J'aime bien imaginer la vie des objets. Chacun ses défauts me direz-vous, mais c'est très agréable de se laisser envahir par une chose inanimé et de lui construire des sentiments.

C'est un peu comme quand je fouille un squelette, je lui donne un petit nom, histoire de le ré humaniser un peu.

Là, j'ai eu envie de me prendre pour un cailloux...oui, bon...mais pourquoi pas après tout!

Voilà le résultat!

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Je vivais dans une belle montagne avec vue sur un lac turquoise. L’hiver une pellicule de glace brillait sur sa surface, les oiseaux s’y posaient pour admirer leur plumage. L’été la lune s’y reflétait laissant dans son sillage des milliers de paillettes argentées.

J’étais heureux en cette époque entouré de ma famille, on discutait, le soir sous le coucher du soleil, de l’évolution de notre petit paradis, des touristes qui arpentaient toujours plus nombreux nos chemins, des vaches qui venaient manger les quelques rares fleurs qui poussaient sur le sol rocailleux.
J’aurais pu continuer ainsi des années sans que rien ne perturbe ma quiétude.

J’ai tout perdu…

C’était un soir d’automne, il tonnait et le ciel était tout zébré. J’aimais sentir l’orage me caresser, fondre sur moi. Eole était en colère, les arbres tournoyaient dans un ballet macabre, certains se brisaient comme des allumettes. Les animaux couraient se mettre à l’abri, et moi j’étais là impuissant face à la furie des éléments.

Tout à coup ce fut la catastrophe, je perdis l’équilibre et m’envolai dans une bourrasque d’air glacé, je dégringolais impuissant la colline.
Je perdis vite connaissance et ce n’est qu’au petit matin que je découvris mon nouvel environnement.

Le sable fin, la mer et ses vagues salées qui m’abîment jour après jour.
Je suis seul, je suis le seul petit caillou sur cette vaste plage.
Que sont devenus ma famille, mes enfants, mes parents, cette belle boule de quartz que je chérissais et rêvais de m’assembler avec elle dans quelques millénaires.
Je ne peux pas supporter les grains de sable, je ne les entends pas, ils sont trop petits et je sais bien qu’un jour je deviendrai comme eux, anonyme englouti par la mer saline.

J’aurais voulu être un artiste, être sculpté par des mains habiles ou devenir un héros de vitrine.

C’est foutu, je ne serai qu’un grain de sable sans avenir.