18 avril 2009
When my guitar gently weeps
J'ai toujours été fasciné par la dextérité extravagante de certains guitar heroes, qui leur permet les improvisations les plus osées. Jimmy Page qui passe l'archet sur ses cordes sur Dazed and confused, Jimi qui jouait avec ses dents, Guy Béart... finalement non, pas Guy Béart.
Mais j'ai découvert récemment, grâce à un mélomane averti, le Dieu absolu du Riff, le gratteux ultime, le seul qui joue de la guitare... sans la toucher !
15 avril 2009
Alerte au spam !
« Quelles que soient ses origines, quel que soit son sexe, qu’il soit reptilien, mammifère ou les deux à la fois, peu importe. Ce qui est alarmant c’est, présentement, la tendance du spam à pénétrer dans tous les milieux, même les plus fermés. C’est pourquoi je crie : « Alerte au spam ! »
(…)
Du nivellement par le spam, à l’asservissement par le spam, il n’y a
qu’un pas. Si nous relâchons notre vigilance, nous allons tout droit à
une idéologie du spam avec tout ce que pareille aventure comporte. »
Quel est l’éminent membre des Monty qui a pu écrire ces lignes, vous
demandez-vous, imbibés comme vous êtes d’un de leurs plus fameux
sketches ? (1)
Et bien non, ce texte a été écrit dans un journal paru en Angleterre le … 24 mars 1944. Son auteur ?
Pierre Dac.
Dans un texte précédent, je vous avais narré l’aventure de L’Os à Moelle
jusqu’à l’invasion de la France par les Allemands en 1940. Pierre Dac,
réfugié en «zone libre » à Toulouse, décida en novembre 1941 de
rejoindre Londres. Comme rien ne pouvait se passer normalement pour
lui, c’est en octobre 1943 qu’il rejoint enfin la capitale anglaise et
l’équipe de Radio-Londres. Il participera jusqu’en août 1944
à l’émission « Les Français parlent aux Français », puis rejoindra
Paris libéré, sera correspondant de guerre avec les troupes du général
de Lattre de Tassigny, puis relancera la parution entre 1945 et 1947 de
L’Os libre. (2)
Pendant son séjour en Angleterre, Il participa également au journal France,
conçu pour les expatriés des Forces Françaises Libres. C’est à ce titre
qu’il écrivit de nombreuses chroniques traitant de problèmes aussi
essentiels pour les exilés que la cuisine anglaise, les mœurs des
habitués des pubs, ou bien l’invasion sournoise d’un pâté de mauvaise
qualité, collant, servi aux soldats anglais et des armées alliées dans
leurs cantonnements : le « Spiced Pork and Meat », ou SPAM.
Visionnaire, comme souvent, il fut le premier à dénoncer, dans l’édition donc de France
du 24/3/1944, les dangers pour la civilisation de cette mélasse gluante
et insipide. Pourfendeur de toutes les écoles de pensée totalitaires,
il n’hésita pas à révéler au grand jour « la création envisagée
d’une légion de volontaires du spam dont les membres seraient tenus de
ne marcher qu’au spam cadencé et de porter un insigne à croix spamée ».
Ses efforts – relayés quelques 25 ans plus tard par les Pythons – ont
permis de repousser jusqu’à une période récente les assauts du spam.
Mais aujourd’hui, nos messageries électroniques sont envahies, engluées
même dans le spam gélatineux, et nos PC nous chantent, sur l’air des Montagnards :
« Halte-là (ter)
Le spam est là
Le spam est là
Halte-là (ter)
Le spam, le spam est là
Le spam, le spam
Est là ! »
Qui nous délivrera du mal ?
--
(1) allez, juste pour le plaisir
(2) je ne saurais trop conseiller aux amoureux du « Roi des loufoques » l’achat de Pierre Dac. L’Os à Moelle et Pierre Dac. Drôle de guerre, parus aux éditions omnibus.
12 avril 2009
Pour titiller vos neurones, jouons au LSD !
Ce n’est pas la première fois que je vous propose un jeu inventé par l’OULIPO. Pour mémoire, l’OUvroir de LIttérature POtentielle, inventé en 1960 par de doux dingues tels Georges Pérec ou Raymond Queneau, se propose depuis d’explorer tous les aspects inattendus et surprenants du langage.
Le jeu que je vous propose aujourd’hui, créé par Georges Perec et Marcel Bénabou, s’appelle la Littérature Sémo-Définitionnelle : LSD
A partir d’un texte au contenu connu et un peu chiant, il s'agit de
détourner le propos en substituant aux termes employés des définitions
plus inattendues, afin de subvertir le contenu vers un résultat
loufoque. Il est possible de prolonger le "jeu" par étapes successives,
pour tendre... vers n'importe quoi!
Exemples
Énoncé de départ : « La marquise sortit à cinq heures. »
Étape 1 : « Le toit avancé soutenu par des piliers fut mis en vedette à l’heure du thé. »
Étape 2 : «
La couche supérieure qui touche à son terme sans familiarité avec les
fourches patibulaires est la sentinelle exacte qui croît à la Chine. »
…Ad libitum…
Énoncé de départ : «La chair est faible et j'ai lu tous les livres"
Étape 1 : "La viandaille défaillit et je sais tout"
Étape 2 : "Je n'arrive pas à bander, mais j'ai le cerveau de la taille d'une planète"
Ce jeu connaît des variantes.
Variante 1
Orienter le choix des définitions de façon à obtenir des textes qui ressemblent à des citations “ à la manière de ” :
Énoncé de départ :« Le presbytère n’a rien perdu de son charme ni le jardin de son éclat. »
Arrivée : «
Le conseil des prêtres assistant l’évêque a corrompu la femme qui se
noie dans ses illusions, dans ce pays fertile en manifestations
violentes » (Sade, Justine).
Variante 2
On choisit deux énoncés aussi différents que possible, avec l’objectif de passer de l’un à l’autre en un minimum de phases.
Voilà un exercice soumis à votre sagacité pour appliquer ce principe :
A partir de la phrase : « Le presbytère n’a rien perdu de son charme ni le jardin de son éclat », aboutir à « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »
Pour ma part, j'ai fait 3 étapes :
Étape 1: "La réclusion des curés est séductrice et on tire des feux d'artifice dans les potagers ouvriers"
Étape 2 : "Ouvriers, cultivez votre jardin! Les religions divisent les peuples"
Étape 3 : "Prolétaires de tous les pays, unissez-vous!"
Ok, ma solution est tordue. Et je ne doute pas que vous ferez mieux.
D'ailleurs, outre le fait de trouver quelque chose de moins con, je
vous propose d’inventer en répliques des illustrations des différentes
variantes de ce jeu littéraire.



