09 juin 2008
Julien Doré : les limites
Artiste : Julien Doré
Titre : Les limites
URL: http://fr.youtube.com/watch?v=_EatzK_1K2Y
Bon il fallait bien en parler un jour ou l’autre, le single du premier
album de Julien Doré (le gagnant de la nouvelle star 2007) est sorti il
y a quelques semaines. L'album « Ersatz » sortira dans les bacs le 16
juin 2008. Il a été réalisé avec l'aide de Arno et de Christophe, du
groupe Cocoon.
En attendant (pour ceux qui attendent), le single que l’on commence à
entendre partout s’appelle « Les limites ». On aime ou pas, d’ailleurs
je n’écris pas ce texte pour parler de ce que je pense personnellement
de ce morceau, qui ni me déplaît, ni me fait bondir au plafond (ah ben
si finalement j’ai donné mon avis).
Par contre un détail du clip, que de par son esthétique je trouve
sympathique, m’a fait sauter en l’air et applaudir des pieds. Il s’agit
de l’apparition de Rémy Bricka, l’homme-orchestre avec un grand O comme dans Olympe. Faut dire que Rémy Bricka c’est un dieu de toute soirée qui se respecte.
Rien que pour ça, moi je dis bravo Julien ! (oui vous pouvez m’envoyer des tomates maintenant)
08 juin 2008
Drame social à Camaret
Que dire de ce texte ?
Mezcal est dans une période "détournement musical en tout genre"...
--
Ce n'est pas parce que les journaux sont remplis de la description, quelque peu racoleuse, des tragédies vécues dans nos banlieues qu'il nous faut négliger les drames enfouis sous la réserve provinciale. Ils nous en apprennent bien souvent plus sur l'homme que les agressions de convoyeurs de fonds ou les rodéos en scooter.
Ainsi, dans la charmante ville de Camaret (Finistère), un ecclésiastique se voit empêché d'exercer son noble sacerdoce par une malformation de naissance fort gênante, qui ne lui permet pas de s'asseoir dans le confessionnal sans désagrément.
Désireux de compenser cette défaillance nuisible à toute la communauté, il se multiplie auprès des troupeaux de vache de la paysannerie locale, faisant brûler toute la flamme de sa foi pour la perpétuation de l'espèce, si nécessaire à la survie alimentaire du village. Les édiles locaux sont sensibles à ses efforts et ils lui rendent hommage régulièrement en exhortant vigoureusement le protecteur de Camaret, dont la statue enjolive la place centrale.
Hélas ! la jeunesse locale ne reconnaît pas à sa juste valeur les efforts de notre dévôt : les jouvencelles préfèrent même le stupre au recueillement sacré. Il faut dire que l'air iodé, l'appel de l'océan, les muscles développés des marins habillés par Jean-Paul Gaultier, tout cela grise les têtes et détourne la fine fleur de notre beau pays de Dieu et des ses pompes.
Accablé, découragé, notre saint homme baisse les bras et, avec seul compagnon sur qui il puisse compter son âne, il préfère ramener les âmes égarées dans le droit chemin, avec la force immanente du goupillon.
Cette triste histoire nous apprend que les vocations les plus sûres peuvent vaciller, dès lors le corps s'oppose à l'esprit en privilégiant une de ses fonctions et en gonflant plus que de raison les organes qui lui sont dédiés...
Pour un compte rendu détaillé de ce triste événement :
URL: http://tinyurl.com/5of4sc
26 mai 2008
Together we're strong
Je vous dois un aveu ! Mezcal est un grand fan des duos les plus ignobles de la chanson française...jugez par vous-même!
---
Artiste : Mireille Mathieu & Patrick Duffy
Titre : Together we're strong
URL: http://www.youtube.com/watch?v=N2OPVQBDQoI
Il existe des moments de grâce musicale, des instants volés où une
rencontre inattendue vous transporte sans prévenir au nirvana. Sans
s'être jamais rencontrés, sans même visiblement savoir qui est l'autre,
deux artistes mêlent leur voix, leur sensibilité exacerbée, pour
connaître une osmose féérique, pour livrer aux auditeurs ébahis et
transportés un pur chant d'amour. Leurs coeurs vibrent à l'unisson dans
le doux mélange de leurs voix, leurs corps exultent dans l'harmonie
d'une chorégraphie follement sensuelle.
Au Panthéon des duos musicaux, il y a certes Jacob et Delafon, Charly
Oleg et le Professeur Choron, Robespierre et Bernard Thibault. Mais il
y a surtout Mireille et Patrick.
25 avril 2008
La vie en couleur
Internet est peuplé d’artistes dégagés (1).
Mais parfois la dure réalité nous rattrape brutalement. C’est ainsi
qu’une hirondelle asiatique, après un long périple, m’a largué sur la
tronche une noix de coco. Une fois sorti du coma, j’ai découvert dans
la dite noix ce message, directement en provenance des neiges
tibétaines, soigneusement crypté. J’ai estimé de mon devoir de vous
révéler, derrière les mots d’apparence futile de cette ritournelle, le
sens profond de cette missive :
« Hé ! Hé !
On dormira demain
Viens prends-moi par la main
La fête vient d'arriver
Avec ses lumières
Et ses cavalières
Surtout les manèges enchantés »
Quelle description angoissante d’une vie hantée par la peur des chars
chinois, ces « manèges enchantés » qui apportent la mort qui fera
dormir éternellement dès demain. Ces fameuses cavalières, qui
sont-elles ? Est-ce une métaphore pour désigner les adolescentes
lobotomisées des Jeunesses communistes ? La fête qui vient d'arriver
est-elle un leurre perfide (2) des Chinois pour faire sortir les
innocents bonzes de leurs lamasseries ? Ou bien s'agit-il de la tournée
mondiale de Serge Lama avec Nicolas Peyrac en première partie ?
« Les ours en peluche
Et les fanfreluches
Pour toi je les gagnerai
Ca y'est je devine
Que les carabines
Te font peur, je suis désolé »
Que dire de plus ? Malgré les barricades dérisoires d’ours en peluche,
de fanfreluches et de barbapapa, seules armes accessibles aux bonzes
qui font du ski, les carabines font tonner leur voix rauque, qui sème
la panique… A qui s'adresse le narrateur? Une femme? Un enfant? Son
compagnon de cellule au corps huilé ? La litote poétique, comme dans
toute la littérature traditionnelle tibétaine, entretient le mystère.(3)
« C'est la vie en couleur [wip !]
Tiens voilà le marchand de ballons
C'est des cris et des fleurs
Les manèges tournent à l'unisson
C'est la vie en couleur [wip !]
Il faut sortir et en profiter
Dépêchez-vous d'aller faire un tour
On peut trouver le grand amour
Sur le grand-huit ou la grande-roue
Le monde tourne autour de nous
Hé !
Hé ! »
Pourtant l’espoir inextinguible demeure, le pur élan de vie, les cris
de rage de l’amour révolté s’élèvent : alertez les bébés Yétis !
« Dans le labyrinthe
Les lumières éteintes
J'essaierai de t'embrasser
Dans le train fantôme
N'aie pas peur des gnomes
Je suis là pour te protéger
Les marchands de nougat
Et de barbapapa
Sauront bien te consoler
Nous reviendrons dormir
Loin du bruit et des rires
Mais tu ne voudras pas rentrer »
Les larmes me viennent aux yeux quand j’entends cet hymne de résistance
: oui, le nougat, la barbapapa, les tongs viendront à bout des armées,
des chars, des nems qui sont largués par mégatonnes sur les cimes
enchanteresses du Tibet. Un jour, le train fantôme déraillera et tout
le monde pourra librement manger du lait caillé jusqu’à en vomir de
joie. Les gnomes, en qui on reconnaît les perfides (2) Gardes rouges,
ne feront plus peur à personne et seront reconvertis en drag-queens
pour faire rire les oiseaux et chanter les couleurs.
« C'est la vie en couleur [wip !]
Tiens voilà le marchand de ballons
C'est des cris et des fleurs
Les manèges tournent à l'unisson
C'est la vie en couleur [wip !]
Il faut sortir et en profiter
Dépêchez-vous d'aller faire un tour
On peut trouver le grand amour
Sur le grand-huit ou la grande-roue
Le monde tourne autour de nous »
Et au bout de la paix retrouvée, l’amour, cette fleur immortelle qui
renaît toujours sur les champs après la bataille, les roucoulades, les
sérénades, les baisers passionnés, les partouzes… Mais je m’exalte,
revenons à notre sujet.
« La la la, la la la
La la la la la la la la
La la la, la la la
La la la la la la la la
La la la, la la la
La la la la la la la la
Dépêchez-vous d'aller faire un tour
On peut trouver le grand amour
Sur le grand-huit ou la grande-roue
Le monde tourne autour de nous »
En voyant, ta signature, frère inconnu, j’ai senti une grande flamme,
presque olympique, me réchauffer le cœur. Par delà les vastes étendues
et les montagnes, je te salue, bonze Rémy Dalaï Bricka.
--
(1) je sais, ce n'est pas de moi...
(2) comme chacun le sait, les Chinois sont perfides, les Corses sont fiers et les Ricains de gros cons obèses
(3) voir l'anthologie Tibète, tu es très bête
25 novembre 2007
Ome Henk
J’avais envie de vous parler d’un artiste que je ne connais pas.
Que vous ne connaissez pas sans doute et quoi de plus absurde que de faire une biographie à partir de presque rien ?
Ome Henk est un chanteur comique Néerlandais, connu pour ses pastiches de chansons populaires, comme Lekker, Lekker.
Voilà ce qu’on trouve comme éléments biographique sur Wikipédia, un peu lapidaire, n’est-ce pas ?
Non, car on y découvre aussi le lien de son site Internet, en Néerlandais bien sur, mais fort instructif tout de même.
http://www.omehenk.nl/nieuws.php
Farfouillant au hasard ces pages, je fais une découverte époustouflante, je connais Ome Henk, j’écoute un de ces morceaux depuis des années !
Méprise planétaire, et comme il est temps de rendre à César ce qui est à Ome Henk, je vais vous faire part de ma découverte stupéfiante : Ome Henk est l’auteur d’une reprise de « Barbie Girl » du groupe Aqua, reprise attribuée à tort à Rammstein.
La preuve en image :
http://fr.youtube.com/watch?v=38O8EDiZ8mw
Mais continuons notre découverte de l’univers de Ome Henk, fait de filles aux gros seins et de bouteilles d’alcool.
Son dernier tube est un régal pour les yeux des pervers pépères qui hantent la toile (je sens que cela va me rapporter des nouvelles requêtes gogoles fort instructives)
http://www.filmpjes.nl/assets/play/24633
Ome Henk n’est pas seulement un chanteur à la voix éraillée par des années de whisky et de cigares, c’est aussi un comique déjanté aux sketchs montypythonesques et malgré mon incompréhension de la langue Néerlandaise, je ne me lasse pas de le découvrir.
http://fr.youtube.com/watch?v=mqqMPjRJArQ
Son œuvre est marquée par une autodérision qui se retrouve dans les couvertures de ces disques, bandes dessinées le parodiant.



Sachez que je suis preneuse de toute information complémentaire !
16 septembre 2007
Chips ou bien comète ?
De Dionysos, on connaît l’énergie et la cohésion sur scène, acquises grâce à 582 concerts depuis le tout premier à Valence (ville du leader du groupe, Mathias Malzieu) en 1993. On connaît aussi l’écriture féérique, picaresque de Mathias dans ses textes de chansons et ses livres (1), qui fait de lui un mélange de Tim Burton et de Tex Avery.
Mais ce féérique frôle fréquemment l’absurde, voire le crée carrément dans les situations sorties du cerveau de ce «vieux petit garçon» (2), de ce «petit géant» (3) qu’est Mathias.
Quelques exemples :
- « Ciel en sauce »
« Si on voit des nuages dans le ciel
C'est Dieu qui se fait des pop-corn
Il les fait cuire en plein soleil
Tous les dimanches après-midi
Je me souviens très bien de toi
Tu vomissais des fleurs fanées
Tous les dimanches après-midi
Tu vomissais des fleurs fanées (…)
Je n'me souviens plus très bien de toi
étais-tu Chips ou bien comète ? »
- « Coccinelle », LA chanson mythique du groupe, bien avant « Song for a Jedi » (4), décrit l’histoire d’amour absurde d’un homme et d’une voiture :
« Je vais cuire sur le cuir de ma Coccinelle
Accroché à ses ailes comme un cerf-volant
Je sens le vent je serre le volant
Suspendu par la brise par dessus le pare-brise
Essuie-glace à la menthe pour me recoiffer sucré
Je fracasse les flaques ... "flac!!"
Jamais ma Coccinelle je ne t'abandonnerai
Ma fée toute cabossée au télécran du ciel
A s'embrasser les cils comme des pinceaux clignotants
Lacrymal acrilyque
Je sais que j'écris mal
Mais j'imagine très bien l'ombre de nos cils
Flotter tranquillement sous l'arc-en-ciel de nos dents
Je ne sais pas conduire pas même un cerf-volant ! »
- Mais pour moi, le summum du talent absurde de Mathias réside dans « Coiffeur d’oiseaux » et « L’homme qui pondait des œufs ». Fermez les yeux, essayez de visualiser les situations et faites attention à la crampe des zygomatiques :
« J'ai rencontré une fille étrange qui se disait coiffeur d'oiseaux
elle se cachait dans les branches, elle attrapait tous les oiseaux,
elle découpait tout plein de formes n'importe comment dans leurs ailes
avec ses ciseaux de couture et un joli petit peigne.
Du coup les oiseaux se sont mis à voler un peu de travers
et ils se cognaient dans les branches et ils se cognaient même entre eux
certains se fracassaient par terre ou atterrissaient à l'envers
l'un d'eux dans la roue d'un vélo comme harponné dans les rayons
faisait penser à une coiffe de chef indien ensanglantée!
No more hair cut for the birds... »
« Depuis que je te connais, je suis l’homme qui pond des œufs
Embrasse moi le ventre et les yeux
Je pondrai des œufs pour toi.
Et même si tu casses tes yeux sur le rebord de mes lèvres
Et que tu ne veux plus de moi, je pondrai des oeufs pour toi
Je suis l’homme qui pondait des œufs pour toi
Entends-les se cogner dans mon ventre pour toi
C’est un clocher en entier que j’ai avalé pour toi! »
Toute cette folie, vous la retrouverez sur le double DVD « Monsters in
live », où figurent aussi un duo d’anthologie entre Mathias et Cali sur
« la métamorphose de Mister Chat », la rencontre Dionysos-Louise
Attaque sur « Song 2 » de Blur et une reprise .énorme de « Dr Jekyll et
Mr Hyde ».
Et puis il y a « Neige », à qui je réserverai un sort particulier. Sur l’album studio déjà transpiraient dans les chœurs de cette chanson, si douloureuse pour Mathias (composée pour sa mère décédée), la solidarité, l’amour et la fraternité des cinq autres. Là, au moment où, aux 2/3 de la chanson, Mathias met toutes ses tripes et toute sa douleur au grand jour pour finir par un cri écorché vif, le groupe lui prouve par sa musique et par leurs voix qu’ils ont été, sont et seront là pour qu’il puisse « se réparer, se recoudre » et qu’il y arrivera. Dionysos, c’est plus qu’un groupe, c’est une fraternité…
Dionysos est-il le meilleur groupe de rock’n’roll du monde, comme l’a affirmé Iggy Pop après un bœuf en commun au festival de Bondoufle ? Peut-être pas, l’Iguane devait être « ému » et débordant d’enthousiasme ce soir-là… Mais la pochette façon western de « Monsters in live » est appropriée : c’est bien « The best gang in town » depuis… les Clash?
Pour toutes les infos sur l’actualité du groupe : http://www.dionyweb.com/
Et pour tout, tout, tout dans le moindre détail et des tonnes de téléchargement : http://www.cielensauce.com/
When I was a child, I was a Jedi…
--
(1) Si ce n’est déjà fait, lisez « Maintenant qu’il fait tout le temps
nuit sur toi ». Puis écoutez « Monsters in love ». Puis recommencez le
processus vingt fois…Et faites comme moi : campez devant le magasin la
veille de la sortie prochaine du roman et de l’album intitulés « La
mécanique du cœur », qui reparleront de Giant Jack et de Miss Acacia.
Et si quelqu’un essaie de vous doubler, tirez à vue…
(2) “I’m an old child, I’m a cold child
Give me the heat me hit me hit me babe”
“Old child”
(3) « Elle est énorme, mon ombre
Pourtant je suis petit comme géant »
« Mon ombre est personne »
(4) Le groupe enchaîne maintenant les deux chansons sur scène, dans un final de la mort.
07 août 2007
Z'avez pas vu Mirza?
13 août 1998, dans un champ de Montcuq (Lot), un coup de feu résonne : Nino Agostino Arturo Maria Ferrari, dit Nino Ferrer vient de se donner la mort d’une balle en plein cœur, un mois après le décès de sa mère.
Si tout le monde est capable de massacrer « Le Sud » au karaoké ou de chanter « Mirza » ou « Le téléfon » dans le but de faire rire les mômes (qui vous jettent un rapide coup d’œil consterné et reviennent vite à leur PS 2), la caractéristique multiforme de la création de Nino est moins connue.
Nino Ferrer a passé les premières années de sa vie en
Nouvelle-Calédonie. Il a fait des études d'ethnologie et d'archéologie
préhistorique à la Sorbonne, tout en se consacrant à ses deux passions
: la peinture et la musique.
Après un tour du monde sur un cargo, il se lance à corps et cœur perdus
dans le jazz ; il accompagnera la grande chanteuse Nancy Holloway.
Ses propres compositions sont refusées par les maisons de disques jusqu’en 1965, avec le tube « Mirza » (Z’avez pas vu Mirza…) D’entrée naît l’ambiguïté qui marquera sa carrière : il est cantonné dans les chansons débiles (« Oh ! Eh ! hein bon », « Le téléfon »,…) ou alimentaires (« Le Sud », qui le gonfle grave). Alors qu’il écrit des chansons plus graves, ou plus subversives. Par exemple, écrire dès 1961 çà, fallait le faire :
« La crasse et le vide
La gueule et l'angoisse
La guerre aux métèques
Nègres, Juifs ou chiens
Ça n'fait rien
Cannabis indica
Chanvre et Marie-Jeanne
Opium, haschisch
Blanche neige
Stick, kif, trip et joint
Herbe et voyage
Au bout de l'acide lysergique ditylamide
Et la nuit... »
Nino disait de lui : « Quand j'étais petit je n'étais pas grand et il y avait la guerre partout. Les circonstances de la vie firent de moi un enfant solitaire dans une campagne désertique et par la suite un individu halluciné dans un monde de martiens. Peu importent les péripéties, il en résulte que l'imagination reste pour moi la fonction cérébrale la plus séduisante. Il se trouve par ailleurs que je suis depuis toujours poussé à traduire en langage artistique les émotions qui me bouleversent. Et c'est pour cela que j'ai sans cesse tenté de dessiner, peindre, écrire, jouer de la musique, transformer des maisons, créer des jardins, tourner des films, mettre en scène des spectacles, bref organiser le monde en fonction de ma sensibilité esthétique. Et j'ai vite compris que je ne pouvais rien faire de bon si je n'étais poussé par une passion, d'amour, d'amitié, de révolte ou d'ailleurs. »
Dans ses premières années, Nino compose en vers réguliers, mais très vite, il laisse aller librement son imagination et sa plume, concoctant de véritables poèmes un peu bizarres, comme « Je vends des robes » :
« Si j'aurais pu, j'aurais aimé,
vivre à la campagne toute l'année.
Avec des moutons, des cochons, des oignons, des lampions,
des voisins, des machins, des raisins, des pépins,
des clôtures, des voitures, des toitures, des ordures,
des poulets, des pommiers, des bergers,
mais,
je vends des robes,
à des femmes jolies, petites et blondes,
ou grandes et distinguées,
ou rousses et mal élevées,
ou grosses et décoiffées
de toute espèce, qui me font tourner en bourrique. »
Lorsque dans les années 70, avec le fric gagné avec « Le Sud » il se paye un studio d’enregistrement et se consacre exclusivement à un blues-rock exigeant, il sombre dans l’oubli. Son suicide ne fera pas grand écho à la télé ou dans la presse…
Alors, aujourd’hui, quand on entend les mongoliens de la Star’Ac reprendre « Le Sud » en chœur avec des tronches pâmées, on se dit : « Putain de réalité qui fait monter la rage ».
Pour finir, un tout petit aspect de ses talents picturaux, avec un autoportrait :
Vous l’avez compris, j’ai puisé plein d’éléments sur ce site magnifique : http://www.nino-ferrer.com/
Et comme tu manques, Nino, un dernier pour la route, le « Blues antibourgeois » :
« Moi j'ai pas envie de travailler,
Je n'aime pas les congés payés,
moi je veux des filles et de l'argent,
des beaux costumes et du bon temps.
Dormir le jour, courir la nuit,
çà c'est ma vie.
Moi les bourgeois ça me fait frémir
avec leur fric et leurs tirelires.
Ils n'aiment pas mes cheveux dans le cou,
moi je les emmerde et je m'en fous.
Je me tape leurs filles et leur whisky,
çà c'est ma vie. »
24 juillet 2007
Buvez du cul!
Je souhaite vous parler aujourd’hui d’un sujet grave : la drogue et les groupes de rock. La liste des artistes morts à cause de cette plaie est sans fin (je ne citerai dans ce Hall of Fame macabre que la plus grande, l’écorchée vive Janis), comme celle de ceux qui ont grillé leur talent (Brian Jones, Syd Barrett,…) et des groupes qui ont explosé pour consommation frénétique (coucou les Stooges par exemple).
Il est donc réjouissant de voir des groupes de rock s’engager conte la drogue. C’est le cas du groupe français Lofofora.
Lofofora se constitue progressivement entre 1989 et 1993.
C'est le 1er février 1993 qu’a lieu le premier concert du groupe. C’est en octobre de cette année-là qu’est enregistré le premier LP avec une reprise pêchue de « Zobi la mouche » des Négresses vertes. 6 autres suivront, dont un double avec le second CD exclusivement constitué de reprises renversantes comme « Madame rêve » ou « Quand on n’a que la haine » d’OTH.
Après avoir vanté la ganja dans « Weedo », le parolier Reuno s’est engagé récemment, sur le dernier album «Les choses qui nous dérangent », en décrivant sans détour son appétence à toutes les drogues possibles et imaginables et l’acte courageux qui l’a poussé à dire « STOP » une bonne fois pour toutes. Un petit extrait de "Buvez du cul" :
« J’ai arrêté de boire d’la bière
J’avais plus les idées claires
Maintenant je n’fume plus d’shit
Ma mémoire prenait la fuite
J’ai dis stop à la cocaïne
Sinon je cours à ma ruine
J’veux pas gober d’exta
Pour pas finir comme toi
J’ai pas terminé ma beuher
Les flics ont eu du flair
La vodka , le ricard
Y’en a plus dans le placard
La dernière fois que j’ai pris un trip
On m’a retrouvé en slip
J’en veux plus, j’en veux plus.
Maintenant je bois du cul
Buvez du cul
Ohohohoh
Buvez du cul
Buvez du cul
Ohohohoh
Buvez du cul»
Sur l'origine de cette chanson : http://fr.youtube.com/watch?v=zwKJij1of3s
Alors que des inconscients comme Lou Reed ou Clapton continuent à jouer devant des adolescents « Héroin » ou « Cocaine », que Marilyn Manson se glorifie avec « I don’t like the drugs but the drugs like me », que Licence IV incite sans vergogne à l’alcoolisme ave « Viens boire un petit coup à la maison », il est vital que des artistes se dressent contre ces fléaux que sont la came et la picole.
N’hésitez pas à visiter ce site : www.lofofora.com
Et achetez les albums…
16 avril 2007
De l’amour, de l’art ou du cochon ?
La production d’Hubert-Félix Thiéfaine
a toujours flirté avec le surréalisme (voir « Les dingues et les
paumés » où traînent les ombres du Breton de Nadja et surtout celle
d’Artaud) et l’absurde. Dès le premier album, ce goût des situations et des
formulations impossibles apparaît dans « L’ascenseur de 22h43 » et
« 22 mai ». Pêle-mêle, « Variations autour du complexe
d’Icare », « Autorisation de délirer », « Un vendredi 13 à
5 heures » ou plus récemment « La philosophie du chaos »
perpétuent cette tradition.
Mais un album se dégage dans sa contribution à l’esprit nonsense : son 3ème, « De l’amour, de l’art ou du cochon ? », datant de 1980. Sa conception est déjà particulière, puisque HFT, en fait, s’en fout, comme il l’explique lui-même : "Je me suis un peu désintéressé de cet album car, au moment de son enregistrement, je travaillais déjà sur "Dernières Balises ...". C'est simple : l'après-midi, on était en studio pour faire cet album, le soir on était à la Gaieté Montparnasse et moi, j'étais carrément "out" puisque la nuit, je ne dormais pas, je travaillais sur ce qui allait devenir "Dernières Balises...". Qui commence d'ailleurs par un morceau qui s'appelle "113ème cigarette sans dormir", ce qui veut tout dire. » Ajoutons qu’il se défonce lourdement à l’époque.
Sur les huit morceaux de l’album, deux seulement échappent à la veine absurde : « Groupie 89 turbo 6 », hymne à l’amour sado-maso, et « Vendôme gardénal snack », chant d’amour désespéré. Mais pour le reste…
« Psychanalyse du singe » entame l’album sur fond de bruits de bistro (flipper, verres claqués sur le comptoir,…) et par une formule à la Gourio ânonnée laborieusement d’une voix avinée : « Si j’étais Dieu, je ne croirais pas en moi. Et si j’étais moi, je me méfierais ». Le ton de l’album est donné.
« L’amour mou » conte la rencontre, puis la rupture, entre deux trains de banlieue qui partent très tôt, de Chimie Travelot, mécano de son état, et Chipolata Delco. Leur coup de foudre romantique est ainsi décrit :
« Ils ont vu comme ils étaient beaux
Et se sont roulé le chicot
Sans même retirer leurs mégots
Mais gare mais gare à mon mégot
S'écrie soudain le mécano »
Mais leur amour, consommé dans la position de l’escargot [si un lecteur du blog pouvait me la décrire, cela résoudrait 25 ans de perplexité], n’a pas d’avenir parce que : « L'amour me mord, me mord la peau ; l'amour nous rendra tous dingos. L'amour le mord, l'amour le moud ; l'amour ça mord, l'amour c'est mou, l'amour ça meurt à la mi-août sans mots sans remords ni remous ».
Petite escapade champêtre avec « Scorbut », qui raconte la triste histoire d’un pauvre gars qui, après une semaine de dur labeur, escompte bien se lever une greluche au balluche. Mais, sur le chemin du bal, un cri horrifique le fait tomber de sa motocyclette en dérapant sur ses roupettes :
« Les filles de La Rochelle
Ont attrapé le scorbut
Mignons finie la bagatelle
La charentaise ne répond plus, oh gué ! »
Fort heureusement, sa virilité n’a pas souffert de cet épisode malheureux et la providence lui permet de se satisfaire en [censuré par la SPA. Ecoutez la chanson pour savoir]. Mais depuis dans tous les hameaux, paraît que les chiens courent derrière lui…
« Comme un chien dans un cimetière » décrit l’absurdité de la vie et l’ennui qui en découle. Tout est résumé dans la première strophe :
« T'as été à l'herbe aux lapins
Mais t'as fait un faux numéro
Si tu crois que j'en ai du chagrin
Téléphone à la météo
Le ciel est bleu, le jour est J
La bombe est H mais mon grand-père s'ennuie
Comme un chien dans un cimetière le 14 juillet»
Les deux bijoux absurdes de l’album sont à venir. D’abord, la chanson qui lui donne son titre : «De l’amour, de l’art ou du cochon ? » Comment ne pas être ému par cette histoire d’amour entre un homme beau comme un passage à niveau – bien que claqué connement pendant l’été de 1515 sur l’aéroport de Marignane et ressuscité l’avant-veille de l’attentat de Sarajevo – et une jeune femme douce comme les roubignolles d’un nouveau-né ? Dans leur nid d’amour « il y avait un alligator au fond de la cuisine sur la droite en entrant. Mais si, quand on entrait par la bouche d'incendie » Mais la confusion s’est installée « à cause de notre enfance malheureuse parce qu'on avait mal aux dents. On avait mal aux dents parce que toujours on nous obligeait à manger des sucres d'orge et qu'on n’aimait pas çà ! » Nos deux héros en arrivent à ne plus savoir si ce qu’ils ressentent l’un pour l’autre, c'est de l'amour, de l'art, ou du cochon…
Quant à « L’agence des amants de Madame Müller », c’est un drame qui rappelle « Le Jour se lève » de Marcel Carné. Un pauvre musicien, qui joue de la chasse d'eau dans un orchestre de free-jazz, souffre en silence dans une société où il n’est pas tous les jours facile de vivre quand on a un peu d’imagination. Une rencontre fatale dans un bar-tabac avec « une insoupçonnable et somptueuse inconnue, vêtue d'un sweater de couleur pastel et d'un jean taillé dans de la toile d'emballage de la manufacture des armes et cycles de Saint-Etienne » le fait craquer. Après avoir collé ses trois timbres à 100 balles sur son paquet de cigarettes filtre et fumé ses lettres, il est injustement accusé d’être le mari de Madame Müller. De rage, il jette ses chats par la fenêtre du douzième étage et rentre ses gosses dans le ventre de sa femme. Brutalisé au commissariat par des flics névrosés, il avoue tout en bloc et finit à l’asile.
De l’amour, du sexe, des crimes, de l’art et du cochon, que demander de plus?
13 avril 2007
Lapointe du nonsense
Rimailleurs, esthètes de l’art et
amoureux des jeux de mots laids, devant vous s’avance LA référence
ultime : Boby Lapointe (1922-1972). Connu et adulé par des gens comme MC
Solaar ou Katerine, entre autres, pour son jeu surréaliste avec les mots, c’était
aussi un roi de l’absurde. Dès son enfance à Pézenas, il se distingue : il
repeint le coq du clocher en phosphorescent un soir de Pâques, il affuble un sphinx
de pierre de rayures vertes et le rebaptise "zèbre".
Réquisitionné par le STO, il emboutit
les camions qu'on lui confie, arrose les bureaux de l'armée allemande en
nettoyant les voitures, et tâte du cachot plus souvent qu'à son tour. Il se
produira une dernière fois à Bobino en 1971.
Accessoirement, Boby Lapointe a
inventé l'embrayage automatique, lorsqu’il préparait Sup Aéro.
De son vivant, et malgré le soutien d’amis comme Brassens, Fallet, et une apparition remarquée dans « Ne tirez pas sur le pianiste » de Truffaut où il chante « Framboise » et « Marcelle », il tire le diable par la queue. Ce n’est que progressivement, après sa mort, qu’il gagne sa place dans le panthéon de la chanson française, comme un bonbon à la violette volé chez une vieille tante et dont on savoure le goût rétro en douce. Truffaut en parle très bien : « Souvent, dans les studios, dans les salles de montage, j'entends des jeunes gens chanter les chansons de Boby Lapointe sans savoir que l'auteur nous a quitté. C'est pourquoi, quand je pense à Boby ce n'est pas comme à un artiste mort mais comme à un camarade affectueux, modeste, inquiet et doux qui a disparu, escamoté. »
Le style de Boby Lapointe, ces sont surtout ses allitérations, ses calembours qui jamais ne fientent, pour son débit inaltérable (essayez de chanter « Ta Katie t’a quitté » ou « Méli-mélodie », juste pour voir). Grand, costaud, bougeant ses épaules et ses bras en hurlant ses textes au début de sa carrière sur scène, Boby rentre dans la gueule de la langue française, mais sur des mélodies suaves, alternativement jazzy ou hawaïennes, pas pour lui faire mal, mais pour la détricoter et la reconstruire. Il en naît un doux surréalisme, un univers qu’évoque parfois celui de Mathias Malzieu.
Sa méthode, il la résume lui-même :
«Le calembour est la fiente de l'esprit qui vole»
à dit Victor Hugo (et il s'y connaissait, le bougre). Pour faire un calembour :
- Il vous
faut un esprit. Si vous n'en avez pas, procurez-vous en un.
- Apprenez-lui
à fienter, soit en lui donnant des laxatifs, soit en choisissant un
programme télé qui fasse fienter.
- Apprenez-lui
à voler, en le faisant fienter jusqu'à ce qu'il vole.
- Apprenez
lui a fienter en volant en le faisant voler jusqu'a ce qu'il fiente.
- Apprenez lui a suivre le vol de ce bestiau, avec un récipient et à recueillir la fiente au vol.»
Petite sélection subjective de ses productions surréalistes : (vous pourrez découvrir les textes et même écouter la chanson sur : http://perso.magic.fr/ormerry/boby/bobylapointe.html)
Andréa c’est toi, Comprend qui peut, Je joue du violon tzigane, Le tube de toilette, L’hélicon.
Mais ses délires abordent avec
bonheur l’absurde. Deux petits extraits pour l’illustrer.
"Petit cours de guitare sommaire :
Une guitare...est un
instrument... en forme de guitare...qui comporte six cordes.
Si l'on partage la guitare en
deux par le milieu (ce qui n'est pas à conseiller...), on obtient deux moitiés
de guitare... et...3 cordes d'un côté... 3 cordes de l'autre.
Ces 3 cordes du haut s'appellent
par conséquent les basses…en guitare "classique" !
En guitare "sommaire"
on ne les appelle pas : on les ignore !
La grosse difficulté de la
guitare sommaire est d'éviter de toucher à ces cordes du haut qu'on appelle
"les basses."
Pour ce : ne tripotons pas la
guitare avec tous les doigts...Servons nous uniquement du pouce...
Comme son nom l'indique
"Pouce" ça ne compte pas. Pouce, c'est pour rire : Ah ! Ah ! Ah ! Ah
!... »
C'est un saucisson de ch'val
Un saucisson que de ch'val
Que je viens de faire à ch'val
C'est une chanson de saillies
- Ah ! chanson de saillies de ch'val
Moi qui suis esthète de ch'val
Ah je trouve ça beau de ch'val
Génial admirable de lapin »
Et dans un registre totally
different, découvrez ce qui suit : http://perso.magic.fr/ormerry/boby/chansons/grimace.html
Et la maman des poissons, elle
est bien gentille.





