"Il n'y a point de génie sans un grain de folie."
Aristote

Mais le grain tu le plantes où ? Dans le terreau de la déraison ou dans le crâne à coup de tête?
Ça s’arrose vous croyez ?

J’avais posé cette question à Aristote, mais il ne m’a jamais répondu, faut dire qu’il est un peu trépassé comme gars. La mort ça laisse des traces à vie.

Le rapport des artistes à la folie, le grand thème des soirées branchées. Faut-il être fou pour créer ? Faut-il souuuuuuuffrir pour être un arrrtiiiiiste ?
Alcoolique, drogué, ok je veux bien mais la folie ne change rien à la création si t'as pas de talent au départ.

Enfin sauf si on s’appelle Johnny et qu’on espère vendre des disques en chantant « Requiem pour un fou ».

http://www.youtube.com/watch?v=9bVjvznyE6g

Non !!!!!!!

Cliquez immédiatement sur le bouton pause, vous risqueriez d’avoir des séquelles irréversibles.

Franchement Johnny le plus grand chanteur de rock ? Fadaises, ne souriez pas manipulez-moi plutôt.
Retrouvons nos divagations et allons chercher la déraison ailleurs.

Requiem pour un fou d’amouuuuuuuuuuuuur, pfff il ferait mieux de chanter pour les fous plutôt que de les resquiller à coup de concerts de xxx euros (mettez un chiffre aberrant).

Je divague, je m’égare quelle inconscience !

La folie ce n’est qu’une normalité différente ! A force de prendre les fous pour des fous on en oublie qu’ils ne s’amusent pas des masses, assommés par des pilules de toutes les couleurs de l’arc en ciel.

Le fou s’emmerde disons-le, parfois il se fait même dessus, mais il n’en reste pas moins un être aliéné comme nous au cycle de la vie « boire-manger-pipi-caca-dodo ».
Malade de ne voir autrui qu’à travers les yeux haineux de ceux qui ne le comprennent pas, des porcs aux truies qui ricanent, le fou n’aspire parfois qu’à être regardé sans le regard débile de la honte.

Dérèglement de la société mentale qui ne veut bien percevoir que le génie du fou quand ça l’arrange parce qu’elle peut en discuter devant un verre de champagne alors que la folie qui nous accompagne sans jamais nous trahir se trouve au fond d’une bouteille de Kronenbourg, mais ceci est un autre débat.

Bref, le fou est soit l’artiste délirant soit le monstre enfermé à double tour dans sa camisole loin de la psychose des bêtes pensantes.

Parfois des artistes, pas Johnny rassurez-vous, ont une idée de génie, simple et courbe comme un grain qui germe, sans récupération ni mégalomanie. Juste parce que.

On est en juin 1978 en Californie. Lux Interior et de sa compagne guitariste Poison Ivy sont en tournée avec leur groupe The Cramps.
Le 13 juin ils se rendent au « Napa State Mental Hospital », pour donner un concert aux pensionnaires de cet hôpital psychiatrique.

http://www.youtube.com/watch?v=R2i-g8ZycNU

Les malades dansent, s’éclatent, montent sur scène avec le groupe, essaient de piquer le micro. Un costaud en robe à fleurs passe visiblement un des meilleurs moments de sa vie. Une femme accompagne le chanteur en poussant régulièrement des hurlements. Tout cela sans aucune agressivité ni intervention des infirmiers.

Le groupe, lui, balance son rock sans appréhension ni ironie. Lux Interior, plutôt connu pour son cynisme sur scène, dit même au public : « On m’a dit que vous étiez fous. Je ne crois pas : vous êtes des gens bien », avec une émotion palpable dans la voix qu’on ne lui connaît pas.

Comme quoi, un des groupes les plus déjantés de la planète peut, mieux que certains bien-pensants, démontrer son respect et son acceptation de l’autre, quelle que soit sa différence…