12 janvier 2009
Rognez l’Os !
Le 13 mai 1938 naissait en France un hebdomadaire dénommé L’Os à Moelle. Pourquoi le rédacteur en chef, le remarquable Pierre Dac, a-t-il choisi ce titre ?
Laissons-le s’expliquer :
« Au temps des Gaulois, le fameux gui qu'adoraient ces derniers
n'était autre que l'os à moelle qui, à l'époque, n'était pas encore
passé du règne végétal au règne minéral: les campagnes celtes
verdissaient à l'ombre des ossamoelliers, au pied desquels les comiques
en vogue chantaient leurs plus désopilants refrains dont l'un des plus
célèbres, "Le druide a perdu son dolmen", est parvenu jusqu'à nous.
Voilà pourquoi, amis lecteurs, nous avons choisi ce titre: "L'Os à
Moelle"! Nous tâcherons de nous en montrer dignes et de le maintenir
sur le chemin du sourire et de la saine plaisanterie; nous éviterons
évidemment toute bifurcation politique, car nous voulons bien être
loufoques mais pas fous. »
Etrangement, cette profession de foi prudente me rappelle un blog un
peu particulier. D’autant plus que la ligne éditoriale du dit
hebdomadaire était ainsi résumée par le rédac’chef :
« Tout ce qui est d’un ordre général tout en restant particulier est nôtre ».
A la une des 109 numéros de ce journal – dont le premier fut vendu à
400 000 exemplaires en une semaine – trônait : « L’Os à Moelle, organe
officiel des loufoques ». La ligne de conduite des dits loufoques était
la suivante :
« Les loufoques se comportent, parlent, pensent autrement que le reste
des hommes et se regroupent pour fuir pendant quelques heures les
ennuis de l’existence, les petits comme les grands. »
Dans chacun des numéros, un résumé de la semaine écoulée, intitulé « Drol’ de s’maine » et rédigé par Redis-le Moelleux, permettait un retour décalé sur l’actualité. Des décrets-lois, édictés par un gouvernement aux portefeuilles tels le ministère des bas et chaussettes ou celui du bœuf en daube, décidaient par exemple qu’on ne travaillerait plus désormais le lendemain des jours de repos, mais, à titre de compensation, on se reposerait la veille.
J’arrête là les coïncidences, ou les plagiats par anticipation, en
citant ce mot de Pierre Dac dans le second exemplaire du journal :
« Pourquoi notre second numéro porte-t-il le chiffre 2 ? En tant
qu’organe des loufoques, ce deuxième numéro eût dû normalement être
numéroté 42 ou 126. »
Au bout de 109 numéros, le journal cessa de paraître le 7 juin 1940,
une semaine avant l’arrivée des Allemands à Paris. Cela était plus
prudent : le journal ayant largement brocardé aussi bien Hitler que
Mussolini, il valait mieux que Pierre Dac, né André Isaac, prît le
maquis. Après moultes péripéties, il rejoint Londres et devient
l'humoriste des émissions en français de Radio Londres à partir de
1943. Interrogé après la guerre sur cette disparition forcée de L’Os à
Moelle, il eut cette belle phrase :
« Il est bien connu que l’os à moelle se décompose au contact du vert-de-gris… »
Je finirai en plaçant en exergue, pour vous inciter à un petit jeu, une rubrique permanente du journal, les offres d’emplois.
Cette rubrique, souvent alimentée par Pierre Dac lui-même, l’était aussi, entre autres, par un jeune poète de 17 ans, tellement idolâtre du maître et tellement timide qu’il passait pour déposer ses billets sans jamais oser frapper à sa porte pour se présenter. Il se rattrapera, après avoir lié connaissance en 1949 : ce jeune homme s’appelait Francis Blanche…
Quelques exemples, parmi les plus fameux, de ces offres d’emplois :
- On demande cheval sérieux connaissant bien Paris pour faire livraisons seul ;
- On demande sonneur de cloches, ayant notions menuiserie, pour déménagement à la cloche de bois ;
- Importante compagnie d’autobus demande messieurs chauves pour servir de rétroviseurs ;
- On demande espions doubles, atteints de strabisme divergent, pour observer les deux côtés de la frontière.
28 septembre 2008
211 idées
Récemment, j'ai lu une méthode infaillible pour rédiger une critique de livre. Très modestement, je vais essayer d’appliquer les judicieux conseils prodigués.
1) Tout d’abord, choisir avec précaution l’œuvre qu’on va critiquer. C’est un point crucial : il faut que ce soit quelque chose de connu mais en même temps que personne n’a jamais lu.
J'ai choisi le succulent ouvrage dont je vous ai déjà parlé, 211 idées pour devenir un garçon génial de Tom Cutler. Fils d’une sexologue et d’un ancien moine dominicain, Tom Cutler d’adresse aux mâles entre 7 et 77 ans, dans un ouvrage dont le mode d’emploi est le suivant : « s’affaler dans un coin et, après avoir jeté un coup d’œil inquiet tout autour, tel un homme en quête d’une petite brèche dans la paroi d’un réacteur nucléaire, se grouiller de se faire décontaminer. »
2) Une fois la lecture terminée vient le moment de la rédaction de la critique.
Le style est délicieusement british, comme en atteste cet extrait de « Comment se remettre d’une gueule de bois » :
« L’art d’être complètement ivre, aussi passionnant soit-il, n’est
pourtant pas aussi intéressant que l’étude de la gueule de bois, cet
état de post-ébriété où l’on se réveille le lendemain matin dans un
lieu parfois inconnu, avec une tête de hérisson congelé, du papier de
verre à la place de la langue et l’impression qu’un lutteur de sumo a
passé la nuit à vous broyer le crâne, les pouces enfoncés dans vos
globes oculaires. »
3) Un choix proposé est de balancer tes idées pêle-mêle, comme elles viennent, en parlant de ton grand-oncle Marinette.
Je conseille vivement aux mâles célibataires de se procurer ce livre, s'ils veulent choper sans coup férir (les chapitres « Comment impressionner une femme avec trois francs six sous », « Comment avoir l'air plus intelligent que vous ne l'êtes » et « Comment faire son intéressant avec un brin d'herbe » sont à connaître par cœur pour cela) et aux femmes de l'offrir à votre compagnon, en les invitant à lire « Le jeu du chou de Bruxelles », « Préparer de la limonade au gingembre dans sa salle de bains » ou bien « Comment enlever son slip sans retirer son pantalon », afin de mener votre vie commune vers le nirvana.
C’est ainsi que mon grand-oncle Marinette, malgré l’opprobre lancé par toute la famille après son changement de sexe, a pu refaire sa vie avec Marino et engendrer Marinella, qui danse jusqu’au jour des rumbas d’amour…
Et comme l’explique l’auteur, il y a 211 idées de cet acabit parce que « les chiffres ronds, ça fait tout de suite compliqué. Imaginez que Catch 22 de Joseph Heller, Les 39 marches de John Buchan ou que 8 ½ de Fellini se soient appelés Catch 20, Les 40 marches et 8… Ca tombe un peu à plat, non ? »
18 septembre 2008
4,2 idées, pas plus
A l'occasion de mes 42 ans(1), une bonne âme, résolue à améliorer subtilement mon comportement de gnou mal dégrossi, m'a offert un succulent ouvrage, 211 idées pour devenir un garçon génial de Tom Cutler (aux éditions Marabout).
Dans cet opuscule, on apprend des choses aussi essentielles pour
l'homme moderne que "Comment priser du tabac ?"(2), "Comment choisir la
bonne file d'attente ?" (3), "Comment faire léviter vos boules ?" ou
bien "Jouer aux billes avec des têtards en alu".
Je conseille vivement aux mâles célibataires de se procurer ce livre,
s'ils veulent pécho sans coup férir (les chapitres "Comment
impressionner une femme avec trois francs six sous ?", "Comment avoir
l'air plus intelligent que vous ne l'êtes?" et "Comment faire son
intéressant avec un brin d'herbe ?" sont à connaître par coeur pour
cela) et aux femmes de l'offrir à votre compagnon, en les invitant à
lire "Le jeu du chou de Bruxelles", "¨Préparer de la limonade au
gingembre dans sa salle de bains" ou bien "Comment enlever son slip
sans retirer son pantalon ?", afin de mener votre vie commune vers le
nirvana.
--
(1) je ne manque jamais de le rappeler. Je sais, c'est lourd, mais ça durera encore dix mois.
(2)avec la description pointue de "la double narine du priseur de
tabac", caractérisée par la présence de "deux hérissons de la taille
d'une guêpe dans le nez".
(3)c'est simple : il faut déterminer le SFF, qui comme chacun le sait
se calcule ainsi : SFF=(AMF*NMA/1000)+QPV. Pour les détails, achetez le
livre, diantre !
06 mai 2008
Speak for England
Un livre sympathique et plein d'humour que vous fait découvrir Mezcal, ci-dessous!
---
2004, juste avant Noël : Brian Marley, obscur et veule professeur d’anglais à la London English School de Piccadilly, âgé de 43 ans, est devenu en quelques semaines un héros et un millionnaire. Mais cela ne lui servira à rien : il est tout proche de la mort.
Dernier participant d’un jeu télévisé doté d’un prix de deux millions
de livres, « Une jungle d’enfer » (du genre « Koh-Lanta » en plus
trash) qui se déroule sur une île de Papouasie-Nouvelle Guinée, il a vu
les deux hélicoptères venus le chercher se crasher, les quelques
survivants se faire dévorer par les crocodiles. Dans la panique, il a
perdu sa balise radio et, sans ration de survie ni eau potable, au
milieu d’une jungle hostile et boueuse, il n’en a plus pour longtemps.
Il est en train de prendre ses dernières dispositions lorsqu’il est
assommé par… une balle de cricket.
C’est ainsi que commence Speak for England de James Hawes, dont le
titre français Pour le meilleur et pour l’Empire, s’il mériterait de
figurer au florilège du «jeu de mots bêtes show», traduit moins bien
l’ironie douce et féroce à la fois du livre (1).
James Hawes, titulaire d’un doctorat en philosophie de l’université de
Londres sur Nietzsche et Kafka, nous parle en effet de l’Angleterre et
fustige ceux qui s’arrogent le droit de parler en son nom sans se
soucier du sort de ses habitants.
Revenons à notre « héros ». Le choc de la balle de cricket marque son
premier contact brutal avec une étrange colonie, méconnue de tous
depuis plus de 45 ans.
En effet, en février 1958, un avion de ligne anglais, transportant
clandestinement du matériel nucléaire, est abattu par un avion de
chasse soviétique, au-dessus de l’île en question. Quelques survivants
s’extraient des ruines de l’avion et, sous la direction d’une vieille
baderne (qui ne s’appelle pas Powell, mais Quartermain), bâtissent les
fondations d’une colonie nostalgique de l’Angleterre et de ses
traditions. Des enfants sont nés, ont grandi, ont eux-mêmes procréé,
mais le temps s’est arrêté. La vieille baderne, proclamé Directeur,
étant en effet persuadé que l’attaque du Mig 19 contre leur avion était
le premier acte d’une guerre nucléaire entre le camp du Bien, mené par
l’Angleterre, et les Rouges, a veillé au strict respect de ce qu’il
considère comme les vertus de la tradition british et entretenu
l’inquiétude et l’espoir sur le sort de la bonne vieille patrie.
La première partie du livre nous montre en parallèle
l’incommunicabilité loufoque entre cet Anglais contemporain et ces
survivants figés dans le passé, ainsi que le cynisme et la bêtise des
medias et des gouvernants anglais.
Les bouleversements connus en Angleterre en 45 ans sidèrent et
déstabilisant le Directeur : s’il se réjouit que les adolescents
continuent à dévorer Le Seigneur des anneaux, s’enthousiasme en
apprenant que le XV de la Rose bat régulièrement les All Blacks et les
Springboks et a même remporté une Coupe du Monde, accepte avec
fatalisme que les Australiens gagnent chaque année leur match de
cricket traditionnel contre l’Angleterre, certaines nouvelles le
révulsent. Un incident manque même d’éclater, lorsqu’il accuse Marley
de vouloir démoraliser « ses » jeunes en annonçant que le gouvernement
travailliste (les travaillistes étant pour lui les ennemis, alliés des
Soviétiques) de Tony Blair déteste les syndicats et n’impose les riches
qu’à 40% maximum…
Et là, on touche à l’autre sujet développé en filigrane par ce livre.
James Hawes, né en 1960, décrit la lente désespérance des Anglais
modestes de cette génération, nés à une époque de solidarité nationale,
de valorisation du service public, cette génération dont l’ambition
était une vie digne et le rêve le plus fou un petit appartement pas
très loin de la BBC. Cette génération, qui a vécu les années Thatcher,
la mort de l’industrie, le chômage de masse, la privatisation à
outrance et la guerre contre les Trade Unions se retrouve dans l’état
d’esprit décrit par ce court échange entre le Directeur et Marley :
« - Ecoutez, Marley, les gens ne sont tout de même pas inquiets, bon sang ?
- Ils ne le montrent pas, mais je pense qu’ils le sont, oui. Chacun a
une maison, une télévision, une voiture, et prend l’avion pour aller
passer ses vacances à l’étranger et cætera, seulement nous sommes tous
endettés jusqu’au cou. Nous savons qu’il nous suffirait de trois mois
de chômage pour perdre tout ce que nous possédons, et j’ai parfois
l’impression que tout le monde en est conscient mais que c’est
tellement effrayant qu’on préfère ne pas y penser. »
Les piques dirigées contre Tony Blair, présenté comme un benêt sans
volonté, et ses conseillers, les fameux spin doctors, sont acérées et
traduisent le sentiment profond de trahison éprouvé par l’auteur.
La seconde partie du livre s’ouvre par la découverte, assez
miraculeuse, de cette colonie oubliée, l’opération de sauvetage, avec
la présence du Premier ministre lui-même, le déchaînement médiatique et
le rapatriement de tout ce beau monde en Angleterre.
Je ne dévoilerai pas la suite, mais sachez qu’un basculement s’opère
alors vers une histoire encore plus absurde, mais aussi plutôt
inquiétante, et que l’ironie devient encore plus féroce, voire grave.
Et il n’y a pas de happy end, Brian Marley se retrouvant à la fin du
livre, dans une situation… embarrassante.
Si l’édteur français exagère un peu en plaçant cet ouvrage dans la
filiation du Monty Python’s Flying Circus, il ménage de bons moments de
plaisir, de rigolade et de réflexion. Mais surtout il provoque la
sympathie pour les Anglais des classes modestes et moyennes.
Tenez, même moi, si par hasard je me retrouve dans un stade de rugby et
que je vois Wilkinson crucifier le XV de France par un drop, après une
série de «pick and go» à 2 à l’heure du pack anglais, peut-être que
j’entonnerai Swing low, sweet chariot avec les Rosbifs et que j’irai
ensuite boire des pintes avec eux.
Pour vous dire…
--
(1) je pense d’ailleurs que celles et ceux qui maîtrisent
bien la langue anglaise ont tout intérêt à se procurer ce livre en
version originale. Edition anglaise : Jonathan Cape, 2005. Edition
française : Editions de l’Olivier, 2007.
05 avril 2008
H2G2 radio vf (non sous-titrée)
Au début de la création était le son (oui certains essayent de faire croire que c’était le verbe mais n’adhérez pas à leur religion !) autrement dit la voix sans l’image, cette dernière étant arrivée bien après le livre (quoique c’est inexact mais qu’importe), donc la voix est le commencement à…
La vie, l’univers et le reste…
Ou plus exactement à H2G2, de « The Hitchhiker’s Guide to the Galaxy » (« le guide du voyageur galactique »), œuvre culte de l’auteur anglais Douglas Adams.
Reprenons donc.
Le guide du voyageur galactique est né sur les ondes de Radio 4 en mars 1978 sur la BBC.
En réalité le guide est d’abord né dans l’imagination de Douglas Adams.
Celui-ci a 19 ans, nous sommes en 1971 et il voyage en stop à travers l’Europe avec un guide du routard et, face aux déboires des voyages et de la sympathie des autochtones, il s’imaginerait bien prendre l’air ailleurs et pourquoi pas dans l’espace avec un bon guide.
Quelques années plus tard, alors qu’il galère et se voit déjà comme un écrivain raté sans le sou, il propose une comédie télé de science fiction mais finalement la BBC lui propose d’en faire une série radio.
Pour les fans d’H2G2, la série radio reste la meilleure adaptation de l’histoire délirante du guide du voyageur galactique, tant par la qualité du texte, les acteurs, les bruitages et l'environnement sonore.
Douglas Adams écrit les épisodes au fur et à mesure et souvent au dernier moment sans penser à la suite.
A la fin du 6eme épisode, pensant que c’était la fin, il fait mourir trois de ses personnages (1)
Mais la BBC lui commande de nouveaux épisodes de 1978 à 1980, 12 épisodes seront diffusés au total sur ces deux années sur les ondes de la radio anglaise avec un succès fort surprenant.
Parallèlement des éditeurs le contactent pour qu’il transpose la série en livre, le premier tome sortira en 1979.
H2G2 prendra diverses formes ensuite : série télé en 81 sans moyens financiers, 33 tours en 82, jeu vidéo en 84 dont la BBC a lancé en ligne une nouvelle version jouable(2), disque de jazz en 90, BD en 93, guide illustré en 94, nouvelles séries radio en 2004, film en 2005 et plusieurs adaptations au théâtre durant toutes ces années.
Ce qui est intéressant dans les différentes version du guide, c’est qu’elles ne sont pas des copies conformes de la série radio initiale et que chacune adapte sous l’œil acéré de l’auteur le scénario avec plus ou moins de libertés. Ceux qui ont vu le film et lu les livres s’en sont bien rendu compte.
Douglas Adams dit lui-même que : « L'histoire de H2G2 est à présent si compliquée que chaque fois que je la raconte, je me contredis moi-même. Et les rares fois où je réussis à m'en sortir, on reproduit mal mes propos. »
Pour ceux qui, comme moi, sont doués en anglais comme des moutons électriques (il n’y a pas que les vaches folles dans la vie) ne pas pouvoir se régaler de la série initiale radio est un handicap très sérieux pour peu qu’on aime l’univers absurde de Douglas Adams, les autres peuvent continuer à regarder passer les trains.
Alors j’ai foncé tête baissée comme un taureau en rut (il n’y a pas que
les vaches …) sur une adaptation française des 12 épisodes réalisée par
un fan de Douglas Adams qui a été diffusée à partir de novembre 1995
sur une radio brestoise, Fréquence Mutine.
Six mois de travail de traduction, six mois de studio, trois cent
effets sonores, et une quinzaine de comédiens, de nombreuses galères et
des moyens limités (un budget de moins de 20 000 francs) pour cette
production française amateur (3) dont je vous invite à découvrir
ci-dessous les premiers épisodes, la suite devant être mise
prochainement sur son forum (4). Au dire de l'auteur le premier épisode
n'est pas réussit faute de temps et d'expérience, donc persévérez en
écoutant le deuxième si vous n'accrochez pas au premier.
Vous trouverez les 4 premiers épisodes (pour l'instant) ici
(1) Zaphod, Marvin et Trillian
(2) http://www.bbc.co.uk/radio4/hitchhikers/game.shtml
(3) plus d'informations ici : http://www.voyageurgalactique.com/serieradiofr.html
(4) forum du site du voyageur galactique : http://www.voyageurgalactique.com/
http://nbotti.free.fr/phpBB2/viewforum.php?f=3&sid=6dc60e060a3e0268b5a6d1596ed2e2da
Merci à ce site pour toutes les informations qu’on peut y trouver.
14 mars 2008
Philosophie et alcoolisme
Ah la philosophie, « l’amour de la sagesse » tant célébré ! Les amateurs de cette science humaine prennent systématiquement un air docte et se grattent la barbiche (même si ils ou elles n’en ont pas) dès que le sujet est abordé.
Mais je vais vous faire une révélation essentielle : tous les grands philosophes ont été de gais lurons et des fêtards, voire souvent de parfaits poivrots.
Prenons Confucius par exemple. La légende nous rapporte que sa vocation lui est née après une rencontre avec Lao Zi, le père du taoïsme, et qu’il fut tellement « impressionné » qu’il n’arriva plus à parler pendant trois jours, ou un mois selon les versions. A part l’alcool de riz à forte dose, vous connaissez quelque chose qui produit cet effet ?
Aristote et ses péripatéticiens déambulaient en racontant des conneries d’ivrognes pour tenter de prendre l’air et décuiter un peu. Le titre Le Banquet de Platon est une traduction dénaturée de Tò sumpósion, qui désigne une beuverie. Le livre commence d’ailleurs ainsi et retranscrit les discours avinés des convives.
Si on se rappelle aussi de Diogène, qui vivait comme un clodo dans son tonneau, avec sa bouteille de mauvais pinard en permanence à la bouche, la picole n’était pas l’apanage des Grecs. Lucrèce ne dédaignait jamais de dépuceler une bouteille ou de lutiner une gueuse. Ou l’inverse…
Averroès, gagné par la frénésie andalouse, se convertit au vin espagnol, lourd et explosif. On ne le dira jamais assez, mais ce fut la principale raison de sa condamnation pour hérésie par ces pisse-froid d’ouléma…
N’en déplaise à Dantec qui s’est découvert une trouble fascination pour lui, Duns Scot, comme tout bon Irlandais, goûtait sans vergogne aux vertus du uisce beatha (nom gaélique du whisky) et donnait ses cours de scolastique dans les distilleries.
Les exemples abondent à travers les siècles : de Spinoza, qui ajoutait à son goût pour la sodomie (1) un penchant avéré pour la dive bouteille, à Sartre, aussi célèbre pour ses cuites au rhum à la terrasse du Flore que pour ses apéros au blanc limé avec les OS de chez Renault dans les troquets de Billancourt.
Mais ces aspects de l’histoire de la philosophie ont été volontairement occultés, afin que les « penseurs » actuels puissent prendre la pose et se gratter la barbiche.
En fait, seuls les sages du département de philosophie du Wooloomooloo (Queensland) osent assumer ce glorieux héritage (2) :
http://fr.youtube.com/watch?v=eqgnExSiS0s
--
(1) je ne saurais trop conseiller la trilogie de Jean-Bernard Pouy : Spinoza encule Hegel, A sec !, Avec une poignée de sable.
(2) ne me dites pas que vous ne m’aviez pas vu venir…
10 mars 2008
Les 11 000 verges ou l’érotisme absurde
« Ci-gît le prince Vibescu
Unique amant des onze mille verges
Mieux vaudrait, passant ! sois-en convaincu
Dépuceler les onze mille vierges. »
Dans la plaine mandchoue, ces vers sont gravés sur le socle d’une statue, dont personne ne sait réellement pourquoi elle est là.
Ainsi finit « Les onze mille verges », livre qu’Apollinaire publia sous un pseudonyme en 1907, par peur du scandale. Pourquoi ce livre, qui décrit des scènes horribles de sadisme, de nécrophilie, de zoophilie, de coprophagie et autres, se lit-il en se bidonnant ?
D’abord il y a ce qui ne se trouve pas chez Sade : le style. Celui-ci est enlevé, drôlatique, parsemé de digressions poétiques, comme un passage étymologique sur les testicules et la mentule, cela pendant une scène de fornication.
D’autre part, il y a le surréalisme des scènes, alors que Sade se contente d’une description clinique. Exemple, toujours dans la scène de sexe évoquée plus haut, le dialogue pendant l’acte entre le héros, Mony, et Hélène, une institutrice.
Mais ce qui distingue « Les onze mille verges » des autres ouvrages du genre (à part peut-être « La philosophie dans le boudoir »), c’est son absurdité manifeste.
L’histoire en elle-même est absurde : pour avoir fait le serment suivant à une jeune femme « Si je vous tenais dans mon lit, vingt fois de suite je vous prouverais ma passion. Que les onze mille vierges ou même onze mille verges me châtient si je mens ! » et ne pas l’avoir honoré, le prince Vibescu se lance dans un périple qui finira par sa mort, due à 11 000 coups de verge assénés par des soldats japonais. Cette pérégrination l’amènera de Paris en Mandchourie, en passant par Bucarest et Moscou.
L’absurdité des situations se retrouve dans plusieurs passages : la façon dont le héros, se préparant à un rendez-vous, « sollicite » successivement son masseur, son coiffeur et son pédicure-manucure ; l’enchaînement fatal qui amène à un double assassinat effroyable dans une cabine de l’Orient-Express, enchaînement motivé par le souhait de faire l’amour pendant le passage de la frontière entre la France et l’Allemagne ; les conditions de la double exécution de l’Allemand Egon Müller et de son ancienne maîtresse, la Japonaise Kyliému…
Conclusion du livre, la réalisation et l’érection par le sculpteur Genmolay (petit clin d’œil au baron Jean Mollet, ami d’Apollinaire et d’Alfred Jarry et futur fondateur du Collège de ‘Pataphysique) de la statue citée en exergue de ce post, sont placées sous le signe d’un absurde macabre.
Vous comprendrez en lisant tous ces passages pourquoi je n’ai fait aucune citation.
18 janvier 2008
Le polar social
De nombreux auteurs de romans noirs distillent, en filigrane de
l’aventure ou de l’énigme sujet de leur œuvre, une critique de la
société dans laquelle ils vivent. On peut attribuer la parenté de cette
approche à Dashiell Hammett et «La moisson rouge» (c’est du moins ce
qu’indique un grand historien du polar, lui-même militant du mouvement
social, Claude Mesplède).
Outre l’enquête policière, Hammett pointe du
doigt dans ce livre les liens sulfureux entre la pègre organisée et les
politiciens. Nombre de romans noirs publiés aux Etats-Unis depuis ont
suivi cette voie détournée pour formuler une critique sociale souvent
acerbe.
Pourquoi passer par ce biais ? Eh bien, la liberté d’expression aux
Etats-Unis n’a jamais été réellement celle normalement garantie par la
Constitution (voir, pour les passionnés de l’histoire de ce pays,
l’épais livre d’Howard Zinn, «Histoire populaire des Etats-Unis»).
La
critique sociale n’est pas forcément très bien vue là-bas ; pour simple
exemple, nombre d’auteurs de romans noirs furent inquiétés au moment du
maccarthysme pour des sympathies réelles ou inventées avec le parti
communiste. En tout état de cause, cette tendance qu’a initiée Hammett
a perduré, et se retrouve, pour ne citer que quelques noms, chez Edward
Bunker, Harry Crews, George Chesbro, voire James Ellroy et Dennis
Lehane.
D’autres pays sont concernés, et je relèverai simplement Paco Ignacio Taïbo II, par ailleurs auteur d’une belle biographie de Che Guevara, dont les aventures du détective Hector Beloscoaran Shayne décrivent le pourrissement de la société mexicaine, Qiu Xiaolong qui s’attaque à la Chine « communisto-libérale », Yasmina Khadra aux jeux de dupes d’une société algérienne gangrenée, Analdur Indridasson à la sourde désagrégation des rapports sociaux en Islande.
En France, le genre est bien installé, parfois même il peut paraître comme un passage obligé pour être reconnu. Didier Daeninckx ou Thierry Jonquet s’en sont fait une spécialité, mais j’avoue que je ne lis plus trop leurs productions, un peu lassé qu’ils tournent en rond. Maurice G. Dantec s’est érigé lui-même comme un grand analyste politique, avec de belles réussites («Babylon Babies») ou des développements nauséabonds («Villa Vortex»). J’avoue préférer les charges plus légères et plus subtiles, qu’on retrouve par petites touches qui font mouche, chez Jean-Patrick Manchette, Jean-Bernard Pouy, Frédéric H.Fajardie et dans les bonnes productions de la collection «Le Poulpe».
Trois romans que je vous conseillerais pour illustrer mon propos ? Les aventures de Griffu, de Manchette, illustrées par Tardi. «La Cité des jarres» d’Indridasson. Et «Le Seigneur des glaces et de la solitude» de Chesbro.
30 décembre 2007
Le pays des malices
Pourquoi, plus de cent quarante ans après sa publication, Alice au pays des merveilles, du Révérend Charles Lutwidge Dodgson, plus connu sous son nom de plume Lewis Carroll, fascine-t-il encore tant d’adeptes ( Marilyn Manson compris ) ? Pourquoi cette œuvre, et sa suite De l’autre côté du miroir ont-ils fourni une inspiration inépuisable aussi bien à Breton, Artaud, Péret que Jarry ou Joyce ? Pourquoi, enfin, Lewis Carroll mérite-t-il de figurer au panthéon de l'absurde ?
Le mythe de la création de l’œuvre vaut déjà le détour : le 4 juillet 1862, Lewis Carroll, alors professeur à Christ Church, un des collèges d’Oxford, emmène les trois filles du doyen de cet établissement, M. Liddell, pour une balade en barque sur la Tamise. Sa préférée est Alice, alors âgée de dix ans. Ils s’arrêtent pour prendre le thé sur les bords de l’eau et Lewis Carroll, très inspiré, raconte les histoires qui donneront plus tard Alice au pays des merveilles. Quand ils rentrent, tard dans la soirée, Alice demande "Oh ! Mr. Dodgson, j’aimerais tant que vous écriviez pour moi les Aventures d’Alice ". Lewis Carroll invite les petites filles à venir chez lui pour leur montrer des photographies, et ce n’est qu’à neuf heures du soir qu’il les ramène chez elles.
Cette histoire, qui pourrait être celle d’un détournement pédophile, provoque la rédaction d’un ouvrage totalement décalé, dont Lewis Carroll offrira le premier exemplaire à Alice trois ans plus tard jour pour jour. Laissons la parole à celle-ci pour décrire les contes de son grand ami : « II semblait avoir une réserve inépuisable d’histoires fantastiques, qu’il inventait au fur et à mesure tout en dessinant sans arrêt sur une grande feuille de papier. Ses histoires n’étaient pas toujours complètement inédites. Parfois, il nous donnait une variante d’une histoire déjà racontée, parfois il débutait sur quelque chose que nous connaissions mais, en se développant, l’histoire, fréquemment interrompue, changeait du tout au tout et de façon inattendue. »
L’événement déclencheur de l’excursion en barque a incité Lewis Carroll à coucher sur le papier ces histoires fantastiques, dans lesquelles on retrouve des éléments fantasmagoriques essentiels au merveilleux.
La première caractéristique est l’onirisme : dans les deux histoires d’Alice, au pays des merveilles ou de l’autre côté du miroir, Alice s’endort, rêve puis se réveille. Bien plus qu’un artifice littéraire, cela introduit un décalage permanent entre une présentation rationnelle, logique (le Révérend Dodgson était professeur de mathématiques) des événements et une inversion brusque des comportements des personnages. Le Roi, la Reine, le Lapin ou le chat de Cheshire ne réagissent jamais comme on pourrait s’y attendre, mais systématiquement à l’inverse. Alice, elle-même est une inadaptée : elle est soit trop petite, ou trop grande ; la Reine blanche l’accuse même de vivre à l’envers.
La seconde caractéristique, qui inscrit Lewis Carroll parmi les inspirateurs de notre secteur, c’est un art consommé du nonsense. Le sens des actions, des paroles est détourné, le rêve intervient contre le monde terrestre, les objets (tels les cartes à jouer) sont détournés de leur cadre habituel. Dans la partie de croquet, les maillets sont des flamands vivants, les boules des hérissons et les arceaux des soldats courbés en deux.
Troisième caractéristique : les images court-circuitent la raison. L’exemple le plus flagrant est le sourire du chat de Cheshire, qui flotte dans l’air sans support et pousse, à chacune de ses apparitions, Alice vers de plus en plus d’incompréhension.
Enfin, dernière caractéristique, qui influencera les méthodes de travail des surréalistes : Carroll utilise l’assemblage d’éléments oniriques, d’images sans lien apparent et l’écriture automatique. Comme dit le Chapelier, « Je vois ce que je mange » veut dire la même chose que « Je mange ce que je vois » et c’est bien là une des morales à retenir de l’œuvre.
Mais on n’épuisera jamais les potentialités de ces aventures, inspirées à un austère clergyman par une balade en barque…
«Tout flivoreux vaguaient les borogoves,
Les verchons fourgus bourniflaient. »
(De l’autre côté du miroir)
« De son sexe corail
Ecartant la corolle
Prise au bord du calice
De vertigo Alice
S'enfonce jusqu'à l'os
Au pays des malices
De Lewis Carroll.»
(Variations sur Marilou de Serge Gainsbourg)
02 novembre 2007
Rondibellons ensemble
Non ce n’est pas une invitation au batifolage que je vous lance. Je me roule dans la fange avec qui je veux d’abord et avec une seule personne d’ailleurs.
Il ne s’agit pas non plus de faire des ronds de jambes ou des rondes enfantines. Je ne suis pas assez souple pour la première et j’ai passé l’age pour la seconde.
Ni de bêler à la lune telle une chèvre, je ne le fais plus maintenant que je vis en ville.
Mais alors, mais alors, de quoi s'agit-il?
La rondibelle était une forme de poésie très prisée au XIIe siècle redécouverte par Jean Yanne dans son « Dictionnaire des mots qu'il y a que moi qui les connais » et remise au goût du jour par Gilles Durieux dans son « Anthologie de la poésie rurale ».
Le principe est simple et consiste à faire deux alexandrins dont l'un termine par un prénom féminin et l'autre par le nom d'un plat cuisiné.
Petits exemples :
« Ah qu'elle était jolie la petite Paulette
Savourant lentement ses poireaux vinaigrette. »
« Tous les jeudis midi ma copine Brigitte
File au MacDo du coin pour un hamburger frites. »
« Ce pâté de chevreuil reprends-en si tu l'oses
Tant il sent la caresse des blanches mains de Rose »



