Remue Méninge

17 avril 2013

Chronique des cintres et du cheval melba à 11 h 11

« Alexandre Vialatte , qui est assurément l'un des plus grands écrivains de ce demi-siècle, ce ne sont pas les trous du cul du nouveau roman qui me pèteront le contraire, était un homme fort cultivé, d’une prose infiniment élégante, d’un humour plus subtil, plus tendre et plus désespéré qu’un la mineur final dans un rondo de Satie. »


Voici ce que disait Pierre Desproges d’un de ses maîtres, Alexandre Vialatte

Je me suis permis le petit jeu d’imaginer ce que Vialatte eût pu dire de Desproges.


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Universalité du rire – Le solipsiste ne risque pas la mauvaise compagnie – Robes et carottes élavérines – Parallélisme du zèbre – Jouissance minutée – Palindrome reflété – Un spinozien qui n’encule pas Hegel – Justice immanente des réseaux sociaux – Une Andalouse juchée sur un cheval melba – Le petit pantalon gris – Optimisme du désespoir – Vitalité débordante et consécutive de Pierre Desproges.



On peut rire de tout.

N’en déplaise à mon jeune disciple Pierre Desproges, au demeurant pourvu du recul nécessaire et de la lippe friponne et goulue qui révèlent l’homme d’esprit, peu importe qui vous côtoie avec ou sans votre gré lorsque fuse la saillie drolatique. D’ailleurs, si je peux me permettre de le paraphraser, « quand on est plus de quatre, on est une bande de cons, alors a fortiori moins de deux, c'est l'idéal ». Le solipsiste ne risque pas d’être mal accompagné, imperméable qu’il est à la présence d’un borgne nostalgique des robes et des carottes Vichy ou d’un capilliculteur biocosméticien.

Mais on ne peut pas rire n’importe comment, et c’est bien là le principe constant que notre jeune ami érige, à la fois éthique et altruiste. 

Éthique, car sans être à proprement parler ce qu’on appelle un maniaque, Pierre Desproges aime beaucoup les zèbres, car leurs rayures sont bien parallèles. C’est donc purement conséquent s’il n’apprécie rien tant que cet instant, trop éphémère, hélas, où sa montre à quartz indique 11 h 11. 

Et que personne ici ne le taxe de lubricité si, parfois, il en éprouve un orgasme jusqu’à 11 h 12 ! Quand on sait qu'il en est qui, chaque jour, profitent du miroir d’un palindrome numérique afin de s'enivrer à 9h06...

Adepte de Spinoza, Pierre Desproges n’en profite cependant pas pour assaillir Hegel analement, mais a développé la vision la plus pertinente qui soit de la justice immanente : un accusé est coupable, et les avocats de la défense le démontrent avec bien plus de talent que le procureur le plus acerbe. Et il n’a pas attendu l’apparition de nouvelles technologies pour révéler cette vérité fondamentale, qui irrigue de son flux véhément les réseaux sociaux...

Encore moins que son sens éthique, on ne peut contester son altruisme. Qui, sinon lui, a livré au monde ébahi et reconnaissant la recette du cheval Melba ? Qui protège inlassablement l’environnement en insonorisant avec constance les Andalouses ? Qui, tel Jésus lavant les pieds des lépreux, est assez humble pour jouer à colin-maillard avec un aveugle ?

Cet altruisme le fait même affronter des dangers insensés, lorsqu’il se dresse en face du seul objet qui agresse l'homme par pure cruauté : le cintre. Et tout ça pour sauver l’homme qui veut son pantalon. Le gris, avec des pinces devant et le petit revers.

Je l’avoue sans fausse honte : ce jouvenceau au teint rose me dépasse de mille lieux dans le domaine de la solidarité. Je n’éprouve pas pour ma part l’empathie pour mon semblable qui perce si visiblement sous les sarcasmes de ce faux bougon, ni ne me laisse envahir par le tendre optimisme que son désespoir élégant diffuse.

La lecture de cet inquiet compulsif est le plus rassurant des remèdes : étonnant, non ?

Et c’est ainsi que Desproges est vivant.

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31 janvier 2013

Chasing the Dragon Part IV

Répondant à l’invitation du maître d’Ankh-Morpork, un petit homme replet et chauve, drapé dans une tunique en soie délicate, émergea de l’ombre du couloir étroit : 


« - Je vous remercie, Seigneur Vétérini, je commençais à trouver le temps long et les rats de vos contrées sentent presque aussi mauvais que l’eau du fleuve qui alimente votre ville, à ce que je perçois.

- Cela fait partie de petites contingences de notre bourgade, Lord Varys, mais nous y pallions en fabriquant force parfums. Je crois d’ailleurs que vous en usez volontiers vous-même, si je ne me trompe pas sur les légères effluves de lilas qui subsistent derrière l’odeur des égouts qui vous précède ?

- Port-Réal n’a rien à vous envier sur ce point, sachez-le, nous y avons aussi nos remugles et notre populace négligée. Mais nous pourrions deviser des heures sur les mérites comparés de nos cités respectives, mon cher, et ce n’est pas dans ce but que j’ai provoqué cette rencontre.

- Ne vous en déplaise, je crois plutôt que vous avez répondu à mon invitation ; du moins les émissaires que j’ai envoyés auprès de vous ont su vous faire percevoir l’impérieuse nécessité pour vous de vous présenter devant moi.

- Vous voulez parler de ces trois hommes habillés de noir qui font un bruit disgracieux de quincaillerie à chacun de leurs pas, tellement ils trimbalent de couteaux avec eux ? Je les ai envoyés se mettre à niveau chez les Sans-Visage, je n’ai pas eu de nouvelles depuis.

- Ne vous méprenez pas, mon cher hôte, je n’éprouve pas assez d’acrimonie à votre égard pour vous confier aux bons soins de la Guilde des Assassins, pas encore en tout cas. Les trois olibrius dont vous parlez étaient des leurres destinés à détourner votre attention de mes agents. Comme j’imagine sont des leurres les petits oisillons qui s’attachent à mes pas depuis quelques temps, alors que jamais un enfant d’Ankh-Morpork ne se risquerait à croiser mon chemin… »

C’est le moment que choisit Samuel Vimaire pour exploser :

« - Sauf votre respect, Patricien et Lord J’ai-pas-compris-votre-nom, ce n’est peut-être pas le moment de chicaner sur vos qualités d’espions, j’ai des fous furieux prêts à s’entre-tuer dans mon salon, trois dragons qui pètent les flammes et l’Archichancelier a foutu des cendres sur les tapis en grillant une bande de clowns tristes ! Alors, si vous avez idée de ce qu’il se passe, je vous serais très reconnaissant d’éclairer ma lanterne.

- Ne prêtez pas attention au style du Duc d’Ankh-Morpork, mon cher Lord Varys, dès qu’il subit un léger stress, le vernis se craquelle et la rue Coquebec reprend le dessus. Mais ce qu’il dit n’est pas faux : il est temps, je pense, d’échanger de vive voix sur ce qui nous occupe depuis des mois. Les corbeaux porteurs de mes instructions secrètes se sont-ils consciencieusement trompés de destination ?

- Ils sont tous arrivés avec une grande précision dans ma corbellerie, je pense que l’homoncule malpoli qui les pilote à chaque fois sait être convaincant, à défaut d’être discret. Ce que vous évitez ostensiblement d’y évoquer me laisse à penser que nous sommes du même point de vue sur notre problème.
Et vous, avez-vous bien intercepté les clacs que j’ai rédigés ? Pardonnez-moi si le cryptage était un peu naïf, j’ai découvert cette technologie il y a peu, nous n’en disposons pas encore à Westeros.

- Ne vous inquiétez pas, quel que soit l’expéditeur, le destinataire ou la méthode de chiffrement, les clacs arrivent décodés sur le bureau de Tambourinœud, mon secrétaire, qui me communique les plus intéressants. Les vôtres en font évidemment partie et les fausses informations qu’ils contiennent confirment notre accord de principe. »

Ce fut cette fois-ci le sang du dragon qui tourna au vinaigre devant les jérémiades des deux complices et Daenerys s’écria :

« - Mais vous allez en venir au fait, oui ou non ? Vous me faites penser à deux chiens qui se reniflent dans une rue de Meereen. 

- Je vous pardonne votre brusquerie – rétorqua Vétérini – car vous êtes une princesse, ce qui vous donne quelques passe-droit, mais surtout parce qu’involontairement vous n’êtes pas tombée très loin de la vérité. Sauf que ce ne sont pas des chiens qui se reniflent présentement. D’ailleurs, si j’en crois les bruits que j’entends, le stade du reniflage a été dépassé. Et c’est grâce à vous, jeune dame ! 
Lady Sybil, loin de moi l’idée de remettre en question vos connaissances sur la sexualité des dragons, du moins ceux du Disque-Monde, mais sachez que vous vous trompiez en affirmant que les chérubins de votre invitée s’excitaient en vain sur Amanda, parce qu’encore trop jeunes pour passer du désir à l’acte. Il faut croire qu’à Essos, les dragons sont précoces, du moins c’est le cas visiblement du tout noir… Drogon, c’est cela ?

- Oui, c’est cela – rétorqua Daenerys – mais comment osez-vous affirmer que j’ai aidé vos noirs desseins, que je ne comprends d’ailleurs toujours pas ?

- Et bien, princesse, cela fait un moment que nous correspondons, Lord Varys et moi, afin de trouver un moyen de jumeler le Disque-Monde et vos contrées, d’une façon ou d’une autre. Confronter leurs habitants serait catastrophique, les événements de ce soir l’ont suffisamment prouvé. Nous avons donc décidé de provoquer une rencontre que nous espérions fructueuse entre des animaux plus sages que les humains, à savoir vos dragons et la chaleureuse Amanda. 
Calculer le moment opportun pour cela fut un jeu d’enfant, vous placer dans une crainte et une urgence suffisantes pour vous amener ici fut une belle réussite de Lord Varys, je le reconnais, comme la falsification des différents messages qui ont été adressés à Westeros et Essos pour tous vous faire converger dans ce salon. Un tel rassemblement d’esprits forts ne pouvait déboucher que sur un chaos suffisamment erratique pour distraire votre attention pendant que l’un de vos chérubins allait jeter sa gourme...

Dans quelques temps, Amanda mettra au monde les premiers fruits de l’union entre nos deux mondes. Leur croissance sera sous ma bonne garde. En contrepartie, Lord Varys, il est temps que nous allions dans mon bureau discuter de cette ligne de clic clac sous-marine que je vous ai promis de faire installer entre Port-Réal et Pentos...

Vimaire, vous vous chargez du reste, n’est-ce pas ? La farce est finie et ces gens n’ont plus rien à faire à Ankh-Morpork.

- Monstre sans honneur, s’écria Daenerys, vous et votre acolyte sans couilles nous avez tous manipulés, juste pour faire saillir une dragonne ? Je n’ai jamais rencontré jusqu’ici autant de perversité et de méchanceté !

- Vous m’avez aidé, jeune fille, alors laissez-moi vous donner un conseil, ça pourrait vous aider à comprendre le monde. L’existence vous pose un problème parce que vous croyez que l’humanité se divise entre les bons et les méchants. Vous vous trompez, bien sûr. Il n’y a toujours que les méchants. Mais certains sont dans des camps adverses.
Tout un océan houleux de mal, peu profond par endroits, évidemment. Mais beaucoup plus, oh oui, ailleurs...
Seulement, des gens comme vous confectionnent de petits radeaux de règles et de simili bonnes intentions puis déclarent : « Voici le bien, voici ce qui finira par triompher. » ÉTONNANT !
Il y a des gens prêts à suivre un dragon. Vénérer un dieu ou même sept. Ignorer une iniquité. Ils témoignent d’une méchanceté banale, ordinaire. Non de l’ignominie vraiment élevée, créative des grands pécheurs, mais d’une espèce de noirceur d’âme fabriquée en série... Ils acceptent le mal non seulement parce qu’ils disent oui, mais parce qu’ils ne disent pas non.
Pardon si je vous choque, princesse, mais vous autres avez grand besoin de nous : nous seuls savons faire fonctionner le système.
Vous voyez, l’unique compétence des bons, c’est de renverser les méchants. L’ennui, c’est que vous ne savez rien faire d’autre. Un jour vous sonnez les cloches à la volée et fêtez la chute du tyran ; le lendemain tout le monde reste assis à se plaindre que personne ne ramasse les ordures... Parce que les méchants sont des organisateurs. Tout tyran malfaisant doit diriger le monde. Les bons n’ont pas ce talent-là. (1)
Princesse, je vous laisse méditer si je parlais d’Ankh-Morpork ou bien des Sept Couronnes... »

Sur ces mots, le Patricien quitta les lieux suivi de Lord Varys, laissant tout le monde abasourdi à l’exception de Sam Vimaire, habitué qu’il était aux logorrhées sentencieuses de son patron :

« - Bon, vous avez entendu, votre présence dans cette ville n’est plus requise, alors vous allez débarrasser le plancher et fissa. Mais en ordre, pas envie que vous occasionniez encore plus de bazar !
Princesse, vous partirez la première avec vos hommes et vos dragons. Hilare et Chicard, permission de faire faire la tournée des bars nains au mi-homme et à son garde du corps : quand ils seront fin saouls, déposez-les à l’entrée du couloir spacio-truc et bottez-leur les fesses !

Vous, Jaime Lannister, je ne peux pas vous laisser sans surveillance, ni votre troll. Je vais vous accompagner en personne dans une cellule du Guet, où vous serez mes invités vingt quatre heures. En chemin, je vous parlerai d’un de mes ancêtres... »

Juste avant de s’éclipser, et non sans avoir échangé avec Jaime un regard lourd de défiance mais aussi de trouble et d’étranges réminiscences, Daenerys s’adressa à Vimaire :

« - Vous y croyez, vous, à la tirade de votre maître ?

- Allez savoir ! Parfois, je me demande si le courage et l’honnêteté suffisent pour triompher dans un monde dangereux. A ce qu’il paraît, au Jeu des Trônes, il faut vaincre ou périr ; il n’y a pas de moyen terme... »


(Fin)

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(1) Ce monologue de Vétérini, retranscrit mot pour mot à quelques variations mineures près, est extrait d’Au Guet !, mais serait fort à sa place dans le Trône de Fer...

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02 décembre 2012

RIP Larry Hagman

 

 

Je suis tristesse et déception. Voire un peu colère !

Quand j'ai appris ce samedi matin la mort de Larry Hagman, je m'attendais à une célébration mondiale de ce grand homme, des minutes de recueillement ordonnées par tous les chefs d'État, le cessez-le-feu entre tous les belligérants de la planète, etc...

Las, rien de cela n'est arrivé. Pis encore, les moqueries, quolibets et autres parodies irrespectueuses se sont multipliées sur la Toile. Ça va du pas drôle à l'ignominieux. Comme disait tout récemment le sociologue José Anigo, "C’est minable. Mais ça ne me surprend pas plus que ça car c’est toujours pareil avec les réseaux sociaux : c’est la manière la plus lâche de détruire quelqu’un. On est sous le sceau de l’anonymat et on peut déverser des tonnes de méchancetés sans risque. C’est tellement idiot qu’il est difficile de l’expliquer."

Bien vu, José ! Et comme ce propos s'applique bien au pauvre Larry, moqué toute sa vie, et carrément frustré dans sa carrière de réalisateur par les basses manœuvres des jaloux ! 

Rendez-vous compte : il n'a pu réaliser qu'un seul long-métrage, et celui-ci n'a même pas été édité en DVD en Europe...

Pourtant, il avait préparé cette première réalisation avec le plus grand sérieux : en 1967, il avait réalisé trois épisodes du merveilleux sitcom Jinny de mes rêves, où il jouait un astronaute tombant amoureux d’une princesse des mille et une nuits.

Surtout, afin d'atteindre l'inspiration des plus grands metteurs en scène, il s'était initié à la marijuana dès 1964 avec Jack Nicholson et au LSD en 1969 avec David Crosby, de Crosby, Stills and Nash...

D'ailleurs, Larry Hagman expérimente une innovation osée pour son premier film : d'après le scénariste, le script du film était complètement ignoré sur le tournage, les acteurs et le réalisateur ayant improvisé en permanence !

Le film, dénommé Beware ! The Blob, sorti en 1972, est la suite de The Blob, œuvre de 1958 avec Steve McQueen, et dépasse sans surprise l'original.

Pour vous mettre en appétit, voici la bande-annonce : http://www.youtube.com/watch?v=HUGYy6Bbj9o 


Enjoy !

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09 novembre 2012

Chasing the Dragon Part III

Tout en sirotant sa troisième tasse de thé noir très fort, Samuel Vimaire ruminait sur la condition de policier. Les insomnies, les courses après les meurtriers sur les toits les jours d’orage, les horions et les tenues de sortie ridicules, passe encore. Mais ce qui est franchement horripilant, c’est que c’est toujours le flic de service qui doit faire le résumé des épisodes précédents. Enfin, quand il faut y aller...


S’éclaircissant la voix, Vimaire prit la parole :

« - Bon, pour être précis, vous vous envoyez des messages sans arrêt sans vous souvenir l’avoir fait, vous engagez des reîtres qui sont en fait des trolls femelles, le dragon noir a fait fondre trois bouilloires en soufflant dessus, et d’autres visiteurs de votre monde vont se pointer, mais vous ne savez pas combien ni qui...

- Ah, dit Jaime Lannister, j’ai bien vu un loup-garou rôder dans la rue avant d’entrer, mais je ne sais pas si c’est un Stark, il est blond...

- C’est une louve-garou, alors, le Sergent Angua qui fait sa ronde. Überwald est une région bizarre, mais pas autant que votre pays de fous.

- Je ne vous per... Mais, pourquoi êtes-vous tout nu d’un seul coup ? »

Soudainement, la vision qu'avait Jaime de l'assemblée changea du tout au tout, comme si un voile de fumée s'était déchiré, révélant la vraie nature de la situation. Chacune et chacun se trouvait nu ou nue, et une douce fragrance érotique faisait luire les regards et se rapprocher les corps. Daenerys était superbe, et ses yeux exorbités dirigés vers Jaime lançaient une invite brûlante. Il se rapprocha, contournant les groupes qui se formaient dans des positions scabreuses, et se colla contre la belle princesse, puis...

Bon, c'est pas de la littérature de gare, hein ! On ne va pas rentrer dans les détails juste pour vendre. En résumé, dans la vision de Daenerys, Jaime avait une main droite en or, et elle sut très bien en faire usage...

Tyrion et Petitcul étaient enlacés et se penchaient sur un berceau :

« - Hilare, ne trouves-tu pas qu'il ne peut y avoir de meilleur nom pour un roi que Chicard ?

- Composeras-tu une chanson pour lui ?

- Il en a déjà une. Comme il est le crapaud qui fut promis, sienne est la chanson de la glace et du feu. Il doit y en avoir cependant une autre... »

Prenant sa harpe et laissant ses doigts courir avec légèreté sur les cordes d'argent, Tyrion se mit à égrener les premières notes de la Chanson du hérisson.

Ce n'est pourtant pas cette musique-là qui adoucit les mœurs sauvages de Bronn et des sang-coureurs de Daenerys. Attablés dans une taverne, d'énormes pichets d'une bière âcre et noire devant eux, ils braillaient des chansons paillardes en lutinant des ribaudes assises sur leurs genoux. Le chahut incohérent de leurs grasses plaisanteries, de leurs rodomontades et de leurs défis avinés ne connut qu'un moment de répit lorsqu'ils arrivèrent à accorder leurs voix de rogomme pour entamer un hymne guerrier. Pour faire bonne mesure, ils la chantèrent soixante-dix sept fois, en reprenant une tournée à chaque fois.

Samuel Vimaire était bien loin de rire, pour sa part. Il se trouvait dans un tribunal, debout à la barre, mais son faciès était encore plus marmoréen que la normale, ses vêtements, ceux de ces juges et les atours de Lady Sybil, qui assistait angoissée au procès dans les premiers rangs de l'assistance, étaient d'une mode passée depuis des siècles.

« - Accusé, avant que nous prononcions la sentence, qu'avez-vous à ajouter pour votre défense et pour tenter d'expliquer votre geste atroce ?

- Le roi Lorenzo était de notoriété publique un fou sanguinaire ayant un goût prononcé pour les jeunes enfants et les chambres de tortures, le tuer était un devoir.

- C'était tout de même un roi, et on ne décapite pas de ses propres mains un roi assis sur son trône de fer. Vous êtes condamné à porter toute votre vie l'étiquette infamante de régicide, votre blason sera détruit et interdit, vos terres confisquées et votre maison rasée. Vos descendants porteront la marque de votre crime jusqu'à la fin des temps. »

Détritus et Gregor Clegane n'avaient aucune hallucination. Ils s'appuyaient simplement l'un contre l'autre, bloc contre bloc, avec un sourire béat.

C'est cet état unanime d'aveuglement qui explique que personne ne réagit quand surgirent les Conjurateurs, tous identiques avec leur crânes rasés, leurs visages émaciés aux yeux proéminents et leurs lèvres bleues. Pourvus de larges filets de pêche et de chaînes en acier valyrien, ils eurent tôt fait de capturer les trois dragons réduits à l'impuissance, sans causer aucune réaction des présents.

Ils seraient arrivés à leurs fins sans l'éclair de lumière octarine qui jaillit brusquement d'un bourdon passé fort opportunément par la porte laissée ouverte. Se tordant de douleur, les Conjurateurs ne furent plus bientôt que de petits tas de cendres, tandis que les dragons libérés s'ébrouaient en renâclant et que chacun sortait brusquement de son rêve, une impression fugace de gêne subsistant cependant.

« - Saperlipopette - dit l'Archichancelier de l'Université de l'Invisible Mustrum Ridculle en entrant, soufflant sur l'extrémité encore fumante de son bourdon – il n'y a qu'une seule bande de charlatans autorisée à leurrer les gens avec des tours de magie minables dans cette ville, et c'est nous ! Vimaire, cette intervention providentielle vaut bien une bouteille, non ?

- Il est certain que vous manquez singulièrement à vos devoirs d'hôte. – crissa une voix de métal inoxydable venue de derrière la stature imposante de l'Archichancelier – Cela ne m'étonne pas de vous, Vimaire, mais cela me surprend de la part de Lady Sybil..

- Être hospitalier avec ces va-nu-pieds qui débarquent chez moi en pleine nuit avec des problèmes de malades dont je me fous totalement ? - répondit Vimaire – Eh bien, ça ne me gêne pas de passer pour un goujat.

- Je ne parlais pas de ces hôtes-là, répondit le Patricien Vétérini en se dirigeant vers la cheminée. »

Faisant pivoter une des pierres, il libéra l'ouverture d'un passage secret inconnu de Lady Sybil elle-même. Puis il s'écarta du passage et ajouta :

« Je vous en prie, Monseigneur... »

(À suivre)

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Chasing the Dragon Part II

Comme tout bon insomniaque, Samuel Vimaire détestait être réveillé en pleine nuit. Surtout pour découvrir des inconnus aux intentions suspectes dans son salon. 


Il avait été confronté maintes fois à des situations tendues, et ce n’était pas une princesse étrangère - accompagnée par ses lieutenants et trois dragons – en train de s’enguirlander avec un nain et un grand échalas aux mimiques sardoniques qui allait l’effrayer. Toutefois, il avait fait mander les membres du Guet de garde ce soir-là pour l’assister dans son interrogatoire. C’est donc flanqué du troll Détritus, de la naine Petitcul et du présumé-humain-sous-réserve-d’étude-approfondie Chicard Chicque qu’il tentait de clarifier la situation :

« - Bon, résumons, mademoiselle princesse : vous venez d’un autre monde, dont personne ici n’a jamais entendu parler, mais où vous avez tout de même appris l’existence de ma femme et de son refuge. Vous élevez trois dragons que vous avez mis au monde, tout le monde veut vous les piquer parce que, lorsqu’ils seront grands, ils vous aideront à être la foutue reine de sept foutues couronnes.

- C’est très grossièrement exposé, mais c’est à peu près ça. Par contre, je vous signale qu’une loi a été votée et qu’on ne dit plus madem...

- Bon, et vous, le nain, vous avez emprunté le couloir spatio-machin-truc ouvert par Mademoiselle madame pour parlementer avec elle, et vous nous dites que le passage va amener des gens plus redoutables que vous.

- Des gens qui n’ont ni ma retenue ni mon intelligence en effet, et qui privilégient donc l’usage de la force à défaut de pouvoir pratiquer l’art de la diplomatie.

- Mais comment savoir si vous êtes un nain ou une naine ? – interrompit Petitcul – Vous êtes imberbe...

- Si vous étiez une femme, je m’isolerais volontiers quelques instants avec vous pour vous éclairer,

- Sachez qu’ici, une naine porte la barbe aussi bien que les nains ! Votre monde a l’air bien pourvu en préjugés rétrogrades et sexistes !

- Suffit, Petitcul – reprit Vimaire – le temps presse si les amis malfaisants de ce bout d’homme sont vraiment en chemin. Qu’avez-vous à proposer d’acceptable à cette jeune femme, qui pourrait résoudre la situation et vous faire tous déguerpir fissa de mon tapis et de ma ville par la même occasion ?

- Moi ? Rien du tout. J’attends par contre avec impatience ses propositions.

- Des propositions de ma part ? – ricana Daenerys – À part vous réduire en pâtée pour dragons, je n’en vois pas d’autres !

- Nierez-vous que c’est votre sceau personnel qui fermait ce message que j’ai reçu par corbeau ? Un dragon tricéphale crachant du feu par ses trois bouches, cela est sans conteste l’emblème Targaryen. « Rejoignez-moi à Ankh-Morpork, au refuge pour dragons de l’avenue Scoune, pour affaire vous concernant », on ne peut être plus clair, non ? Bon, vous auriez pu aussi joindre l’itinéraire, mais j’ai de la ressource. »

Arrachant le parchemin des mains de Tyrion, Daenerys se figea en lisant les mots tracés à la plume, la bouche grande ouverte. Son ébahissement ne lui permit pas de réagir aussi promptement qu’elle l’eût souhaité à l’intrusion du nouveau venu, qui d’une voix d’or teintée de suffisance et d’ironie apostropha Tyrion :

« - Tu n’as pas été plus explicite dans ton message, frérot ! Tu m’as promis à Ankh-Morpork le fracas de la bataille et la lumière de la gloire, mais je ne vois ici qu’un couple de sympathiques et inoffensifs bourgeois, quelques gardiens de l’ordre débonnaires, et une gamine avec trois chiots et les sauvages chargés de ramasser leurs crottes sur le trottoir.

- Mais, Jaime, je ne t’ai jam... »

La réaction tardive mais tonitruante de Daenerys mit fin aux protestations de Tyrion :

« - Jaime Lannister ! Régicide, parjure ! Jhogo, Aggo et Rakharo, saisissez-vous de lui et découpez-le en morceaux, il a égorgé mon père qu’il avait juré de servir et protéger au prix de sa propre vie !

- Ma petite, votre emportement vous égare. Vous n’avez même pas remarqué la présence de mon compagnon, bien qu’elle soit imposante même aux yeux d’une écervelée emportée par la folie et l’orgueil propres à sa lignée. Je vous présente ser Gregor Clegane, dit la Montagne, allez savoir pourquoi ! Retenez vos roquets, d’un seul coup de son épée, il coupe un cheval en deux, alors trois sans-papiers mal nourris, vous pensez...

- Lâche ! Vous vous abritez derrière cette brute. Vous avez perdu tout honneur et tout courage le jour où vous avez assassiné mon père par traîtrise...

- C’est désolant pour vous qu’il fut votre père. Quand un homme s'éloigne à ce point de l'image qu'il donne, et qu'il est en charge des Sept Couronnes, s'il est entouré de gens responsables, ils n'ont pas d'autre solution que de l'abattre. »

C’est cette déclaration qui sortit Samuel Vimaire de son apparente léthargie. S’interposant entre les deux clans, il gueula :

« - Personne ici ne découpe ou n’égorge personne ! Mon toit, ma loi, et mon toit c’est toute cette foutue ville ! Et puis, ne jugez pas les rég... non, rien... »

Tout le monde s’observant en chiens de faïence, personne ne remarqua Détritus qui arrachait un énorme bloc de la cheminée de marbre pour l’abattre violemment sur la tête de Gregor Clegane. Ce dernier leva un sourcil, puis percuta de plein fouet Détritus, au grand bonheur de celui-ci.

C’est la petite voix de Lady Sybil qui vint dissiper le moment d’incompréhension quasi-unanime qui s’ensuivit :

« - Chicard, on m’a dit que vous prépariez admirablement le thé au poste. Veuillez me seconder : une petite tasse fera du bien à tout le monde, je crois. »


(À suivre...)

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28 août 2012

Chasing the Dragon Part I

Les ténèbres étaient baignées d’une purée de pois épaisse, à la différence unique mais notable que la purée de pois n’exhale jamais une odeur rappelant à la fois le crottin de cheval et les aisselles d’un ours. A peine avait-elle pu déchiffrer la plaque placée à l’entrée de la ruelle. « Avenue Scoune », quelle vanité pour désigner cette allée résidentielle, aux maisons tellement modestes qu’elles semblaient reculer pour ne pas être remarquées.


Du moins étaient-ils arrivés à bon port, elle et ses compagnons. Le portail en bois barrant l’entrée était d’un dépouillement absolu, mais l’espoir qui se tenait derrière lui rappelait une maison blanche, à la porte rouge, abandonnée depuis si longtemps, mais toujours aussi présente dans sa mémoire...

Aux coups vigoureux frappés contre l’huis répondit un bruit de pas spongieux. C’est vêtue d’un ciré brun rembourré, chaussée de bottes de pêche vertes et les yeux cachés derrière des lunettes de soudeur que la propriétaire de ces lieux ouvrit aux voyageurs :

« - Oui, c’est pour quoi ? Oh, désolée : qui donc me fait l’honneur de frapper à ma porte en pleine nuit, alors qu’il fait un temps pourri et que je dois vider la fosse à purin ?

- Je suis Daenerys Targaryen du Typhon, l’Imbrûlée, Mère des Dragons, princesse Dothraki, seule héritière légitime des Sept Couronnes de Westeros !

- Et moi je suis Lady Sybil Vimaire, née Ramkin, bienheureuse hôtesse de ce refuge, le Sanctuaire du Soleil. Mais appelez-moi Syb.
Oh, qu’ils sont mignons ! »

Contournant sans façon Daenerys et ignorant d’un froncement de sourcil la réaction protectrice des trois sang-coureurs de sa suite, Sybil se pencha vers les trois dragons pas plus hauts que des chiots et demanda :

« - Comment s’appellent-ils, ces angelots ?

- Le vert s’appelle Rhaegal, le crème et or Viserion, et le noir Drogon.

- Ils doivent mourir de froid. Et vous aussi d’ailleurs, vous n’êtes pas vraiment vêtus pour le climat d’Ankh-Morpork, entre nous soit dit. Entrez donc, je vous en prie. »

L’odeur qui flottait dans la cour qu’ils traversaient manqua de faire tourner de l’œil Daenerys, alors qu’au contraire les trois dragons dardaient leur œil acéré vers la remise obscure d’où la puanteur s’exhalait.

« - Amanda a ses chaleurs, je vois que ça intéresse vos chérubins, mais je crains qu’ils soient encore trop jeunes pour passer du désir à l’acte » précisa Sybil à l’attention de Daenerys. « Mais nous y voilà : mon salon paraîtra bien minable aux yeux d’une noble étrangère et de ses chevaliers, mais le feu qui brûle dans l’âtre devrait vous réconforter. Voulez-vous vous rafraîchir ou vous restaurer ?

- Votre amabilité nous réchauffe déjà, gente Dame, mais nous ne pouvons nous attarder. La fuite est ma fidèle compagne depuis ma naissance, mais mes Enfants sont désormais emportés dans son tourbillon, et je ne puis m’y résoudre. Jusque dans mon monde sont vantées les attentions et la sécurité dont jouissent les pensionnaires de votre refuge pour dragons. Puis-je sans crainte vous laisser mes petits chéris en garde, le temps qu’ils atteignent l’âge adulte ?

- Mais bien évidemment, quand il y en a pour trente-sept, il y en a pour quarante ! Mais contez-moi votre histoire, vous m’intriguez. Rares sont les femmes qui parlent des dragons avec un tel élan maternel. Mon époux repose après une journée harassante, Samuel Junior s’est endormi après son histoire de vache de dix-huit heures, un peu de conversation ne me déplairait pas...

- J’ai mis moi-même au monde Rhaegal, Viserion et Drogon. Ce sont les seuls enfants que je porterai, si j’en crois la prophétie d’une maegi. Le sang des dragons coule dans mes veines...

- Serez-vous une Reine-Dragon ? Nous en avons eu une ici à Ankh-Morpork, elle vit maintenant l’amour parfait avec Errol, un dragon des marais cent fois plus petit qu’elle.

- Non, je suis et resterai une femme. Malheureusement...

- Mais pouvez-vous alors vous glisser dans la peau d’un dragon ?

- Non plus, hélas. Jadis, chez moi à Westeros, les vervoyants savaient prendre possession de n’importe quel animal et même emprunter les yeux des arbres-cœurs pour déchiffrer les vérités cachées. Mais j’ignore tout de ce don...

- Et grand bien vous fasse ! Nous avons une sorcière, du côté de Lancre, qui pratique ce genre d’Emprunt. Mais c’est une vieille bique, il serait dommage que votre beauté et votre fraîcheur se fanent avec l’âge. Mais venons-en à l’essentiel : pourquoi êtes-vous en fuite ? Quels dangers vous menacent, vous et vos loupiots ?

- Il n’y avait pas eu de dragons vivants depuis des centaines d’années, alors, quand mes Enfants sont nés, les convoitises se sont déchaînées. Tout ce que mon monde compte d’escrocs, de bandits, d’ambitieux cherche à me déposséder de ces trois bijoux, sans tenir compte de leur jeune âge et de leur fragilité. Et pire que tout, la lie des seigneurs félons, des roitelets usurpateurs et des reîtres sans honneur se déchire pour se les approprier, afin de conquérir grâce à leur feu le Trône de Fer. »

« - Et c’est dans ce but même que vous les élevez, fillette, n’est-ce pas ? » fit alors une voix inconnue et stridente. « Désolé de faire irruption tel un brigand, Lady Vimaire, mais vous aviez laissé le portail ouvert, et je n’ai pas voulu interrompre votre échange mondain par l’annonce de ma visite. »

Le nouvel arrivant, de toute petite taille, les jambes torves et le visage défiguré par une balafre, était flanqué d’un grand échalas tout de sombre vêtu. Les trois sang-coureurs de Daenerys mirent instantanément la main sur leur arme, mais ne s’attirèrent qu’un sourire narquois du spadassin.

« - Voyons, reprit le nain, violeriez-vous les lois de l’hospitalité en déchaînant une rixe dans le salon de cette noble dame ? Je suis ici pour négocier, sachez-le. A propos, je manque à tous mes devoirs, Madame, permettez-moi de me présenter : Tyrion Lannister, pour vous servir...

- Tyrion le Lutin, plutôt ! – cracha Daenerys – Tyrion le Gnome, de cette engeance maudite des Lannister, cette race de régicides et de monstres ! Qu’aurais-je à négocier avec vous, bête contrefaite ?

- Bien plus que tous ceux qui sont à vos trousses, et que je n’ai précédés que de peu. Si vous ne m’écoutez pas, vos prochains interlocuteurs seront moins prévenants et respectueux de ce lieu que je le suis... »

À ces mots, Lady Sybil se leva, majestueuse malgré sa tenue de garçon d’écurie :

« - Fichtre, de la politique, des pourparlers ! Je n’entends rien à cela, et je ne m’y intéresse guère pour être franche. Laissez-moi donc aller réveiller mon époux, c’est plus sa partie. Mon absence sera de courte durée, tentez de ne pas vous massacrer durant ce temps-là... »

Et sur un sourire resplendissant mais impérieux, elle remonta l’escalier vers les chambres.

(À suivre...)

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26 août 2012

L’interview classée Higgs

Y a bien trente-six sortes de chats

Des p’tits, des gros, des angoras

Chats de gouttières ou chats siamois

Y'a qu'une télé, c'est Téléchat !

- Grouchat : Bonjour, Lola, aujourd’hui Mitanche des Nèfles, c’est la St Bug de l’an 2000. Bonne fête à tous les bugs de l’an 2000 !

- Lola : Que ce cycle soit prospère pour tous les bugs de l’an 2000, et – si je puis me permettre - pour tous leurs enfants également.

- G : Mais vous pouvez tout vous permettre, Lola : sur Téléchat, pas de censure pour votre sécurité, nous assumons un journalisme courageux et sans langue de chêne !

- L : Langue de chêne ? Vous êtes sûr de l’expression ?

- G : Parfaitement, Lola. Le bois ne mérite pas cet anonymat dégradant, il a un prénom comme vous et moi, autant le citer, c’est le moindre des respects.

- L : Ah, entendu. Mais une question me taraude, Grouchat, les porte-manteaux ont-ils eux aussi un petit nom de baptême ?

- G : Evidemment, ma chère Lola ! Mais là n’est pas le sujet : nos téléspectateurs s’impatientent, car nous avons sur notre plateau, pour une interview en exclusivité mondiale, le plus célèbre des fugitifs, enfin repéré il y a peu près de Genève après 48 ans de traque, je veux parler bien sûr du Boson de Higgs !
Micmac, officiez, et fissa, l’Audimat n’attend pas !

- Micmac : aaahhh mais c’est boooon…. On n’est pas aux pièces… Làààà, je suis branché, vous pouvez… pooooser vos questions….



- G : Boson de Higgs, tout d’abord, où étiez-vous caché ? Vous avez été identifié pour la première fois en 1964, et depuis, plus de nouvelles…

- Boson de Higgs : Tout d’abord permettez-moi de vous saluer, mais aussi toutes les Bosonnes qui sont ce soir devant leur écran. Qu’elles sachent que cela fait trop longtemps que je me confine les quarks et que je suis chaud bouillant pour leur briser l’interaction unifiée électrofaible en deux.

- G : Et Bozo le Clown, vous ne le saluez pas ?

- BdH : Cet enfoiré d’imposteur ? Surtout pas ! Il a profité de mon absence pour se faire reluire les photons… et le reste.

- G : Justement, vous n’avez pas répondu à ma question : où étiez-vous donc durant tout ce temps ?

- BdH : Et bien, Grouchat, si j’ai choisi de vous réserver ma première interview, ce n’est pas seulement pour le chèque en blanc signé que m’a remis votre directeur des programmes, mais aussi parce que je sais que vous comprendriez. Vous êtes une star planétaire, chacun de vos faits et gestes est épié, commenté, les ragots sur vous et la charmante Lola pullulent…

- G : À qui le dites-vous ?

- BdH : Ben… à vous.

- G : Mais c’est une expression, comme À bon château, bon râteau ou bien Je donne ma langue au timbre ou bien… Laissez tomber. Je vous expliquais donc que pas plus tard que la semaine dernière, un torchon à scandales a osé insinuer que je ne m’étais jamais cassé le bras et que mon plâtre servait à dissimuler que j’étais en réalité Jamel Debbouze ! 
Mais pourquoi je vous parle de ça ?

- BdH : Parce que j’essayais de vous expliquer – avant votre interruption intempestive – que cela faisait plusieurs milliards d’années que je me la coulais douce quand ce détective minable, Peter Higgs, m’a déniché par hasard alors qu’il enquêtait pour une Gluonne cocufiée. Ensuite, ça a été l’enfer : j’avais les pirespaparazzi aux fesses : Brout, Englert, Hagen, Guralnik, Kibble, etc… Je ne pouvais même plus acheter ma baguette ou aller aux putes sans me faire flasher. Alors, j’ai craqué : les premières communautés hippie se formaient en Californie, je suis allé me réfugier en haut des montagnes de San Gabriel. À peine arrivé, je me suis fait un trip et j’ai mis des années à redescendre. Mais ce n’est rien à côté de ce que j’ai vécu quand, justement, je suis redescendu en ville…

- G : Le crack était apparu ?

- BdH : Non, pire que ça : j’ai signé un contrat.

- G : Un contrat de soumission ? Vous êtes devenu masochiste hardcore ?

- BdH : C’est presque ça, je suis devenu esclave d’une certaine façon. Je cherchais un endroit peinard pour crécher un moment, histoire de recharger mes Giga électron-volts. J’ai signé un contrat de co-location avec un mec bizarre, un physicien du Caltech de Pasadena. 
Pfuuu ! 138 pages, le contrat, écrit en tout petit… Je ne pouvais même pas bouger de l’appart sans violer 14 clauses au moins.

- G : Mais comment avez-vous fait pour vous échapper de cet enfer ? Et qu’est-ce qui vous a décidé ?

- BdH : Quand j’ai appris qu’on reparlait de moi dans les milieux influents, je me suis dit que j’avais un paquet de pognon à me faire. Le hic, c’est que dans ce foutu contrat, il y avait une clause m’interdisant d’aller au super-accélérateur du CERN sans l’autre pomme. Et je n’avais pas envie de diviser le pactole en deux…
Entre 7h28 et 7h29 chaque matin, j’avais un instant de liberté pour soulager ma vessie. J’ai sauté par le vasistas des chiottes, j’ai chopé un taxi à la volée et hop ! Premier avion direct pour la Suisse.

- G : Tout ceci est passionnant, mais l’heure tourne, et vous ne nous avez pas encore dit à quoi vous serviez exactement. Et soyez clair, par pitié, notre public sait à peine compter !

- BdH : Bah, mon boulot, c’est de donner une masse à des objets pris au hasard.

- G : Mais c’est tout ? Et à quoi ça peut bien servir ?

- BdH : Comme ça, les cons comme Newton qui dorment sous un pommier ne peuvent pas savoir quel fruit va leur tomber sur la gueule.

- G : Je comprends mieux, c’est primordial en effet. C’est sans doute pour cela qu’on vous surnomme la « particule-dieu ».
- BdH : non, ça c’est pour ma capacité à former des attroupements. Pour comprendre, prenez un mutant extérieur au Complexe Alpha qui, par le biais d’un sas de décontamination, répand une rumeur séditieuse aux citoyens les plus près de la porte. Un attroupement de félons potentiels se forme alors et se répand, comme une vague, à travers le bunker pour transmettre la rumeur. Eh bien, cet attroupement, c’est à peu près moi.

- G : Lumineuse explication, je n’ai strictement rien compris. Revenons plutôt aux questions people : certains affirment que vous étiez présent au Big Bang. Info ? Intox ? C’était aussi fun qu’un concert de Jean-Michel Jarre ?

- BdH : Je me suis rarement autant emmerdé : il n’y avait rien, pas un troquet, pas une Mobylette, pas un flipper, la zone… Non, le Big Bang, c’est nul à côté du Gang Bang à Clara.

- G : Le Gang Bang à Clara ?

- BdH : Vui. C’est un peu comme à Intervilles, quand il n’y a qu’une vachette… (1)

- G : Hem… Bon, question suivante. Vous êtes enfin sorti du placard, mais le Gluon de Higgs court toujours. Dites-nous, les yeux dans les nucléons, où il se trouve !

- BdH : Ecoutez, cet abruti de Higgs ne s’est même pas rendu compte en 1964 que c’est moi qui le planquais. Mais sa femme est toujours aussi jalouse, alors ne comptez pas sur moi pour le balancer…

- G : Même pas un indice avant d’aller encaisser le chèque de la prod’ ?

- BdH : Ouvrez un peu vos oreilles, non d’un quark ! Vu comment elle glousse, votre autruche d’assistante sait parfaitement où il est présentement, votre Gluon de Higgs.


- G : Mais, mais ? Lola, un peu de retenue ! Bon, on rend l’antenne pour régler ça. Chalutier ! À demain, si on veut bien !

---
(1)Désolé, mais celle-là, elle me fait trop rire à chaque fois que je vois le clip :
http://www.youtube.com/watch?v=gUnSbacOi3Y&feature=youtube_gdata_player

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06 juin 2011

2011, c'est l'année Vialatte

Être né dans le Bourbonnais présente peu d'avantages (1) : la plupart des gens ne savent pas où ça se trouve et quand vous leur expliquez ils reconnaissent être passés dans le coin une fois sans s'arrêter ni faire attention au paysage ; les curiosités touristiques se résument à des chênes millénaires et à une variété de cornemuse ; toute activité industrielle a définitivement disparu...

Mais le Bourbonnais a le privilège de se trouver dans la zone de diffusion du quotidien régional La Montagne (2)

« Et alors ? » diront ceux qui ont eu l’occasion récemment de feuilleter cette feuille de chou au contenu soporifique.

Et bien, quand j’avais onze ans, mon père me voyant plongé dans un roman volumineux, m’apostropha ainsi en me tendant un recueil moins conséquent : « Lis plutôt ça, si tu veux quelque chose de bien écrit ! » Ce n’était pas flatteur pour le style de Zola, mais je n’ai jamais regretté de reposer Germinal pour découvrir un échantillon des chroniques d’Alexandre Vialatte dans le dit journal, chroniques qui en ce temps-là, six ans après sa mort, ne connaissaient guère de diffusion en-dehors de la région...

Pour Alexandre Vialatte, « une chronique, il faudrait la faire pousser comme une herbe dans les fentes d’un mur, dans les pierres de l’emploi du temps. » Il se lança dans cet exercice en 1922, et ne cessa de le pratiquer jusqu’à sa disparition en 1971.

A partir de 1952, il réserva quasi-exclusivement ses productions hebdomadaires à La Montagne. Résidant alors à Paris, il allait porter chaque dimanche soir son texte gare de Lyon, afin qu’il soit acheminé par le train postal de nuit.

Ses chroniques, à la fois poétiques et absurdes, écrites avec une rigueur absolue dans l’expression et dans un style délicieusement suranné, se finissaient invariablement par la phrase : « Et c’est ainsi qu’Allah est grand ». Chaque texte était précédé d’un incipit qui détaillait les différents points abordés, dans une introduction aussi savoureuse que loufoque, telle celle-ci par exemple :

Mystère de la queue de rat – Percement du même – Concombres qui marchent – Mystère de la queue de lion – Poisson qui monte aux arbres – Vente des taille- crayon – Clientèle espagnole – Adhérez au Soleil inca – Langue bilingue – Bannière arc-en-ciel – Manque de cadres – Idoles ventriloques – Grand appétit des dieux à trompe – Grandeur consécutive d’Allah.

Quand l’été revient, le soir tard, lorsque la nuit et la chaleur sont tombées, s’installer sur sa terrasse pour savourer quatre ou cinq chroniques de Vialatte est aussi grisant que siroter un vieil Armagnac en inhalant la fumée d’un cigare. L’esprit se met à pétiller, en même temps qu’une quiétude rigolarde vous envahit.(4)

Comme c’est la période, voici une petite illustration extraite de la chronique de la fête des mères :

« Le phénomène de la maternité, si scientifique qu’il soit devenu grâce aux immenses progrès de la sexologie, remonte à la plus haute Antiquité. Les mères datent de la nuit des temps. Elles ont même précédé la civilisation. Leur importance ne saurait être exagérée. Des briques chaldéennes en font mention, des papyrus égyptiens nous en parlent. Que seraient devenus les hommes s’ils n’avaient pas eu de mères ? L’humanité se composerait d’orphelins.

Recueillis par l’Assistance publique, ils se promèneraient par deux, le jeudi, en longues files, sur des routes mouillées, sous la surveillance tatillonne d’une vieille sœur un peu moustachue. Avec interdiction de fumer. Honteux de leur barbe, de leur ventre, de leurs cinquante ans, de leur calvitie. Coiffés d’un béret basque et vêtus d’une capote de couleur bleu marine, avec des boutons d’or. »


Mais son œuvre ne se limite pas aux chroniques : auteur de romans, il fut également l’un des premiers traducteurs de Kafka en français. Germanophile, il résida en Allemagne de 1922 à 1928, décrivant dans ses écrits la montée du nationalisme, qui mènera au nazisme, avec une clairvoyance rare.

Toutes les facettes de ce grand monsieur, que Desproges considérait comme son maître, peuvent être découvertes et explorées durant l’année Vialatte. Pour les quarante ans de la mort de l’auteur, La Montagne organise pendant tout 2011 des événements en son honneur, a créé un prix littéraire, publie une sélection de chroniques dans ses éditions,...

Pour connaitre les détails de l’année Vialatte, un site spécial a été créé, n’hésitez pas à vous perdre dans ses méandres, au hasard d’une page vous découvrirez que « l’homme est un animal à chapeau mou qui attend l’autobus 27 au coin de la rue de la Glacière », ou toute autre sentence fulgurante.

Car c’est ainsi que Vialatte est grand.


----

(1) même si le G.E.R.B.(Groupement Extrémiste Révolutionnaire Bourbonnais) s'évertue à prouver le contraire.
(2) non, n'insistez pas, je ne prononcerai jamais de ma vie, même sous la torture, le nom de la région à laquelle le Bourbonnais a été indûment rattaché !
(3) résumant la chronique de la queue de rat et même des dieux Peaux-Rouges.
(4) la collection « Bouquins » a eu l’heureuse idée de regrouper toutes les chroniques de La Montagne en deux tomes.

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02 juin 2011

Les Annales du Disque-Monde

« Dans un ensemble lointain de dimensions récupérées à la casse, dans un plan astral nullement conçu pour planer, les tourbillons de brumes stellaires frémissent et s'écartent...

Voyez...

La tortue la Grande A'Tuin apparaît, elle fend d'une brasse paresseuse l'abîme interstellaire, ses membres pesants recouverts d'un givre d'hydrogène, son antique et immense carapace criblée de cratères météoriques. De ses yeux vastes comme des océans, encroûtés de chassie et de poussière d'astéroïdes, Elle fixe le But Ultime.

Dans son cerveau plus grand qu'une ville, avec une lenteur géologique, Elle ne songe qu'au Fardeau.

Une bonne partie du fardeau est évidemment due à Bérilia, Tubul, Ti-Phon l'Immense et Jérakine, les quatre éléphants géants dont les larges épaules bronzées par les étoiles soutiennent le disque du Monde que la longue cataracte enguirlande sur son vaste pourtour et que surplombe le dôme bleu layette des Cieux.

L'astropsychologie n'est toujours pas parvenue à établir à quoi ils pensent. »
(1)

Le Disque-Monde est un monde rond et plat qui repose sur le dos de quatre éléphants géants, eux-mêmes placés sur le dos d'une tortue interstellaire, A'Tuin. Et c’est dans ce monde que Terry Pratchett a situé ses Annales du Disque-Monde. (2)

Il y a trois raisons principales pour lire ces Annales (3) :

- sur le Disque-Monde, la magie n’est pas qu’une idée : elle existe vraiment et influe sur le monde de façon irréversible, à tel point que les Mages (ou Maje pour l’un d’entre eux) se débrouillent pour l’utiliser le moins souvent possible, et que les sorcières la rejettent au profit de la têtologie ;

- le Disque-Monde est parcouru par le fluide vital du narrativium, dont l’effet est de rendre réel et tangible ce qu’on énonce : une gouvernante racontant aux enfants à sa charge une histoire de croquemitaine pour les endormir devra aller le déloger de sous le lit avec un balai, ou lui couvrir la tête d’une couverture (4);

- surtout, surtout, cette épopée tentaculaire d’heroic fantasy burlesque distille, telle une petite musique insistante qui s’insinue dans le cortex cérébral, un message de tolérance, d’indépendance, d’ouverture et de curiosité, un message qui promeut le libre arbitre avant tout. On peut donc classer Pratchett parmi les meilleurs humanistes, et pas seulement parce que ses ouvrages sont truffés de dénonciations de ces leurres que sont la religion et la monarchie (ce qui n’empêche pas qu’il a été nommé Officier de l’Ordre de l’Empire britannique en 1998 et anobli en 2009) ou parce qu’il a découvert tout seul le meilleur remède pour ralentir les effets d’une maladie d’Alzheimer précoce dont il souffre depuis 2008.

Alors, comment aborder cette œuvre monumentale ?

Peut-être déjà en visionnant une adaptation télé-filmée d’un des ouvrages. Le Père Porcher existe en VF, La Huitième Couleur (The Colour of Magic) et Timbré (Going Postal) en VO (5), Trois Soeurcières devrait être adapté par Terry Gilliam (6) et une série télé devrait voir le jour, avec l’aide entre autres de Terry Jones.

Si on passe ensuite au stade de la lecture, une nouvelle question se pose : faut-il lire les Annales dans l’ordre de parution ? Cela se discute : chaque ouvrage a son unité propre, mais au fil du temps, cinq « familles » ont émergé – que je détaille plus bas – et suivre chronologiquement leur évolution permet de ne pas louper des clins d’œil ou des références inévitables, et que Pratchett n’a pas cherché à éviter, d’ailleurs. Mais il faut être clair : lire les trente-trois tomes dans l’ordre demande un gros investissement, en temps et en argent...

Les cinq « familles » (7) évoquées sont les suivantes :

- Les Mages : l’Université de l’Invisible (d’où la balise [UI]) abrite les Mages, dont les objectifs affichés sont de bâfrer, faire la sieste, se chamailler, ne pas donner de cours à leurs étudiants et surtout n’utiliser la magie qu’en extrême recours. Les personnages les plus marquants sont Rincevent, un mage raté et lâche qui sait crier « Au secours » dans un nombre invraisemblable de langues, et le Bibliothécaire, transformé en orang-outang par un sortilège malheureux et qui ne souhaite surtout pas revenir à sa condition initiale. Si je ne devais retenir qu’un livre de la série, ce serait Sourcellerie, pour sa tension, son suspense et pour l’héroïsme final de Rincevent, car il n’a plus aucune opportunité de fuir.

- Les Sorcières : les sorcières vont obligatoirement par trois ; une jeune fille, une mère et une vieille bique. Le rôle de la jeune fille est joué dans les Annales d’abord par Magrat Goussedail (elle devait s’appeler Margaret, mais une malencontreuse faute d’orthographe s’est produite. Pour sa fille, les précautions ont été prises, puisqu’elle s’appelle Esméralda Margaret Attention Orthographe) puis par Agnès Créttine ; celui de la mère revient à la prolifique et épicurienne Gytha «Nounou» Ogg et la vieille bique est incarnée par Esméralda « Mémé » Ciredutemps, dont un seul regard dardé par ses yeux bleus acier vous donne envie de fuir le plus loin possible et qui incarne la mauvaise foi. Je conseillerais volontiers Nobliaux et Sorcières, qui montre enfin les elfes sous leur vrai jour : « Les elfes sont si beaux, si gueulamour. Les elfes sont cruels. Ils prennent tout. Et ils offrent la peur en échange. »

- La Mort et ses compagnons : La Mort est masculin ET S’EXPRIME EN MAJUSCULES EXCLUSIVEMENT. Chargé depuis une éternité d’accompagner les humains au royaume des morts, il en est devenu à la fois curieux de leurs mœurs et habitudes sans pouvoir les comprendre, et neurasthénique. Il disparaît fréquemment, saisi d’un coup de blues, et ce sont ses compagnons (sa fille Ysabell, son gendre Mortimer, sa petite-fille Suzanne, son serviteur Albert, ainsi que la Mort aux Rats et un corbeau, qui doivent se coltiner les problèmes qui surviennent). Procrastination fait se croiser cet univers avec celui des Moines de l’Histoire, des petits hommes sans âge munis d’un balai.

- Le Guet : réduit à l’origine à quatre agents méprisés par tous, cette force de police devient au fil des ouvrages une force d’élite avec son unité de police scientifique et une cellule de surveillance aérienne (un gnome chevauchant une buse), aux effectifs pléthoriques et représentatifs des diversités (des nains, des trolls, un golem, une louve-garou, une vampire, un gnome, un zombie ancien révolutionnaire mort sur une barricade, un Igor, des humains dont un porte en permanence sur lui un certificat qui l’atteste,...) Le Guet est dirigé par Samuel Vimaire, à l’origine un capitaine alcoolique, qui devient l’homme le plus riche de la ville et est élevé au rang de Duc d’Ankh-Morpork (8). Ronde de nuit est le plus abouti et le plus profond des ouvrages de la série, et il explique en outre pourquoi on peut adjoindre à la « famille » du Guet deux personnages omniprésents dans les Annales : le Patricien Vétérini qui dirige la ville et le marchand ambulant Planteur. (9)

- Moite von Lipwig : apparu depuis peu dans l’univers du Disque-Monde, cet escroc notoire a utilisé ses compétences pour être successivement ministre des Postes et directeur de la Monnaie ; il devrait a priori être prochainement nommé directeur général des impôts. Timbré décrit avec acuité les effets du capitalisme prédateur. (10)

Certains ouvrages sont indépendants et ne se rattachent à aucune « lignée » (ils ont donc l’avantage de pouvoir être lus sans antécédent) : Le Régiment Monstrueux constitue, sans paraître y toucher, un plaidoyer sur l’égalité hommes/femmes.

Mais sachez-le, cet article n’effleure qu’une partie infime de l’univers du Disque-Monde...(11)
---
(1) Extrait de La Huitième Couleur.
(2) Trente-trois tomes parus à ce jour (le prochain sort en anglais en octobre prochain), plus quatre hors-série (trois traduits en français), six nouvelles parues dans divers recueils collectifs, un vade-mecum, une BD, des cartes, un livre à lire chaque jour aux bambins à 18h précises, un recueil de recettes de cuisine aphrodisiaques, un jeu vidéo.... Cinq romans pour jeune public situés sur le Disque-Monde ont également été publiés.
(3) Ceci n’est pas une note de bas de page, ni une tarte à la crème à l’ananas, mais des traces de noix ou de fruits à coque peuvent être décelées. Les notes de bas de page de Pratchett, par contre, sont légendaires et constituent à elles seules une œuvre parallèle.
(4) Cette particularité croise les réflexions scientifiques très sérieuses de Ian Stewart et Jack Cohen, qui ont co-écrit avec Pratchett La Science du Disque-Monde : l’homme se distinguerait du si... oups ! des autres anthropoïdes, non pas par la génétique (98 % de chromosomes en commun), mais par sa capacité narrative qui aurait structuré son cerveau et permis la civilisation. La Science du Disque-Monde, c’est bon, mangez-en !
(5) Téléchargement légal, bien sûr.
(6) Gilliam possède également les droits d’adaptation cinématographique de De bons présages, savoureuse parodie de Damien : la Malédiction, que Pratchett a co-écrite avec Neil Gaiman.
(7) Chacune mériterait une présentation détaillée.
(8) Alors qu’il n’y a plus de roi à Ankh-Morpork depuis longtemps pour élever quelqu’un à cette charge, le dernier souverain ayant été décapité par un ancêtre de Vimaire. Une rumeur circule, comme quoi un nain d’1m 98 et agent du Guet serait l’héritier légitime du trône, mais les rumeurs sont séditieuses.
(9) Le livre incite également à porter chaque 25 mai, outre une serviette sur la tête, du lilas à la boutonnière.
(10) Pléonasme.
(11) Quelques liens utiles :
http://www.terrypratchett.co.uk (en anglais)
http://disquemonde.free.fr
http://www.vademecum-dm.com

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03 décembre 2010

Ça calme

Il y a des expressions qui font tellement partie de la vie courante qu'on ne se demande pas quelle peut être leur origine.


"Ça calme" en est une.

Je ne prétendrai pas avoir fait des recherches suffisamment exhaustives pour livrer ici une explication irréfutable de la genèse de cette locution, mais permettez-moi d'avancer une hypothèse très plausible.

2001 : pour la première fois, une rockeuse bizarroïde vient se produire devant un public australien, dans le cadre du "Big Day Out Festival". Le public, comme on peut le constater sur la vidéo ci-dessous, est bien pourvu en solides Aussies rougis au soleil et certainement hydratés à la bière autochtone. (1)

Vêtue d'une robe rouge plus que sexy, armée de sa seule guitare, de sa voix tour à tour rauque et enfantine, elle propose le pur fantasme masculin tout en balançant aux mâles rustiques de l'assistance un message plus inquiétant :

"Tie yourself to me
No one else knows
You're not rid of me
No, you're not rid of me (...)

Lick my legs, I'm on fire,
Lick my legs, I'm desire

I'll tie your legs
Keep you against my chest
Oh, you're not rid of me
Yeah, you're not rid of me
I'll make you lick my injuries
I'm gonna twist your head I say

Til you say
Don't you wish you
Never, never met her
Don't you, don't you wish you
Never, never met her..."
(2)

Et la réaction du public à la fin du morceau est unanime : "Ça calme"...


Rid Of Me de PJ Harvey (Live à Sidney 2001)



--
(1) qui, d'après les philosophes de l'Université de Woolloomooloo (New South Wales), ne se rapproche pas de la pisse, contrairement  à la bibine américaine.

(2) Traduction à peu près :
"Attache-toi à moi
Personne d'autre, non
Non, tu n'es pas débarrassé de moi (...)

Lèche mes jambes, je suis en feu
Lèche mes jambes qui te désirent

J'attacherai tes jambes
Te garderai contre ma poitrine
Oh tu n'es pas débarrassé de moi
Non, tu n'es pas débarrassé de moi
Je te ferai lécher mes blessures
Je t'arracherai la tête, vois-tu

Jusqu'à ce que tu dises que tu rêves de ne jamais m'avoir rencontrée
Que tu rêves de ne jamais m'avoir rencontrée..."

Posté par mezcal à 19:41 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

18 novembre 2010

Moïse vs Copperfield

Ce texte comme celui-çi dessous de mezcal sont des exercices imposés dans une thématique "la folle histoire du monde" hommage à Mel Brooks.

(tiens ça faisait longtemps que je n'avais pas écrit pour ce blog)

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Il fut un temps lointain où deux magiciens s’affrontèrent pour diriger le monde. De cette lutte naîtra une période de trouble et d’obscurantisme qui dura, dura, dura jusqu’à aujourd’hui.

Les deux hommes avaient été formés par les meilleurs magiciens du royaume, chacun dans une école différente l’une prônant la croyance en la pensée et l’autre la maîtrise de l’illusion.
Le destin de notre monde se trouva changé par cette lutte entre la raison et le rêve.

Moïse était un adepte de la pensée idiote, privilégiant la croyance en une force supérieure qu’il suffisait d’invoquer pour qu’elle exécute alors des tours de magie. Évidemment Moise s’attribuait le mérite du miracle.

Il était très peu doué pour la magie, mais il avait compris qu’elle pouvait lui servir pour plier le monde à sa folie.
Il aimait épater ses congénères et était avide de pouvoir. Son fort pouvoir de persuasion lui permit entre autres de faire croire qu’une divinité lui avait remis des tablettes où étaient inscrites 10 lois qui régiraient le monde à jamais.

http://www.youtube.com/watch?v=BZtvV-kARgk

Quelle impertinence de croire qu’il pouvait exister des lois qui ne seraient pas démodées au bout de quelques décennies et dont les commandements dirigeraient le monde. Et pourtant Moïse avait raison de croire en la stupidité de l’espèce humaine et en la facilité de la diriger.
Il devint aux yeux de tous un grand magicien qui dialoguait avec les dieux.

Copperfield quant à lui était un rêveur prétentieux mais inoffensif. Il voulait charmer par ses tours les filles.
La magie lui permit de séduire de nombreuses conquêtes dont la célèbre Claudia Chiffon qui lui ouvrit les portes de la célébrité et dont leurs mœurs tumultueuses défrayaient régulièrement la presse à scandale.

http://www.youtube.com/watch?v=C53icjz1_Tk&feature=related

Cette notoriété le poussa à révolutionner la magie en métamorphosant un classique du genre. Oui, il fut le premier à utiliser une oie à la place du lapin pour les disparitions/réapparitions.

http://www.youtube.com/watch?v=CnO7c8mRRng

C’était du jamais vu et sa réputation de grand magicien malgré une petite baguette ne fut plus remise en cause.

Jusqu’au jour où Moïse inquiet de la place que commençait à prendre Copperfield décida de le mettre au défi afin de montrer à tous que son rival était bien inférieur à lui. Les deux hommes devaient réaliser un tour au gigantisme jamais vu en plein air loin des salles et cabaret où ils avaient l’habitude de se produire. Le public était au rendez-vous enthousiaste et prêt à suivre son champion au bout de l’univers.

Moïse dont le talent était moindre choisit d’ouvrir la Mer Rouge. Bien qu’aujourd’hui nous savons qu’il utilisa la tricherie comme le démontre cette vidéo d’époque pour réaliser son illusion sa notoriété n’est toujours pas remise en cause. Pourtant il y a bien des rebelles qui ont tenté de dévoiler au grand jour cette supercherie en clamant « nique ta mer », mais cela fut insuffisant.

http://www.dailymotion.com/video/x3wljs_mois-extrait-la-folle-histoire-du-m_fun

Copperfield fit des chutes du Niagara son théâtre d’évasion spectaculaire. On lui reprochera aujourd’hui de le pas avoir assez travaillé son numéro, son entraînement qui laissait à désirer fut mis sur le compte de ses folles nuits branchées en compagnie de sa charmante fiancée.

http://www.youtube.com/watch?v=sBP3onSIQKU&feature=related

Ce lieu à la symbolique forte rappelant le groupe du même nom qui chantait ce texte malheureusement prémonitoire ne suffit pas à remporter l’adhésion et le vote du public :

« Viens, contre moi, viens, tout contre moi.
Viens lécher le bout de mes doigts.
Viens sentir le goût de mes lèvres.
Viens plonger dans l'oubli et le rêve.

Parle-moi, parle-moi d'amour.
Je veux des baisers de velours
Et ta peau tout contre ma peau,
Tu me rends folle, c'est vraiment, vraiment trop.

Mais je dois m'en aller.
Je ne veux plus t'aimer.
Mais je dois m'en aller.
Il faut tout oublier. »

Sans surprise, Moïse gagna le grand prix de la Magie Académie et la gloire au-delà des frontières.
Des adeptes venaient de partout pour apprendre auprès de lui comment diffuser la pensée stupide et convertir l’humanité en la croyance d’une force supérieure.
Il est triste de constater aujourd’hui que les fidèles de Moïse sont toujours autant nombreux et puissant comme le sinistre Benoit XVI et qu’il n’existe que peu d’admirateurs connus de Copperfield à part peut-être le jeune Harry Potter mais ce dernier d’après la rumeur serait mort à la fin du dernier volume.

On ne peut que regretter et rêver à ce que le monde serait devenu si Copperfield avait gagné ce jour là, un monde de fête, de rêve ou lutins et créatures dénudées copuleraient dans les herbes folles au milieu des lucioles, où les hommes à petits zizis auraient des baguettes magiques pour augmenter la taille selon les désirs de leur partenaire.

Et peut-être qu’un jour le rêve sauvera le monde car le rêve peut soulever des montagnes ce qui est quand-même bien plus impressionnant que de diviser la mer en deux.

Posté par sayyadina à 08:28 - - Commentaires [0] - Permalien [#]

12 novembre 2010

Spanish Inquisition : Mel Brooks vs Monty Python

Lorsque l’être humain s’ennuie profondément, par exemple le dimanche après-midi quand il n’y a pas d’ennemi dans le coin à massacrer, son esprit divague et il invente des trucs complètement inutiles : Secret Story, la retraite par capitalisation, le café lyophilisé...


Ou les dieux, ces amis imaginaires qui viennent vous parler dans votre tête pour vous inciter à sacrifier votre fils ou brouter les Anglais hors de France, entre autres projets sans intérêt.

Mais l’ennui avec les dieux, comme le dit Pratchett, c’est que si assez de fidèles se mettent à croire en eux, ils se mettent à exister. Et ils se ramassent vite fait la grosse tête, chacun exigeant d’être le seul à être universellement vénéré. D’où la propension séculaire des religieux de tout poil à vouloir exterminer les athées et les fidèles d’autres obédiences, ou bien les forcer à embrasser leur foi.

Si la folle histoire du monde réserve une place de choix à l’Inquisition espagnole, qui déploya avec une opiniâtreté sans défaut ses efforts pour ramener les hérétiques dans le droit chemin de 1480 à 1834, c’est pour ses leçons de management, fort profitables encore aujourd’hui aux militaires américains en Irak ou aux N+2 de France Télécom par exemple...

Car si les félons de toute sorte ont bien évolué depuis le Moyen-âge, il n’y a pas trente six solutions pour les ramener à la raison. En fait il y en a deux.

1) Torture mentale

Avant de vous précipiter sur le mécréant la bave aux lèvres et le fouet à la main pour leur lacérer les miches et leur faire subir les pires supplices, n’oubliez pas que chaque individu, même le plus endurci, a des peurs enfouies au plus profond de soi-même, qu’il suffit de savoir titiller pour qu’il rampe devant vous en suppliant de le convertir.

Et le monstre du placard, le pire cauchemar, c’est pour la majorité des gens la comédie musicale brevetée Las Vegas.

Vous ne me croyez pas ?

Ok, prenez une position confortable en face de votre PC, faites le vide dans votre esprit, respirez par le ventre...

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Prêts ?

Cliquez ici


Vous avez tenu combien de secondes ? Si je vous menace de remettre ça, combien d’entre vous vont m’envoyer leur numéro de carte bleue par courriel ?

Et bien, cette technique diabolique a été inventée par le grand sociologue des organisations Torquemada, Inquisiteur préféré de la très pieuse Isabelle de Castille. Il perfectionna même la procédure en y incluant le bandit manchot et le tourment suprême, le ballet de naïades, préfigurant ainsi les sévices perpétrés au casino de Guantánamo (1) :

http://www.dailymotion.com/video/x1grdm_la-folle-histoire-du-monde_fun


2) Torture physique

Mais, hélas, les tourmenteurs d’aujourd’hui tombent fréquemment sur des esprits aguerris et rebelles, que même la vision abominable d’une escouade de nonnes ne convainc pas d’acheter des actions chez Jesus and Father Inc. ou de se jeter sur l’iPad dès sa sortie, bref des malotrus qui refusent obstinément de s’incliner devant la Vérité révélée par le génie immanent.

Alors, le militaire bonhomme, le policier idéaliste ou le vendeur en assurances humaniste doit se résoudre à l’impensable : risquer de se blesser avec un égouttoir à vaisselle, un coussin moelleux ou un fauteuil confortable, tout cela pour la bonne cause. Mais la tâche de bourreau n’est pas une sinécure, et doit s’appuyer sur deux, non trois... en fait un certain nombre d’armes : la surprise, la peur, une efficacité sans pitié, une dévotion quasi fanatique. Et de jolis uniformes rouges, surtout, pour ressembler à Torquemada.

Avant de vous montrer les images suivantes, je vous demanderai d’éloigner de l’écran les âmes sensibles, car un public non averti en vaut un.

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C’est bon, vos grands-parents sont au lit ?

Allons-y :

http://www.youtube.com/watch?v=C4z2PIZ-0CU

Merde, je me suis gourré dans mes fiches ! C’était le trailer de Saw VII.

Pouf, pouf, donc, plongeons dans le gouffre insondable de l’horreur !

http://www.youtube.com/watch?v=CSe38dzJYkY

Vous en voulez encore, petits sadiques ?

http://www.youtube.com/watch?v=BWttCB_4pkM



La moralité de cette longue histoire de haine, de sang et de vengeance est double :
- NOBODY EXPECT THE SPANISH INQUISITION !
- c’est vraiment la croix et la bannière pour trouver des extraits sous-titrés intégralement...

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(1) vous croyiez que c’était par hasard que les États-Unis ont tenu à garder une enclave à Cuba après la fermeture des casinos de La Havane par Fidel ? Et à votre avis, elle va se produire où, Céline, maintenant qu’elle a accouché ?

Posté par mezcal à 19:29 - - Commentaires [2] - Permalien [#]

01 novembre 2010

Massacres à la guitare sèche

Vous n'en pouvez plus ? Vous en avez marre de subir à toute occasion des bouses musicales ? L'écoute involontaire de rengaines éculées (à la radio, dans les supermarchés, les ascenseurs, etc.) vous donne envie de tuer ?

Une seule solution : Stone et Charonne !

Comme expliqué sur leur myspace :

"Le principe est simple, unique sur la toile : vous proposez une chanson à massacrer, nous l’exécutons, nous la mettons en ligne et nous vous envoyons un mail pour vous le signaler"

Deux exemples éclairants :

Titre : All the leaves are brown


Titre : Besame mucho

Posté par mezcal à 17:54 - - Commentaires [0] - Permalien [#]