étoiles, si rouges, qui embrasent le monde désert de Karafon ; vous en servir pour gréer un mini-radeau sur les eaux lourdes et lentes du fleuve Mite ; une fois enfilée, l'utiliser en combat à mains nues ; vous encapuchonner la tête avec afin de vous protéger des vapeurs toxiques ou bien pour éviter le regard du hanneton glouton de Tron […] en cas d'urgence, vous pouvez agiter votre serviette pour faire des signaux de détresse et, bien entendu vous pouvez toujours vous essuyer avec si elle vous paraît encore assez propre. »
Vous pouvez vous prendre en photo avec une serviette et figurer dans les galeries du site éponyme qui recueille toutes les photos des participants à cette journée du monde entier.
Sinon à Paris, le forum du voyageur galactique donne rendez-vous à 15h devant le pot de fleur de Beaubourg pour célébrer le Jour de la Serviette. Nous on y sera !
Et pour finir, le Towel Day vu par des japonais !
http://www.youtube.com/watch?v=8jIGDqYAEfY
28 mars 2008
Expérimentation médicale
Ça commençait bien. A peine arrivée dans le grand bâtiment blanc, quand
j’ai voulu m’enquérir de ma chambre, ils attendaient un garçon et
n’avaient pas de chambre de fille prête. J’ai bien proposé d’échanger
ma place avec mon compagnon mais Mezcal, n’ayant pas le sens du
sacrifice, n’a pas voulu.
J’ai pensé à une solution, qu’ils me mettent dans la chambre de
Kiglisss puis je me suis rappelé que ce dernier était déjà sorti depuis
plusieurs semaines et que de toute façon son hôpital à lui était à
plusieurs centaines de kilomètres.
Pas grave, je pouvais attendre et rentrer chez moi mais ils n’ont pas
voulu, c’était pourtant la solution la plus logique et affable de ma
part.
« Oui laissez-moi partir, ce n’est pas moi la malade, c’est lui ! »
m’exclamais-je en désignant un homme qui passait par là. Pas de veine,
c’était mon chirurgien.
Plus tard, un anesthésiste néandertalien est venu me voir.
« C’est vous qui aimez les fossiles ? J’en suis un, ah haha »
Après une discussion fort sympathique sur les aquarelles des marins et
quelques compliments sur ma voix de bluesman entretenue par le tabac,
il est reparti sans me dire grand-chose à part qu’il était un pro de
l’anesthésie mais que de toute façon ce ne serait pas lui qui
m’endormirait.
Je commençais à me sentir à l’aise dans cet univers baigné par l’absurde aseptisé.
Le repas était gastronomique, poisson-pané/courgettes à l’eau/flan
vanille sans caramel et deux mandarines dont j’espérais qu’elles
seraient mangeables malgré la mollesse de leur aspect.
J’ai cherché en vain le fromage et l’entrée mais même après une fouille
minutieuse du plateau j’ai dû me rendre à l’évidence que c’était une
option que mon menu ne possédait pas.
Au bout des 42 secondes qu’il m’a fallu pour manger ce dernier repas
pendant 42 heures, les infirmières m’ont conduite à la douche, me
remettant le savon obligatoire à la Bétadine qui colore tout en orange.
Chouette, j’ai toujours rêvé d’avoir le fessier orangé, il paraît que
ça rend aimable.
On m’a aussi donné un bracelet à mon nom et prénom au cas où, prise de
folie la nuit, je me prendrais pour une autre, cela me fait ricaner
doucement, j’ai les deux pieds sur terre (enfin un sur le front mais ce
n’est pas grave).
Retour à la chambre après le bloc. Tout c’est bien passé, mais une interrogation demeure : pourquoi ce sont des petits hommes verts qui m’ont opérée ?
Stone, le monde est stone et je danse avec des tortues vertes à pois orange.
Je suis un coton.
Dring !
Sonnerie du téléphone. Je décroche.
« Allo ? Dieu ?! Mais non pourquoi vous m’appelez ici ? Comment ça je
délire, mais non c’est vous, d’abord vous n’existez même pas.
Laissez-moi tranquille…je vais raccrocher… »
Un ange en blouse blanche passe par là, je lui tends le téléphone en lui disant :
« Je crois que c’est pour vous, moi je suis athée de naissance. »
L’ange se saisit du combiné pendant que je retourne à mes préoccupations existentielles, le coton se mange t-il avec ou sans Bétadine ?
« Allo. Oui ? Non madame elle n’est pas sous médicaments, votre fille est dans son état normal. Elle vous rappellera plus tard, ne vous inquiétez pas. Oui, au revoir »
La nuit venue, j’ose réclamer un petit truc à grignoter, faut dire que la maigre tranche de jambon et la cuillère de purée du repas de 18h ne m’ont pas suffi même avec la biscotte sans sel que j’ai fait durer le plus longtemps possible. J’ai eu droit à deux biscottes supplémentaires avec du beurre, j’en pleure de joie et du coup je fais tomber une des deux biscottes par terre.
Le lendemain midi, on oublie de m’amener mon repas, je mange mes culottes filet (au fait, je tiens à préciser que c’est très sexy les culottes filet) et mes pansements sans Bétadine, il paraît que je n’y ai plus droit. Puis j’ai une idée lumineuse, faire la grève de la faim tant qu’on ne m’apportera pas mon repas, ça marche super bien.
Un matin, celui de ma sortie, une socio-esthéticienne vient me voir
gratuitement et me propose de me ronger les ongles des pieds ou de me
manucurer le visage.
Je choisis cette deuxième solution et j’ai droit à un massage facial,
vrai moment de détente si on fait exception des produits « odeur de la
mer ». Entre le grain de sable qui écorche et l’odeur de l’algue
moisie, j’hésite entre vomir et m’évanouir. Je pue donc la morue et
pour finir j’ai droit au maquillage bonne mine qui consiste à poser du
mascara en gros paquet sur mes yeux gonflés par les médicaments pour
être toute jolie avant de sortir.
C’est donc avec les yeux rouges et noirs et une démarche ridicule que j’ai pu m’évader de cet univers impitoyable.
08 mars 2008
C'est votre journée
(Attention humour noir !)
--
Bien avant qu'on n'officialise les journées mondiales du cancer, de la lèpre ou de la gueule de bois carabinée, une maladie fatale a été distinguée par l'attribution du 8 mars pour la célébrer : la femme.
Car oui! Disons-le tout net : la femme est une maladie.
Pour le prouver, examinons un cobaye très commun : l'homme célibataire. Placé dans son environnement normal, il interagit avec aisance avec son environnement naturel : il ne se prend pas les pieds dans les chaussettes sales qui traînent par terre, il n'écrase pas les bouts de pizza froide qui remplissent les divers cartons jonchant le canapé, il supporte sans effort les odeurs de crevette qu'exhale son caleçon de trois jours.
Mais, dès qu'une femme vient poser ses valises dans sa garçonnière,
tout se dérègle et notre cobaye se livre aux actes les plus insensés, à
savoir :
- déposer ses habits sales tous les jours dans la panière à linge et faire une lessive quand elle est pleine ;
- baisser la cuvette des toilettes après avoir pissé, et en essayant de ne pas la claquer ;
- se raser tous les matins et mettre du sent bon ;
- et, horreur des horreurs : arroser les plantes!!!
Il n'y a aucun doute : son esprit est totalement tourneboulé, il a perdu tous ses repères. D'ailleurs, il suffit qu'il se fasse larguer pour qu'il redevienne normal : il complète même ses saines activités par des apéros prolongés chez Jeannot, avec d'autres délaissés de l'amour, durant lesquels ils font assaut de propos mysogines...
On peut donc en conclure que la femme est une maladie qui s'attaque directement au cerveau et qui, pour peu que vous remplissiez la panière à linge, baissiez la cuvette des chiottes, etc... est totalement incurable.
Et, pour ma part, je n'ai pas envie d'être guéri.
Allez, je vous laisse : je dois rentrer le linge et arroser les plantes vertes...
Mais, pour cette journée spéciale, un peu de musique pour vous, les fées qui illuminent notre quotidien :
http://fr.youtube.com/watch?v=ryejOWOzy28
26 février 2008
Le feu marche avec moi !
Je ferme la porte, la chaleur m’envahit. Je pose mon lourd manteau et je m’approche comme hypnotisée.
Une musique composée de crépitements ponctués de quelques craquements d’une caisse claire me captive et je me tais pour ne pas louper la mesure. Je perçois le chant aigue d’une flûte de pan tel une légère brindille, et le bruit de l’archet qui caresse les cordes d’un violoncelle comme un morceau d’écorce qui se détache lentement. Un chant s’élève délicat et humide.
Discrètement je m’installe aux premières loges, les yeux rivés sur les couleurs chatoyantes des étincelantes danseuses vêtues de rouge et d’or. Mes souvenirs s’égarent de flammes en flammèches luisant dans l’obscurité de la salle. J’ai envie de me laisser guider et de danser avec le feu, mais je ne peux pas bouger, mes yeux suivent tous les mouvements du ballet comme ensorcelés par cette combustion des corps éthérés.
Je redécouvre l’ardeur du soleil qui brille dans la nuit noire, mon cœur est un brasier de mémoire, j’entends presque le conteur de mon enfance et le bruit des pages d’un vieux livre qu’on tourne avec empressement pour ne pas perdre le fil de l’histoire.
Je souffle, un peu, ravivant la fournaise qui dessine une nouvelle invitation à la farandole.
Je suis séduite, tous mes sens sont en alerte. Incendie intérieur des sentiments infantiles.
Je profite jusqu'à la dernière seconde de ce théâtre.
Les corps des danseurs ont fini de tournoyer et s’affaissent lentement. Les dernières notes de musique s’éteignent…un dernier soubresaut et c’est la fin.
Le rideau tombe.
Il est temps de se lever, et de passer à d’autres réjouissances. Silencieusement je me redresse, encore engourdie par la vision extatique de ce tableau. Un dernier regard, oui c’est le moment, il ne faut plus attendre.
Il ne reste que la braise qui rougira de plaisir quand les graisses de la côte de bœuf, que je viens d’installer au-dessus du lit scintillant, brûleront libérant une fumée odorante. Quelques pommes de terre en robe argentées sont déjà en attente, lascives presque provocantes, couchées à même les draps rougeoyants. Quelques herbes pour rehausser le parfum boisé de cette composition gustative.
La table est mise, les convives vont arriver, j’ai le cœur léger et les yeux brillants. J’écoute le bruit du bouchon qui libère l’arôme fruité du vin à la couleur rubis.
Tout est prêt !
J’allume quelques bougies pour retrouver la danse des flammes dans mes yeux.
Bientôt une sonnette me sortira de ma léthargie contemplative, je
retrouverai la parole oubliée en ces instants de magie ancestrale.
27 janvier 2008
Miroir, mon beau miroir…
« La beauté du corps, découronnée de celle de l'âme, n'est un ornement que pour les animaux. » Démocrite
Il est beau, elle est moche, il a un grand nez, elle a de petits seins, il ne ressemble à rien, elle est trop canon, il a des petits yeux de merlan frit, elle a un gros cul, etc...
Ce genre de jugement jalonne notre vie : pas assez ceci, trop cela, insatisfaction du miroir, reflet des autres, comparaison avec les couvertures glacées des magazines, norme de la beauté... Ah parlons-en des normes de la beauté, évoquées depuis l’antiquité avec les canons mathématiques du nombre d’or jusqu’aux innombrables concours de miss beauté siliconée. Et je vote pour la miss numéro 6 et je tape sur la candidate numéro 8. Passez votre tour…
La beauté s’enlaidit à force de bistouri pour rentrer dans un cadre
normatif, dont nous sommes les complices en idolâtrant ces
métamorphoses. A quand la chirurgie du cerveau pour lui enlever toute notion du goût ?
Nos vies sont-elles si insipides qu’on veuille les rehausser à coup de saveur à la mode ?
Pourtant tout comme l’art, la beauté est subjective, elle ne s’explique pas, elle ne se fabrique pas, elle se hume. Il est toujours étonnant de rabâcher sans cesse que tous les goûts sont dans la nature alors que l’on tente en permanence de standardiser le beau, de le faire rentrer dans les critères de la société du moment. On a beau se dire que la beauté est intérieure, il n’empêche qu’on se précipite chez le coiffeur colorer nos cheveux pour devenir acceptable en jaune pipi parce que c’est à la mode. Et quand la mode sera aux verrues sur le nez, le fera t-on ? Ah oui ! On me murmure que oui, que l’histoire est pleine de verrues faciales.
Bon, mais doit-on se résoudre à accepter de ne dévoiler de nous-même que la superficialité qu’on attend de nous ? Est-ce déraisonnable d’imaginer qu’un jour l’ivresse du regard malicieux remplace le culte du corps ?
19 janvier 2008
Le bonheur est dans le pré
« L'herbe est toujours plus verte chez les autres... jusqu'à ce qu'on découvre que c'est du gazon artificiel. » Jacques Salomé
Il est vrai que dans une société en perte de repères, on fantasme toujours sur les trésors des autres. Regarder dans l’œil du voisin pour lui en ôter la poutre et se la coller dans le nôtre.
Pourquoi ne pas se satisfaire de nos existences ?
Par exigence, par refus d’accepter nos travers tels des porcs mal
nourris par l’insatisfaction de nos ventres affamés d’envie de plaire ?
On veut la vie des autres, pour ne pas regarder la sienne, comme s’il
était plus facile de vivre par procuration à travers le filtre d’une
émission de télé-réalité. Pour s’accepter, il faut sans doute commencer
par démystifier l’autre. Il n’est pas mieux que nous, seulement
différent.
Une des premières étapes quand on devient adulte est de jeter nos idoles de papier, les posters qui tapissent la chambre et qu’on sublimait avant de s’endormir. Tout comme adolescent, nous avons rejeté les animaux synthétiques qui accompagnaient nos jeux d’enfants.
Devenir soi-même, ça prend du temps, toute une vie et paradoxalement nous avons besoin des autres pour y parvenir, seul on ne sert à rien à part à sortir les poubelles et éjecter nos déchets, les mauvais souvenirs. Mais avoir besoin des autres, ce n’est pas devenir eux, ils ne sont qu’un reflet de ce que le miroir de la réalité nous projette. Je me vois plus belle dans les yeux de ceux qui m’aiment et plus moche dans le regard de mes ennemis.
N’envie donc pas la vie de nos modèles, ne récure pas la fine pellicule vernissée qui recouvre la face cachée de leur existence, cultive ta différence et laisse les jardins artificiels loin de ta propre prairie.
28 décembre 2007
Premier souvenir de scène
(pour continuer sur le théâtre...)
J’avais 8 ans tout au plus. Un age où on a envie de bouger, remuer, courir, rigoler fort mais pas rester sagement assisse sur un fauteuil à regarder du théâtre.
Heureusement Marie Jordanne, ma meilleure copine était là, on gloussait avec des regards complices ce qui agaçait profondément nos mamans.
« Chut ! Patientez ça va bientôt commencer » chuchote la maman de Marie Jordanne.
« M’en fout du théâtre moi, on veut jouer dehors nous ou aller à la plage et regarder la lune qui se reflète dans l’eau» réponds du tac au tac Marie Jordanne.
Faut dire que Marie Jordanne a un sacré cran. C’est elle qui m’entraîne régulièrement pour faire des bêtises. Moi je suis plutôt timide et préfère la lecture au vélo, mais Marie Jordanne se moque de moi et m’amène courir et sauter dans l’eau au grand déplaisir de maman qui lève les yeux au ciel de désespoir quand je rentre boueuse. Moi je suis fière d’avoir Marie Jordanne comme amie, on est voisine et je suis sa seule amie. Faut dire depuis qu’elle a refusé d’aller à l’école parce que la maîtresse est une grosse andouille, elle a un percepteur qui lui donne des cours particuliers dans sa belle maison et ne voit plus les autres enfants du village. Je voudrais bien faire pareil, parce que c’est vrai que je n’aime pas la maîtresse d’école non plus, mais ma maman me dit qu’on n’a pas les moyens de payer des cours à la maison.
Le rideau s’ouvre. On s’agite sur nos sièges. Ma robe me gratte un peu. Nos mamans ont eu l’idée de nous habiller en Cévenoles, on aime bien mais ça gratte un peu.
Ce que j’aime dans le théâtre c’est quand le rideau s’ouvre et que la pièce devient toute noire puis enfin les lumières éclairent la scène et on découvre le décor.
Après je m’endors souvent parce que je comprend pas tout et on nous amène pas voir des pièces qui font rire.
Marie Jordanne ne dit plus rien, elle est fascinée par la scène, moi je regarde mes mains, je m’ennuie.
Je sens qu’on tire sur ma manche et du doigt Marie Jordanne me désigne la scène.
« Regarde ! » chuchote t-elle.
« Bof ça m’ennuie » lui dis-je dans un bâillement.
Mais elle insiste tant que je fini par lever les yeux et là j’en reviens pas. Je me frotte les yeux, mais oui ce sont bien eux. Je vois nos papas sur scène en train de jouer les acteurs !
Quelle belle surprise nous ont fait nos mamans de ne pas nous prévenir.
Je sens Marie Jordanne qui cogite quelque chose. Je le voit à ces yeux vairons (elle en a un vert et l’autre marron) qui sont dans le vague.
Elle semble attendre quelque chose, un moment, je me tiens prête parce que tout va toujours très vite avec elle et je ne veux pas rater ce qu’elle va faire.
Soudain elle me fait signe et m’attrape par le bras. On quitte nos sièges sans que nos mamans s’en aperçoivent et doucement dans le noir on s’avance vers la scène.
Nos papas sont seuls sur scène, enfin ils se croient seuls. Ils jouent des policiers mais il y a un voleur qui est caché dans un arbre. Eux le savent pas mais nous si !
On se hisse sur la scène et on crie « papa » mais avant qu’on ait pu atteindre nos papas pour nous jeter dans leur bras, deux mains nous attrape et nous pousse derrière l’arbre. On est terrorisés, on regarde le voleur qui déclame :
« Chut vos papas sont aux champs, les policiers ne doivent pas vous voir, où ils enfermeront vos papas ».
Je sens Marie Jordanne prête à intervenir pour lui expliquer que nos papas sont justement les policiers, enfin que ce sont des papas déguisés en policier, mais elle intercepte le clin d’oeil que lui fait le voleur et saisit aussitôt que c’est un jeu. Elle me fait un clin d’œil aussi et je comprends que le voleur est gentil, et d’ailleurs que ce n’est pas un voleur car de près je reconnais l’acteur Pierre Arditi. Nous voilà transformées en actrice de théâtre.
On restera sur la scène jusqu’à la fin, assistant de l’intérieur à la représentation. Quel moment de plaisir surtout à la fin quand on a salué avec tous les autres acteurs.
Nos papas nous ont pas grondés et se sont marrés en disant qu’il faut toujours qu’il y ait de l’improvisation dans le théâtre et qu’en plus pour une première ça aura apporté un plus à la pièce.



