17 juillet 2008
Ab Fab
Absolutely Fabulous, série télé des années 90, drôle et déjantée, méritait une place sur ce blog. Bien que la série ne soit pas nonsense, elle développe des idées et des personnages pour le moins absurdes, en tout cas au moins un…mais nous verrons ça plus tard.
Jennifer Saunders qui est scénariste et comédienne de la série « French
and Saunders » écrit un jour un sketch où elle met en scène une
adolescente sérieuse, ennuyeuse, et une mère déjantée.
De cette scène naîtra en 1992, « Absolutely Fabulous » une série
devenue culte qui connaîtra un succès énorme en Angleterre mais aussi
outre Manche.
La série met en scène Edina Monsoon (jouée par Jennifer Saunders) bouddhiste bobo chef d’entreprise à la dérive et Patsy Stone (Joanna Lumley qui est aussi connue pour sa participation à *Chapeau melon et bottes de cuir*), ex pornstar rock’n’roll chic dont personne ne connait l’âge réel, chroniqueuse de mode. Deux femmes immatures, friquées, alcooliques et toxicomanes qui essaient tant bien que mal de vivre une vie dissolue auprès d’une étudiante boutonneuse, sérieuse, lunetteuse.
Il n’y a pas un épisode où les deux copines d’enfance ne finissent (ou commencent) complètement ivres avec leurs boissons préférées le Bolly Stolly (un cocktail de champagne et de vodka) ou la Veuve & Bourb (champagne et bourbon).
Si le comique de situation, au-delà des cascades dans les escaliers d’Edina complètement ivre, tourne autour des rapports mère fêtarde et fille coincée qui aime discuter génétique appliquée ou militer pour le parti travailliste, et de la haine entre Patsy et Saffy (la fille d’Edina, donc), la richesse des dialogues et des gags ôte toute impression de récurrence à la série qui durera 5 saisons.
Les régimes d’Edina, le refus de s’alimenter de Patsy depuis 1973, les délires pseudo religion new age « Bong-Badou-Bouda-Baaaaannnng » (le mantra qu’Edina récite le matin) sur fond d’encens et de drogue, la course aux soirées people, le tabagisme actif de Patsy qui allume clope après clope (voire plusieurs à la fois), les séances de Botox, autant de sujets où le talent d’écriture et l’humour décapant de Jennifer Saunders s’aiguisent.
D’autres personnages, tout aussi caricaturaux accentuent le côté déjanté de la série.
La mère d’Edina, à moitié sénile et kleptomane, l’ancien mari devenu homosexuel, un autre ancien mari Marshall producteur de film sans succès et son épouse Bo Bo alcoolique et fervente évangéliste, ou encore la seule amie de Saffy surnommée "Titicaca" en souvenir de la fois où Edina lui a brûlé les cheveux avec une bougie, et qui au fur et à mesure des saisons devient de plus en plus psychopathe etc…la liste est longue.
En fait, il y a encore un personnage que je n’ai pas évoqué et qui est pour moi le modèle absolu de la déjantée pop et sans doute le personnage le plus nonsense de la série. Il s’agit de Bubble, l’assistante personnelle d’Edina. Déjà le fait d’avoir une assistante personnelle quand on dirige une société de relations publiques qui ne compte aucune clientèle n’est pas nécessaire, mais avoir une personne telle Bubble comme assistante, ça dépasse l’entendable !
Elle ne sert à rien, elle est stupide, incapable de retenir le nom des objets qu’elle côtoie (ordinateur, télévision, fax etc…) (1) (2) ou de comprendre des concepts de bases (par exemple le fait que l’année commence le 1er janvier) (3). Mais le plus fun est son goût vestimentaire très particulier et coloré. Décalée, folle irréversible, talentueuse plante verte, personnage magnifié par le talent de comédienne de Jane Horrocks. (4)
Il faut dire que la costumière d’Ab Fab, Rebecca Hale, n’y va pas de main morte : entre les tenues surréalistes de Bubble et celles « griffées » d’Edina, boudinée dans des fringues orange psychédélique ou dans un patchwork criard, qui murmure du bout des lèvres le nom de son couturier fétiche: « La-Coua, sweetie ! », toutes les couleurs sont représentées sans exception !
Je ne suis pas particulièrement fan des VO mais il est impossible de ne pas regarder Ab Fab en version originale (sous titrée bien sur) et d’admirer le terrible accent de Bubble.
Je suis complètement accro à cette série et ça n’a bien sûr aucun rapport avec certaines scènes qui sont très proche de certaines fins de soirée à la maison. (5)
It’s so fantastic !
(1) http://www.dailymotion.com/video/x2ygtv_she-has-a-name_fun
(2) http://fr.youtube.com/watch?v=tjd87sXYN4A
(3) http://fr.youtube.com/watch?v=-4n5zHkL4dY
(4) http://www.dailymotion.com/related/4967347/video/x124y6_bubblemoments1_fun
(5) http://www.dailymotion.com/related/1779393/video/x2yh3b_wine_fun
23 février 2008
Le blanc manger, cet inconnu
L’autre jour, alors que je regardais à la télé un passionnant match
de tennis entre un Ecossais et un blanc manger (1), je me suis demandé
brutalement: «Mais, que savons-nous vraiment de notre ami le blanc
manger ? Quels sont ses goûts littéraires ? Que fait-il lorsqu’il
rentre chez lui le soir ? A-t-il un gros sexe ?»
Taraudé par ma soif de connaissances, je me suis jeté sur Gogol et
Kikipedia. Or, à ma grande stupeur, les pages et les pages consacrées à
notre ami le blanc manger restent très superficielles. Si on apprend
qu’il se mélange avec délectation aussi bien avec le coulis de
framboise, le miel ou la noix de coco, rien de plus n’est précisé quant
à cette sexualité visiblement débordante et polymorphe.
Si des photos en gros plan nous dévoilent l’anatomie du blanc manger,
rien n’est dit sur ses créations artistiques, ses rêves, ses chants :

Si on apprend que l’amande et la gélatine se sont penchées sur le
berceau du blanc manger, aucun mot sur son mode exact de reproduction,
la durée de la gestation, les principes de son éducation…
Les documentaires sur le blanc manger sont rares et peu précis (2) : on
découvre son goût irraisonné pour le tennis et son alimentation à base
de tricoteuse écossaise, mais à aucun moment la parole ne lui est
laissée pour défendre sa cause.
Cette censure s’explique : un complot international vise à faire croire
que le blanc manger est en fait un extra-terrestre de la planète
Skyeron, dans la galaxie d’Andromède.
Découvrant cette conspiration, aussi diabolique que celles qui ont
conduit au meurtre de JFK et à l’ascension sournoise de 2008, j’ai
voulu rétablir la vérité.
Et, quelles qu’en soient les conséquences, je me dresse et je crie la vérité :
« Non ! Le blanc manger n’est pas un extra-terrestre ! C’est une fonction continue dérivable en aucun point ! (3) »

Il fallait que cela soit dit ! La prochaine fois, je vous apprendrai à faire des équations différentielles avec des huîtres.
--
(1) pour la retransmission de ce match : http://fr.youtube.com/watch?v=UMCNltgrs1U&feature=related.
(2) les deux premières partie du document de la BBC déjà cité :
http://fr.youtube.com/watch?v=L1sYgknWGSA&feature=related
http://fr.youtube.com/watch?v=ljCQeqFouVU&feature=related
(3) http://www.mathcurve.com/fractals/blancmanger/blancmanger.shtml
23 juin 2007
Twin Peaks une série pas comme les autres ?
Twin Peaks c’est une série écrite par David Lynch et Mark Frost et qui
sera diffusée en 2 saisons en 1990 et 1991 aux Etats-Unis. La version
française ne se fera pas attendre puisqu’une première diffusion a lieu
sur la 5 en 1991, ensuite sur Canal Jimmy en 1994 et puis sur Série
Club en VO sous-titrée en 1997.
Les 29 épisodes sont disponibles en coffret cassettes vidéo (je les ai,
je les ai, je les ai !!!) et le pilote (épisode 0) n’est passé qu’à la
télé (mais je l’ai aussi, je l’ai aussi…). Une version différente du
pilote est commercialisée "Qui a tué Laura Palmer ?" (je ne l’ai pas,
je ne l’ai pas…je l’ai jamais vue).
Bien qu’on attribue souvent la série complète à Lynch, il n’en a
réalisé que six (le pilote, le 3e, le 9e, le 10e, le 15e et le dernier,
le 30e, qui est un épisode très lynchéen).
David Lynch réalise en 92 le film Twin Peaks, « Fire Walk With Me » suite à l’arrêt de la série (baisse d’audience), mise à part une actrice, tous les acteurs sont les mêmes que dans la série mais beaucoup de scènes coupées au montage font que certains d’entre eux n’apparaissent pas dans le film. Mis à part quelques éléments, je ne trouve pas que le film apporte beaucoup de réponses aux nombreuses énigmes de la série.
A quand la version DVD de la série? Oui, à quand ? Moi aussi je voudrais bien savoir…
Twin Peaks est une petite ville tranquille (51 201 habitants
précisément) située à la frontière canadienne dans l'état de Washington.
Un horrible meurtre a lieu, une pauvre jeune fille est tuée (Laura
Palmer) et la série tourne plus au moins autour de ce meurtre, de sa
résolution et de ses nombreux mystères.
Scénar classique me diriez-vous ? Mais pourtant non, rien de classique dans Twin Peaks.
Ni les personnages réels comme par exemple:
- l’agent du FBI Dale Cooper (Kyle MacLachlan) dont le talent froid de
déduction flirte avec sa passion pour le Tibet et ses rêves plus que
curieux ainsi que ses pensées qu’il raconte à son dictaphone (Diane, sa
secrétaire, est-elle réelle ou virtuelle, on ne le saura pas) et les
gâteaux qu’il mange sans arrêt.
- Margaret, la femme à la bûche, veuve d’un bûcheron qui a péri dans
les flammes et dont la bûche fera des révélations importantes ; elle
aime bien manger du chewing-gum et le cracher ensuite n’importe où.
- Le Dr Lawrence Jacoby, psy en tenues hawaiiennes, aux tours de magies
douteux et aux lunettes bicolores (pour équilibrer les 2 parties de son
cerveau).
- Richard Tremayne, un snob idiot sans intérêt mais qui se fait à
moitié manger le nez par un furet (scène que j’apprécie
particulièrement).
- Nadine Hurley, la femme au bandeau qui, après une passion sans mesure
pour les tringles à rideaux, grillera un plomb et se transformera en
ado douée d’une force titanesque.
- Andy Brennan, adjoint du shérif émotif qui ne peut s’empêcher de pleurer ou de tirer n’importe quand.
- Ben Horne, entrepreneur de la ville qui se prendra pour le général
Lee pendant quelques épisodes et revivra la guerre de Sécession avec
des petits soldats en plomb.
- Le Major Briggs qui ne voit pas que des extra-terrestres dans la forêt…
- Lynch jouera même un petit rôle (Gordon Cole), celui du supérieur FBI
de Dale Cooper, qui est quasi complètement sourd (sauf qu’il entend une
seule personne, la charmante Shelly).
Etc…tous les personnages ne sont pas tout à fait nets.
Ni les personnages de « l’autre coté » : Bob (le méchant tueur), Mike (son ami mais moins méchant, qui s’est coupé le bras) le géant, le nain, les Tremond (grand-mère et fils) qui donne à la série son côté mystérieux ce qui la fera devenir une série culte pour tous les amateurs d’étrangeries (j’ai fait exprès), de mystiquerie (encore fait exprès), d’astrolonesquerie (héhéhé bon j’arrête).
Ni les mystères qui parsèment la « banale » enquête policière, comme la Chambre Rouge (dans les visions de Cooper), comme Waldo le perroquet témoin du meurtre, comme l’importance des hiboux, comme la mythologie autour de Glastonberry Grove et des loges (la Black Lodge et la White Lodge), comme les mains droites qui tremblent etc…
Ni les mini scènes absurdes :
- « invitation à l’amour » soap merdique que tout le monde regarde à Twin Peaks.
- des animaux qui apparaissent dans l’hôtel, à n’importe quel moment.
- des personnages qui dansent, qui sautent à la corde ou sont au
comptoir habillés tous pareil sans lien avec l’histoire. Et il y en a
tant d’autres…
Ni quelques phrases clés :
"Les hiboux ne sont pas ce que l'on pense"
"J'ai une âme solitaire".
"Il y a un homme dans un grand sac souriant"
« Les chewing-gums que vous aimez tant vont redevenir à la mode »
Ni, Ni, Ni…
Bref, à voir et à revoir, je me fais régulièrement ma dose…et je vous conseille d’en faire autant, si vous pouvez vous les procurer.
« Au travers des ténèbres d'un passé en devenir,
Le Magicien s'efforce de voir
Une porte de sortie qui ouvre sur l'Autre Monde
Le Feu Marche Avec Moi »
Un seul lien mais vous y trouverez TOUT : Twin Peaks
12 juin 2007
Jamais au grand jamais
Devant vous s’avance une énigme.
Comment un enfant perturbé par le divorce de ses parents, puis par le décès de
son père, comment cet adulte hyper anxieux, toujours à la limite de la
dépression, peut-il autant nous faire rire ? Comment un acteur tellement
coincé qu’il a besoin de la présence de sa femme sur le plateau pour pouvoir
tourner une scène d’amour fait-il pour se lancer dans de telles improvisations
délirantes ?
Benoît Poelvoorde ne se destinait pas à être acteur. Il voulait plutôt travailler dans la pub, il a été illustrateur et dessinateur pour enfants. C’est le hasard des rencontres qui l’a poussé vers le théâtre puis le cinéma.
Comme beaucoup, j’ai découvert Poelvoorde grâce à un uppercut au foie : « C’est arrivé près de chez vous ». Le monde est noir, il est absurde : les tueurs exécutent hommes, femmes, enfants, vieillards dans une quasi-impunité. Les équipes de télé-réalité se roulent dans la fange, jusqu’à participer à un viol et un massacre collectifs. Et au milieu de tout çà, Poelvoorde disserte, improvise, grandiloque au long d’une route sanglante et dépourvue de sens, jusqu’à une fin sans morale. Bukovski+Kafka+Easton Ellis…
Mais c’est avec le personnage de Monsieur Manatane qu’il atteint les sommets. Inspirés par les conseils de savoir-vivre de Nadine de Rotschild, lui et son équipe inventent ce personnage mondain, cynique et méprisant. De purs moments R42 parsèment « Les carnets de Monsieur Manatane ». Citons-en quelques-uns :
- « Le viking », où tout le monde, dans une famille, porte en permanence le casque viking, même le chien : habile clin d’œil à « Spam, spam, spam,… » des Monty Pythons ;
- « La Bosnie », où Monsieur Manatane joue à un jeu vidéo en temps réel consistant à descendre la population de Sarajevo ;
- « KKK », où les cagoulards constituent un orchestre de jazz, musique noire à l’origine ;
- « le festival de Cannes », totalement improvisé, qui décrit une soirée trop arrosée au Martinez qui tourne mal.
La série « Jamais au grand jamais » va encore plus loin. Monsieur Manatane indique comment réagir avec distinction lorsque vous êtes placé dans des situations absurdes ou à votre défaveur. « Il ne faut jamais au grand jamais présenter ses excuses ! » est le leitmotiv de tous les épisodes. Bien au contraire, il faut vite trouver une explication retournant la situation à votre avantage.
En apportant des réponses à de nombreuses questions existentielles (vous les découvrirez dans le coffret 3 DVD que Canal Plus Vidéos a sorti, que ne saurais trop vous conseiller), Poelvoorde rejoint Montaigne...
Voici un de ces conseils judicieux. Après des mois d’approche, vous avez réussi à inviter l’objet de votre flamme chez vous. Quelle gêne lorsqu’elle découvre, négligemment accroché au plateau de l’apéritif, un slip kangourou plutôt merdeux. Plutôt que se confondre en excuses et passer alors pour un gros dégueulasse, esclaffez-vous bruyamment, en disant : « Ah, mais c’est Bob qui l’a oublié l’autre jour ! Bob ! Bob de Niro ! ». Vous impressionnerez alors la donzelle par vos relations et nul doute qu’elle succombera à vos avances.
Quelques exemples de situations auxquelles nous avons tous été confrontés :
- Vous recevez un homme d’église, et alors qu’il est assis les jambes écartées, vous voyez ses c* sous sa soutane.
- Vous êtes surpris, lors d’un anniversaire, à hurler à une jeunette : « Je vais te bouffer la cramouille ! » pendant que vous dansez avec elle et que la musique s’arrête d’un coup.
- Vous lâchez un pet bruyant et accompagné de matière fécale alors que vous avez invité votre patron à dîner.
« Alors, que faire ? » A vous de tenter de répondre, sachant qu’ « il ne faut jamais au grand jamais… »



