« La beauté du corps, découronnée de celle de l'âme, n'est un ornement que pour les animaux. » Démocrite

Il est beau, elle est moche, il a un grand nez, elle a de petits seins, il ne ressemble à rien, elle est trop canon, il a des petits yeux de merlan frit, elle a un gros cul, etc...

Ce genre de jugement jalonne notre vie : pas assez ceci, trop cela, insatisfaction du miroir, reflet des autres, comparaison avec les couvertures glacées des magazines, norme de la beauté... Ah parlons-en des normes de la beauté, évoquées depuis l’antiquité avec les canons mathématiques du nombre d’or jusqu’aux innombrables concours de miss beauté siliconée. Et je vote pour la miss numéro 6 et je tape sur la candidate numéro 8. Passez votre tour…

La beauté s’enlaidit à force de bistouri pour rentrer dans un cadre normatif, dont nous sommes les complices en idolâtrant ces métamorphoses. A quand la chirurgie du cerveau pour lui enlever toute notion du goût ?
Nos vies sont-elles si insipides qu’on veuille les rehausser à coup de saveur à la mode ?

Pourtant tout comme l’art, la beauté est subjective, elle ne s’explique pas, elle ne se fabrique pas, elle se hume. Il est toujours étonnant de rabâcher sans cesse que tous les goûts sont dans la nature alors que l’on tente en permanence de standardiser le beau, de le faire rentrer dans les critères de la société du moment. On a beau se dire que la beauté est intérieure, il n’empêche qu’on se précipite chez le coiffeur colorer nos cheveux pour devenir acceptable en jaune pipi parce que c’est à la mode. Et quand la mode sera aux verrues sur le nez, le fera t-on ? Ah oui ! On me murmure que oui, que l’histoire est pleine de verrues faciales.

Bon, mais doit-on se résoudre à accepter de ne dévoiler de nous-même que la superficialité qu’on attend de nous ? Est-ce déraisonnable d’imaginer qu’un jour l’ivresse du regard malicieux remplace le culte du corps ?